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Non aux minarets

Les Suisses se sont prononcés dimanche par référendum sur la proposition d'interdire la construction de minarets, sur fond de débat sur l'identité nationale.

La campagne contre la construction de minarets « attise la haine », a jugé un organisme public suisse contre le racisme.

Photo : AFP / Fabrice Coffrini

Radio-Canada

Plus de 57 % des Suisses votent en faveur de l'interdiction de construire des minarets dans le pays, lors d'un référendum qui a eu lieu dimanche.

À la grande surprise, les Suisses se prononcent à 57,5 % en faveur de l'interdiction de la construction de minarets au pays.

Le vote a eu lieu dimanche dans le cadre d'un référendum à l'initiative de la droite populiste, qui avait réussi à recueillir plus de 110 000 signatures pour faire voter la population.

Les électeurs ont donc été invités à s'exprimer après que des membres de l'Union démocratique du centre et de l'Union démocratique fédérale eurent demandé d'inscrire dans la Constitution fédérale que « la construction de minarets est interdite ».

Le gouvernement suisse a indiqué que cette décision « ne constitue pas l'expression d'un rejet de la communauté musulmane, de sa religion ou de sa culture; le Conseil fédéral s'y engagera. [...] La paix religieuse est un élément essentiel du modèle qui a fait le succès de la Suisse. »

Il existe actuellement quatre minarets dans toute la Suisse.

Contre « l'islamisation sournoise » de la Suisse

Les partisans de cette interdiction affirment que leur initiative n'était pas dirigée contre l'islam ou les musulmans, mais disent s'opposer à une « islamisation sournoise de la Suisse ». Ils estiment que le minaret n'a pas de fonction religieuse, d'autant plus qu'il n'est pas cité dans le Coran. Selon eux, cet élément architectural qui prend la forme d'une tour est le « symbole d'une revendication de pouvoir politique et sociale de l'islam », qui serait instrumentalisé par des intégristes qui chercheraient à imposer « la charia en Suisse. »

Si nous ne nous défendons pas, si nous n'essayons pas de mettre quelque part des garde-fous, moi, je pense que dans 50 à 100 ans, ce qui a fait l'Occident, ce qui a fait l'esprit du siècle des Lumières risque de disparaître du continent européen.

Oskar Freysinger, député fédéral et membre du comité contre la construction de minarets

Qu'est-ce qu'un minaret?

Le minaret est un élément architectural d'une mosquée, lieu de culte musulman. Il prend souvent la forme d'une tour du haut de laquelle le muezzin, traditionnellement, lance ses cinq appels à la prière de la journée. De nos jours, ce sont des haut-parleurs qui sont accrochés au minaret.

Opposition

Minaret de la mosquée de Genève

Minaret de la mosquée de Genève

Photo : AFP / Fabrice Coffrini

Mais tout le reste de la classe politique, de la gauche au centre-droit, s'y oppose, de même que les milieux d'affaires, qui pensent qu'une telle interdiction « susciterait l'incompréhension à l'étranger et nuirait à l'image de la Suisse ».

Il faut dire que la campagne de la droite populiste a encore fait scandale. Après ses affiches appelant à bouter les « moutons noirs » étrangers hors de Suisse, il y a quelques années, ses affiches d'aujourd'hui représentent une femme complètement voilée devant le drapeau suisse couvert de minarets, dont la silhouette stylisée évoque des missiles.

La Commission fédérale contre le racisme (CFR), un organisme public consultatif, a jugé que cette image « attise la haine ». Le Comité des droits de l'homme de l'ONU, lui, s'est inquiété de cette campagne d'« affiches sinistres ».

Les représentants religieux - juifs, musulmans, catholiques et protestants - ont tous rejeté le projet. « La peur est mauvaise conseillère », ont mis en garde les évêques catholiques.

L'immigration en Suisse

En Suisse, l'immigration massive est un phénomène récent. Les musulmans y sont arrivés à partir des années 1970 et plusieurs ont émigré dans les années 1990 du Kosovo, de Macédoine et d'Albanie. Aujourd'hui, la Suisse compte quelque 400 000 musulmans, dont 50 000 pratiquants, sur une population de 7,5 millions d'habitants. Cela fait de l'islam la deuxième religion du pays, après le christianisme.

Avec les informations de Agence France-Presse, et TSR