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Gilles Carle s'éteint

Le cinéaste Gilles Carle

Le cinéaste Gilles Carle

Photo : Courtoisie d'Amazone Film / Pierre Dury

Radio-Canada

Le scénariste, réalisateur, monteur et producteur Gilles Carle est décédé à l'âge de 81 ans, après un long combat contre la maladie de Parkinson. Son oeuvre, diverse et libre, a marqué le cinéma québécois.

Le parkinson a fini par emporter le cinéaste Gilles Carle, à 2 h 35 dans la nuit de vendredi à samedi, au Centre hospitalier de Granby. Il avait 81 ans. « Il n'y a pas eu d'acharnement, il est parti tout doucement », a confirmé sa fille Valérie Duchesne-Carle, qui avait annoncé la nouvelle sur Twitter.

Le scénariste, réalisateur, monteur et producteur combattait la maladie de Parkinson (Nouvelle fenêtre) depuis une quinzaine d'années.

Il laisse dans le deuil son fils Sylvain, ses filles Ariane et Martine Carle, ainsi que Valérie Duchesne-Carle (née de son union avec la comédienne Suzanne Valéry, qui a joué dans La vie heureuse de Léopold Z).

Funérailles nationales

Des funérailles nationales en mémoire du cinéaste auront lieu samedi le 5 décembre à la basilique Notre-Dame, à Montréal. (Voir les détails)

Sur les ondes de RDI, Chloé Sainte-Marie s'est dite « secouée et tremblante » par la perte de l'homme de sa vie, soulignant qu'elle a tout de même eu le temps de parler avec lui « en toute intimité » dans la semaine ayant précédé son décès. « Cette semaine, je lui parlais [...] je lui racontais nos beaux moments à l'île Verte, [...] on s'est remémoré ensemble toute notre vie, nos 27 ans de vie », a raconté la chanteuse et actrice.

« Le plus gros drame de ma vie, c'est qu'il ne parlait plus depuis les cinq dernières années », a-t-elle poursuivi. Le couple communiquait néanmoins grâce au dessin ainsi qu'avec le regard. Celle qui était devenue l'aidante naturelle du cinéaste a également fait part de sa « grande peine » et de sa colère de savoir que Gilles Carle n'habitera pas la maison qu'elle avait bâtie pour lui.

Inaugurée le 17 novembre à Saint-Paul-d'Abbotsford, en Montérégie, la Maison Gilles-Carle vise à offrir aux personnes âgées ou en perte d'autonomie un lieu de résidence paisible où elles reçoivent des soins.

L'ONF rend hommage à Gilles Carle

En hommage à Gilles Carle, l'Office national du film propose une sélection de ses films sur ONF.ca. Des films que Gilles Carle a réalisés, Le Dictionnaire du cinéma québécois en recense une quarantaine: documentaires, courts et longs métrages. Cette estimation exclut les séries télévisées et les publicités qui se chiffrent dans la centaine.

Une vie consacrée au cinéma

Gilles Carle voit le jour le 31 juillet 1928, à Maniwaki (Nouvelle fenêtre). Il passe sa jeunesse en Abitibi (Nouvelle fenêtre) et déménage à Montréal (Nouvelle fenêtre) à 16 ans. Il fait des études à l'École des beaux-arts. Il entreprend ensuite une carrière de dessinateur.

Après avoir pensé à devenir peintre, il semble se destiner à l'écriture. Avec notamment Gaston Miron, il cofonde les Éditions de l'Hexagone.

Le cinéma, cependant, l'attire. Il entre à l'Office national du film du Canada au début des années 60 à titre de scénariste. Il y tourne quelques courts métrages documentaires. Mais c'est la fiction qui l'intéresse.

En 1964, premier court métrage de fiction: Solange dans nos campagnes. L'année suivante, un projet de documentaire sur le déneigement à Montréal se transforme en long métrage de fiction. C'est La vie heureuse de Léopold Z (Nouvelle fenêtre), qui porte un regard tendre et drôle sur les petites gens. Ce premier d'une série de films très personnels marque le cinéma de l'époque et remporte le prix du cinéma canadien.

La vie, c'est du cinéma, autant que le cinéma, c'est la vie.[[citation auteur="Gilles Carle" ]]

La recherche de la liberté

Après six ans, il quitte l'ONF et passe au secteur privé pour réaliser ses films en toute liberté. Le réalisateur devient copropriétaire et directeur artistique d'Onyx film, la première grande compagnie de production indépendante au Québec. Il met aussi la main à la pâte comme scénariste et monteur.

Il ne boude pas la télévision, et réalise des variétés comme Place aux Jérolas en 1967 et Place à Olivier Guimond en 1968. Il a à son crédit plus d'une centaine de publicités. Gilles Carle participe également à la création de la muraille audiovisuelle du Pavillon du Québec de l'Exposition universelle de Montréal de 1967 et réalise pour l'Office du film du Québec Québec à l'heure de l'Expo.

Le conflit

De 1968 à 1980, il réalise des films très divers du point de vue des histoires et des personnages, mais qui se focalisent sur un thème: le conflit, conséquence d'une exploitation. C'est le cas de:

Ce dernier film inaugure le Festival de Cannes en 1980. Entre-temps, il a fondé les productions Carle-Lamy, avec Pierre Lamy, en 1971.

La femme et la société

Un autre thème récurrent de son oeuvre: la femme, ses rapports avec les hommes et la société. À la plupart des films mentionnés ci-dessus s'ajoutent Les Mâles (Nouvelle fenêtre) (1970), L'ange et la femme (1977) et Maria Chapdelaine (Nouvelle fenêtre) (1983).

Les Mâles, c'est une fable. Mon approche de la réalité est poétique et anthropologique, c'est-à-dire que mon approche de la réalité dans Les Mâles n'est pas au niveau de la reconnaissance des objets.[[citation auteur="Gilles Carle, en 1971" ]]

Carole Laure, à Cannes, en 2002Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carole Laure

Photo : La Presse canadienne / AP/Christophe Ena

La femme, autant dans sa vie que dans son cinéma, portera un nom, pendant 10 ans: celui de Carole Laure. Égérie autant qu'actrice, elle inspire au scénariste et réalisateur quelques-uns de ses meilleurs films.

Les films qu'elle tourne avec Gille Carle lancent sa carrière non seulement au Québec, mais aussi en France. C'est auprès de lui qu'elle apprend l'art de la mise en scène et du montage, ce qui lui permet de réaliser ses propres longs métrages (Les fils de Marie, CQ2, La capture).

Les petites gens

Un troisième thème prisé par le réalisateur-scénariste-producteur: les petites gens.

Après La vie heureuse de Léopold Z qui raconte les aventures d'un déneigeur la veille de Noël, il y aura Les Plouffe (Nouvelle fenêtre) (1981), d'après le roman de Roger Lemelin, Le crime d'Ovide Plouffe (1984) et Pudding Chômeur (1996).

On ne connaît qu'un seul échec critique et commercial dans la carrière de Gilles Carle: La guêpe (1986). Il attendra six ans avant de réaliser un autre film de fiction, La postière, de nouveau avec Chloé Sainte-Marie. Cette dernière reste avec lui, même après que la maladie l'eut frappé.

Le réalisateur revient au documentaire et tourne notamment:

Gilles Carle et Chloé Ste-Marie, lors de la remise de son Jutra-hommage, le 25 février 2001Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Carle et Chloé Ste-Marie, lors de la remise de son Jutra-hommage, le 25 février 2001

Photo : La Presse canadienne / André Forget

En 1997-1998, il se lance dans une télésérie sur l'histoire du Québec, intitulée Épopée en Amérique. En 1998, sentant que l'heure du bilan est venue, Gilles Carles signe Moi, j'me fais mon cinéma, une autobiographie filmée.

Au début des années 90, il apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson: ce diagnostic bouleverse sa vie. Soutenu par sa compagne, Chloé Ste-Marie, il combat jusqu'à la fin cette maladie, qui a lui volé peu à peu l'usage de la parole et de ses mouvements. Au tournant de l'an 2000, sa maladie l'oblige à abandonner progressivement son métier.

Des prix et des honneurs

Les films de Gilles Carle ont remporté 25 Génie et Canadian Film Awards. En 1989, ONF 50 ans décroche la Palme d'or du court métrage au Festival de Cannes. Il reçoit le prix Albert-Tessier, pour l'ensemble de son oeuvre en 1990.

L'Académie des Jutra lui remet le Jutra-hommage en 2001. Il reçoit la médaille de l'Ordre national du Québec, en juin 2007. La France reconnaît son talent en le décorant de la Légion d'honneur.

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