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Meneuse silencieuse

Radio-Canada

Bonjour à tous,

C'est avec plaisir que je me joins à l'équipe de chroniqueurs de Radio-Canada Sports. Ma collaboration ne sera pas très longue, puisque je prends ma retraite au terme de la saison... Ma 17e dans l'équipe canadienne de courte piste.

À Vancouver, j'en serai à mes quatrièmes Jeux olympiques. Donc, pour la première fois de ma carrière, j'assure entièrement le rôle de vétérane. D'autant plus qu'à 33 ans, j'ai 11 ans de différence avec l'autre doyenne de l'équipe, Kalyna Roberge.

À Turin, j'étais également la plus âgée, mais Alanna Kraus avait seulement un an de moins que moi. L'équipe était plus équilibrée en terme d'âge. Depuis la retraite d'Alanna, c'est uniquement à moi qu'incombe le rôle de meneuse.

Ce rôle toutefois ne m'est pas vraiment naturel. J'aime mieux prêcher par l'exemple sur la glace, c'est pourquoi je me décris comme une meneuse silencieuse.

Veut, veut pas, il y a toujours une rivalité entre athlètes du même âge parce que l'on se compare. Quand tu vieillis, je crois que c'est avec toi-même que tu rivalises. Maintenant, je veux bien patiner pour moi. Je ne veux pas prouver à l'autre que je suis capable de la battre.

De toute façon, ça ne me donne rien de me prouver contre une petite jeune de 18 ans. Maintenant, c'est un combat contre moi-même, c'est moi qui veux performer pour moi.

Et puis, dans les dernières années, j'ai pensé à ce que je veux léguer au patinage. Est-ce que je veux que les autres se souviennent de moi comme de la fille pas fine qui fait suer toutes les jeunes? Ou est-ce que je veux laisser un message positif: Tania était cool, on aimerait ça qu'elle soit encore là?

Tania Vicent

Tania Vicent

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Par contre, les jeunes changent ma perspective. À 33 ans, ce n'est pas toujours évident de se lever le matin pour être à l'aréna à 7 h 30. Mais quand elles arrivent et qu'elles sont énervées, qu'elles crient, je trouve ça drôle et je souris. Ironiquement, ce sont les années où je m'amuse le plus, peut-être parce qu'il n'y a pas de rivalité.

Cependant, pas question de leur donner de cours de moral. Je refuse de faire ça. Quand j'avais leur âge et qu'on me faisait le coup, je détestais ça.

Je ne nommerai pas de nom, mais c'est clair que ça m'est déjà arrivé. Je déteste me faire dire quoi faire et comment le faire. Il y a une façon de dire des choses aux jeunes.

Quand je leur fais une remarque, je leur dis tout le temps: je te dis ça, mais tu n'es pas obligée de le faire. Donc, elles ne se sentent pas menacées par ce que j'ai à leur dire.

C'est davantage une question d'entraide. Les filles acceptent bien les commentaires que je leur fais, surtout au niveau du relais: où arriver dans le tracé, comment mieux prendre un échange, ce genre de petits trucs.

Mais ça fonctionne à l'inverse aussi. Si elles ont quelque chose à me dire, elles peuvent le faire sans problème. Ce n'est pas parce que j'ai 33 ans que j'ai la vérité absolue. Il faut qu'elles se sentent à l'aise de me donner des conseils aussi, de venir me dire si je n'arrive pas bien dans un échange, si je peux améliorer quelque chose. Et elles le sont.

C'est d'ailleurs pour cette raison que la chimie est excellente dans l'équipe féminine, malgré l'énorme différence d'âge.

À bientôt.