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Une nouvelle façon de communiquer

Radio-Canada

En 2009, être visible sur les sites de réseaux sociaux est-il vraiment devenu un moyen de communication essentiel en campagne électorale? Le contact avec les électeurs est-il réellement plus authentique? Comment les politiciens s'organisent-ils pour gérer leur image et, surtout, pour contrôler leur message?

Trois observateurs du monde politique, des communications et du marketing se sont penchés sur le phénomène des réseaux sociaux en campagne électorale. Un constat unanime en est ressorti: le Québec est en retard dans l'intégration des réseaux sociaux, du web et de la politique comparativement aux États-Unis.

Nos trois experts

Luc Dupont, professeur au Département des communications à l'Université d'Ottawa, conférencier et auteur. La publicité et le marketing sont parmi ses thèmes de prédilection.

Thierry Giasson, professeur adjoint au Département d'information et de communication de l'Université Laval. Dans ses recherches, il se concentre notamment sur la communication politique et électorale, le marketing et la stratégie politique.

Marc David, professeur adjoint au Département des lettres et communications à l'Université de Sherbrooke. Les stratégies de communication font partie de ses intérêts de recherche.

Avec sa campagne présidentielle en 2008, Barack Obama a lancé une véritable mode en utilisant les réseaux sociaux à pleine capacité pour promouvoir ses idées et se rapprocher des électeurs. Depuis, des politiciens canadiens ont embarqué dans ce mouvement.

  • Les réseaux sociaux sont-ils indispensables?

Selon Thierry Giasson, ce qu'on attend maintenant des politiciens, c'est qu'ils soient présents sur les réseaux sociaux, et ce, pour une question d'image, de réputation et de crédibilité. Sans généraliser toutefois, il est d'avis que les organisations politiques n'ont pas vraiment compris le fonctionnement des outils, car elles continuent « à faire de l'information du haut vers le bas, plutôt qu'à entretenir une communication, une conversation, avec les utilisateurs des réseaux sociaux, ce qu'ils attendent habituellement d'ailleurs ».

Luc Dupont

Luc Dupont

Marc David abonde dans le même sens et pense qu'Obama « a lancé une nouvelle forme de campagne électorale et de communication politique, dont les effets se font ressentir jusqu'au Canada et ailleurs dans le monde ». Il souligne que l'abondance des réseaux sociaux et les plateformes technologiques permettent une communication plus rapide.

Pour sa part, le professeur Luc Dupont croit qu'il est « impensable en 2009 de concocter une campagne de communication politique sans utiliser les médias sociaux ». Les médias traditionnels sont de moins en moins efficaces, dit-il.

Il ajoute qu'en période de campagne électorale, il arrive qu'on découvre la réplique à une attaque avant même d'avoir eu connaissance de l'attaque initiale. L'accélération de la communication est telle que les médias classiques n'arrivent pas à suivre la parade. C'est pour cette raison que, dans un contexte comme la politique, les médias sociaux sont les outils qui permettent de réagir rapidement.

  • Quels sont les avantages pour les politiciens d'être présents sur les réseaux sociaux?

M. David croit que les politiciens ne peuvent pas « se permettre de ne pas être à la page, de ne pas être à la mode technologique en ce moment pour montrer qu'ils sont justement en ligne avec tous les derniers développements ».

Il estime que la réputation des réseaux sociaux est un peu surfaite. En entrevue, il explique que les effets sur les électeurs sont tout simplement surestimés.

De son côté, M. Giasson souligne que les politiciens peuvent ainsi rejoindre « des électeurs plus jeunes, des hommes qui s'informent de moins en moins dans les créneaux traditionnels, des jeunes hommes dans la trentaine, dans la quarantaine, qui ont délaissé les créneaux traditionnels pour des médias en ligne ». Un public qu'ils ne toucheraient pas autrement.

« Ça leur permet aussi de rejoindre des trendsetters, des gens qui sont très présents en ligne et qui servent un peu de leaders d'opinion dans la société », ajoute-t-il.

Luc Dupont

Luc Dupont

  • Est-ce que le contact avec les électeurs est plus authentique sur les plateformes virtuelles? Est-ce que les gens ont plus de chance de faire valoir leurs idées qu'auparavant, lorsqu'ils devaient par exemple se rendre dans les assemblées?

Luc Dupont constate qu'aujourd'hui, rassembler des centaines de personnes en un seul endroit relève du défi. Les médias sociaux permettent selon lui de « créer artificiellement ce sentiment de regroupement ». « Vous êtes au fond tous séparés, mais tous ensemble. Et c'est un avantage qui est évidemment unique et qui permet de rejoindre soudainement des électeurs qui auraient autrement le sentiment de ne pas faire partie de la joute politique », avance-t-il.

Aux dires de M. Dupont, les politiciens modernes « sont condamnés à utiliser les médias sociaux, qu'ils les aiment ou qu'ils ne les aiment pas ». En entrevue, il décrit aussi les défauts de ces réseaux, comme le fait qu'on n'y contrôle pas son message.
Écoutez la réponse de Luc Dupont

  • Est-ce que les réseaux sociaux sont un bon outil de marketing pour mobiliser les gens qui ne votent pas et aller chercher le vote des jeunes?

M. Dupont estime d'ailleurs que le contact est plus authentique, car il y a « cette capacité soudaine de répliquer, de répondre ou d'avoir l'impression d'avoir accès ».
Écoutez la réponse de Luc Dupont

M. David ajoute que ces réseaux permettent d'aller toucher certains groupes de jeunes « moins politisés ou moins conscientisés », fournissant un outil de plus aux partis politiques. Il s'interroge toutefois sur leur impact réel, qui demeure très difficile à évaluer.

  • Qui réussit actuellement le meilleur virage virtuel tout en étant en interaction avec les électeurs?

Thierry Giasson qualifie le contact de plus facile, car les électeurs sont derrière leur ordinateur, ce qui leur permet de s'exprimer plus facilement, selon lui.
Écoutez la réponse de Thierry Giasson

Pour sa part, Marc David souligne le travail du Bloc québécois en politique fédérale, avec sa nouvelle page Internet. « Mais lorsque l'on parle des médias sociaux en général, je ne pense que personne ne se distingue particulièrement. »

M. David n'hésite pas à dire qu'il y a un certain retard de ce côté-ci de la frontière, en raison du contexte culturel. « L'organisation des médias sociaux se retrouve particulièrement forte aux États-Unis, parce qu'il y a une présence extrêmement forte de la communauté, que l'on retrouve moins au Québec », explique-t-il.

« Dans l'utilisation des médias sociaux, dans les stratégies web, ça c'est clair qu'il y a beaucoup de chemin à faire pour l'ensemble des partis politiques, tant au municipal, qu'au provincial, qu'au fédéral », précise-t-il.

Luc Dupont souligne également le retard de deux à trois ans en communication politique. « Si vous me demandiez un exemple de quelqu'un qui le fait bien au Canada, et au Québec de surcroît, j'aurais envie de vous dire que j'ai un peu de difficulté à vous nommer des partis politiques. Certains de ces partis politiques là jusqu'à tout récemment n'étaient même pas sur Twitter et sur Facebook. »

À l'inverse, Marc David n'y va pas par quatre chemins en qualifiant le tout de « jeu des illusions ». « Le piège est de se fier uniquement aux médias sociaux pour créer l'illusion qu'il y a des contacts humains, parce que les utilisateurs des médias sociaux sont extrêmement conscients de la futilité », indique-t-il.
Écoutez la réponse de Marc David

  • Avec la puissance du web, des photos, des vidéos et des propos sont repris instantanément. Est-ce que les politiciens doivent se censurer et être encore plus prudents? (Par exemple, une vidéo de Stephen Harper a récemment été tournée à son insu lors d'un discours devant une assemblée partisane à Sault Ste. Marie.)

Luc Dupont est d'avis qu'il serait dramatique que les politiciens s'absentent du monde virtuel en raison d'une trop grande prudence, et ce, même si « l'information circule à une vitesse extraordinairement importante ».

Pour Luc Dupont, il n'y a pas de doute que les réseaux sociaux rejoignent des gens qui, historiquement, votent peu et qui s'absentent de la joute politique.
Écoutez la réponse de Luc Dupont

Le fossé générationnel est particulièrement visible chez les politiciens dans leur utilisation des technologies d'informations, selon Thierry Giasson. L'éducation technologique n'a pas été la même pour tous.
Écoutez la réponse de Thierry Giasson

  • Les pancartes électorales et le porte-à-porte sont-ils encore nécessaires pour faire une campagne en 2009 et allez chercher des votes?

« On a l'impression qu'il n'y a pas de stratégie de présence web, et que le web est plutôt utilisé comme un autre canal d'information où l'on transmet de l'information vers le citoyen sans vraiment établir une communication, répondre et suivre ce que le citoyen veut », précise M. Giasson.
Écoutez la réponse de Thierry Giasson

Thierry Giasson et Marc David poursuivent dans la même lignée. M. Giasson fait valoir que les politiciens ne doivent pas se censurer, alors que M. David indique que la ligne entre l'espace privé et l'espace public est devenue floue.
Écoutez la réponse de Thierry Giasson

Pour Thierry Giasson, il n'y a aucun doute: les moyens de communication politiques s'ajoutent les uns aux autres. Les pancartes électorales et le porte-à-porte sont deux outils absolument nécessaires en campagne électorale.
Écoutez la réponse de Thierry Giasson

Finalement, Thierry Giasson juge que les politiciens n'ont pas encore saisi complètement le concept des réseaux sociaux et du web 2.0. « Quand ils auront saisi l'esprit du web 2.0, ils vont faire la paix, je vous dirais, avec le fait de perdre un certain contrôle sur le message qu'ils vont diffuser. Et ils vont arrêter de diffuser des messages justement, et ils vont établir des conversations. Établir une conversation, c'est s'ouvrir au message de l'autre, et c'est en faire part et y réagir », résume-t-il.

LIENS

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