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  • Exclusif
  • Un entrepreneur qui use de son influence

    Radio-Canada

    L'émission Enquête dévoile une conversation entre l'entrepreneur Lino Zambito et des élus de Boisbriand dans laquelle il leur propose une entente qui aurait eu pour résultat d'éviter la tenue d'élections contestées le 1er novembre prochain.

    Jusqu'où peut aller un entrepreneur en construction pour influencer le processus électoral dans une ville où il obtient la majorité des contrats de construction?

    Lino Zambito, de la compagnie InfrabecLino Zambito, de la compagnie Infrabec

    L'émission Enquête soulève la question en diffusant les enregistrements d'une conversation de l'entrepreneur Lino Zambito avec des élus de la Ville de Boisbriand, où il leur propose une entente qui aurait eu pour résultat d'éviter la tenue d'élections contestées le 1er novembre prochain.

    Les événements se sont produits au printemps dernier lors de deux rencontres secrètes dans des restaurants de la région de Boisbriand auxquelles participe Lino Zambito, de la compagnie Infrabec. M. Zambito est un des plus gros entrepreneurs de la région.

    La première rencontre a lieu en présence de la mairesse de Boisbriand, Sylvie St-Jean.

    Sylvie St-Jean, mairesse de BoisbriandSylvie St-Jean, mairesse de Boisbriand

    Lino Zambito, dont la compagnie a obtenu plus de 50 % de tous les contrats de Boisbriand au cours des cinq dernières années, tente de convaincre les deux seuls conseillers de l'opposition d'accepter une entente qui éviterait la tenue d'une élection à Boisbriand, et permettrait à Mme St-Jean et tous les autres conseillers d'être élus sans opposition.

    « Moi, je suis là pour éviter des élections à Boisbriand puis crisse tout le monde garde leurs jobs [...] En bout de ligne là, faire un hostie de power trip de politiciens ou de politiciennes, on s'en va en campagne pour avoir le même câlice de résultats. Pourquoi on regarde pas en avant pis voir ce qu'on peut bâtir ensemble, ostie », dit M. Zambito dans l'enregistrement audio de la conversation.

    Extraits d'entrevue avec une conseillère

    « Si on acceptait de ne pas présenter de candidate à... que je me présente pas comme candidate à la mairie, qu'on pourrait continuer à oeuvrer comme conseillers municipaux, donc à se présenter à la prochaine élection en conservant le statu quo », dit Marlène Cordato, candidate à la mairie de Boisbriand, de Ralliement des citoyens de Boisbriand.

    Question: « Qui vous fait cette offre-là? »

    Réponse de Mme Cordato: « C'est fait entre M. Zambito et Mme Saint-Jean. »

    Question: « Est-ce que c'est M. Zambito qui vous fait l'offre, ou c'est Mme Saint-Jean qui vous fait l'offre? »

    Réponse de Mme Cordato: « M. Zambito parle beaucoup; Mme Saint-Jean appuie ».

    Radio-Canada a tenté de rencontrer M. Zambito pour lui poser des questions sur ces rencontres. Il n'était pas chez lui lors du passage de l'équipe d'Enquête.

    Au téléphone, il a nié dans un premier temps avoir tenté d'empêcher les élections à Boisbriand. Mais il a changé sa version quelques jours plus tard. « Des forces à Boisbriand, il n'y en a pas trois millions. Si vous êtes capables de vous entendre, travailler ensemble, pis éviter, pas éviter, mais des gens par après vont se présenter contre vous, il n'y en aura pas. Si la ville, il n'y en a pas d'élections et vous sauver 200 000 - 300 000 piastres », a-t-il déclaré.

    « Quand tu as une proposition comme ça, tu dis "mais ça n'a pas de bon sens!" Où est la démocratie? Ça fait que Marlène et moi, on est partis très très ébranlés », affirme Patrcik Thiffault, conseiller sortant du Ralliement des citoyens de Boisbriand.

    Dans une entrevue au téléphone, la mairesse Sylvie St-Jean a admis avoir participé à une des deux rencontres et dit avoir appuyé la proposition de M. Zambito d'éviter la tenue d'une élection à Boisbriand pour, a-t-elle dit, faire économiser à la ville 300 000 $. Elle a refusé d'être interrogée devant la caméra sur ces rencontres.

    D'après un reportage d'Alain Gravel

    Lino Zambito, un entrepreneur influent

    Construction à BoisbriandConstruction à Boisbriand

    La compagnie de Lino Zambito, Infrabec, a reçu 75 % de la valeur totale des contrats de construction à Boisbriand au cours des cinq dernières années, selon ce qu'a appris Radio-Canada en vertu de la loi sur l'accès à l'information.

    Entre le 1er octobre 2003 et le 30 septembre 2008, la Ville a octroyé des dizaines de contrats de construction, la plupart par appel d'offres. Une vingtaine d'entreprises en ont obtenu, mais Infrabec ressort du lot avec plus de 50 millions de dollars en travaux.

    Selon Harold Chorney, professeur spécialiste en finances municipales à l'Université Concordia, cette situation est suspecte. « Je ne pense pas que c'est normal d'avoir une compagnie qui monopolise 75 % de tous les contrats, particulièrement si cette ville est dans la grande agglomération montréalaise, où il y a presque quatre millions de personnes et beaucoup de compagnies. »

    Questionnée sur le sujet, la mairesse de Boisbriand, Sylvie St-Jean, ne semble pas y voir de problème. « Écoutez, ils étaient les plus bas soumissionnaires, je ne pourrais pas vous dire. »

    Le plus important contrat octroyé à Infrabec est celui de la réfection de l'usine d'épuration d'une valeur de 28 millions de dollars en 2007. L'entreprise de M. Zambito a été la seule à soumissionner. « C'est vraiment rare. Je trouve ça très curieux », croit Harold Chorney.

    Si l'on ne tient pas compte du contrat de l'usine d'épuration, Infrabec représente tout de même 57 % de la valeur des contrats de construction à Boisbriand depuis cinq ans.

    D'après un reportage de Jean-Hugues Roy