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  • Exclusif
  • Alain Renaud, de démarcheur à informateur

    Alain Renaud, ancien démarcheur de Groupaction, lors de son témoignage à la commission Gomery, en avril 2005
    Alain Renaud, lors de son témoignage à la commission Gomery, en avril 2005 Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
    Radio-Canada

    Radio-Canada a appris que la GRC a payé quelque 79 000 $ et offert une forme d'immunité à Alain Renaud, ancien démarcheur auprès de Groupaction, pour obtenir ses services d'informateur qui ont permis d'accuser Benoît Corbeil.

    Tandis que le procès de l'ex-directeur général de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada, Benoît Corbeil, en est rendu au stade des représentations sur la peine, voilà qu'on apprend que c'est grâce au travail d'un informateur que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a réussi à l'épingler.

    Radio-Canada a appris que la GRC a payé quelque 79 000 $ et offert une forme d'immunité à Alain Renaud, ancien démarcheur auprès de la firme Groupaction et un nom bien connu de ceux qui ont suivi le scandale des commandites, pour obtenir ses services comme informateur.

    MM. Corbeil et Renaud se décrivaient mutuellement comme des frères. Lors de son témoignage devant la commission Gomery sur le programme de commandites, Alain Renaud avait décrit son rôle comme étant celui « d'amener le ballon à la bonne place ».

    Or, au moment où Alain Renaud témoignait devant la commission Gomery, il agissait déjà comme indicateur de la GRC depuis août 2004. Son nom de code: C4590.

    Dans des documents déposés en Cour, dont Radio-Canada a obtenu copie, on apprend qu'en novembre 2006, Alain Renaud passe de simple indicateur à agent civil auprès de la GRC. Il deviendra une véritable clé de voûte pour l'Opération Carnegie, nom de code de l'enquête sur les commandites, à un moment où plusieurs s'inquiétaient de la voir piétiner.

    Exposé des faits (Nouvelle fenêtre)

    Alain Renaud avait joué un rôle actif, à l'époque, dans les dossiers qui ont mené Benoît Corbeil devant les tribunaux. Rappelons que M. Corbeil a plaidé coupable, en juin dernier, à des accusations de fraude aux dépens du PLC-Québec et de trafic d'influence.

    Dans l'affidavit des policiers, on peut lire:

    Bien qu'Alain Renaud n'ait jamais reçu de la GRC la promesse formelle qu'il ne serait pas accusé, ses contrôleurs lui ont mentionné qu'il n'était pas visé par l'enquête de la GRC sur le programme des commandites. Le contrôleur principal d'Alain Renaud, le sergent Richard Huot, est d'avis que l'interprétation qu'Alain Renaud a faite de cette situation est qu'il ne sera pas accusé dans le cadre de l'enquête de la GRC sur le programme des commandites.

    Extrait de l'affidavit des policiers

    Écoute électronique et micros cachés à l'appui, Alain Renaud avait le mandat de soutirer des aveux de Benoît Corbeil. De quoi permettre, donc, au procureur de l'accuser formellement de fraude et de trafic d'influence.

    Et de quoi donner à Alain Renaud une prime de 50 000 $, versée quelques jours avant le dépôt d'accusations contre Benoît Corbeil, pour une rémunération à ce jour de 79 000 $ pour son rôle dans l'enquête.

    Chèques et Addendum (Nouvelle fenêtre)

    Mais pourquoi trahir ainsi l'homme qui le décrivait encore en 2007 comme « son seul ami »? Celui qui offrait de lui trouver un emploi? La GRC conclut qu'« Alain Renaud était motivé par la vengeance » et qu'il se sentait manipulé par tous ces acolytes qui se sont tant enrichis grâce aux commandites, tel son ex-patron Jean Brault.

    Il prétend que ces individus l'ont manipulé et se sont servis de lui pour s'enrichir.

    Extrait de l'affidavit des policiers

    Alors que Benoît Corbeil attend de savoir s'il ira en prison, Alain Renaud a été relogé et profite maintenant de la protection de la GRC, car il a aidé les policiers dans trois autres enquêtes, dont celle sur Jacques Corriveau, un ancien organisateur libéral à qui on reproche d'avoir été le chef d'orchestre du financement occulte du Parti libéral dans les commandites.

    Alain Renaud et Benoît Corbeil

    Proche des libéraux, Alain Renaud a travaillé pour Groupaction de 1996 à 2001, à titre de démarcheur. Il a obtenu 1,1 million de dollars en honoraires de la firme de Jean Brault pour le travail effectué.

    Benoît Corbeil a dirigé le Parti libéral du Canada, section Québec, pendant les années où le programme des commandites a été lancé. Son premier contact politique était Alfonso Gagliano, lieutenant de Jean Chrétien au Québec. Benoît Corbeil a été blâmé dans le rapport du juge John Gomery.

    D'après un reportage d'Emmanuelle Latraverse