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Un accord vite mis à l'épreuve

Le ministre arménien des Affaires étrangères Edouard Nalbandian et son homologue turc Ahmet Davutoglu se serrent la main. En arrière-plan, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton.
Le ministre arménien des Affaires étrangères Edouard Nalbandian et son homologue turc Ahmet Davutoglu se serrent la main. En arrière-plan, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton. Photo: AFP / Fabrice Coffrini

Le premier ministre turc pose une nouvelle condition à l'ouverture de la frontière turco-arménienne concernant le Haut-Karabakh, au lendemain de la signature d'un accord historique avec l'Arménie.

Le chemin vers la normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie ne sera pas sans embûche. Au lendemain de la signature d'une entente historique entre la Turquie et l'Arménie à Zurich, les premières difficultés apparaissent.

Dimanche, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a posé une nouvelle condition à l'ouverture de la frontière turco-arménienne, fermée depuis 1993. Selon lui, le rétablissement des liens diplomatiques entre les deux pays passe également par le retrait des troupes arméniennes du Haut-Karabakh, une province séparatiste d'Azerbaïdjan à majorité arménienne.

« Nous voulons que toutes les frontières s'ouvrent en même temps, mais tant que l'Arménie ne se sera pas retiré des territoires azerbaïdjanais qu'elle occupe, la Turquie ne peut pas avoir une attitude positive à ce sujet », a-t-il déclaré. Il a néanmoins assuré qu'il présenterait l'accord au parlement pour ratification.

La question du Haut-Karabakh constitue un important point de discorde entre les deux pays. L'Arménie s'est emparée de ce territoire dans une guerre de six ans, de 1988 à 1994, qui a fait 30 000 morts. La Turquie, un allié de l'Azerbaïdjan, a fermé sa frontière avec l'Arménie en guise de représailles.

Quelques heures avant la déclaration du premier ministre Erdogan, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères avait condamné l'accord. Selon lui, les efforts de normalisation des relations turco-arménienne, alors que son territoire est toujours occupé, « jettent une ombre sur les relations fraternelles entre l'Azerbaïdjan et la Turquie ».

Accord historique

La Turquie et l'Arménie sont en conflit depuis un siècle. Ils ont signé un protocole samedi à Zurich, en Suisse, en vue de rétablir leurs liens diplomatiques, suspendus depuis 1991.

Cette entente a été saluée par les États-Unis, la France, la Russie et la Suisse, qui ont participé à la cérémonie. Toutefois, la hache de guerre entre Erevan et Ankara n'est toujours pas enterrée. L'accord doit encore être ratifié par les parlements des deux pays et ce n'est pas, gagné compte tenu de l'hostilité de plusieurs élus, d'un côté comme de l'autre.

Guerre de mots

Autre écueil sur la route de la réconciliation, la question du génocide arménien. Elle serait d'ailleurs à l'origine d'un retard de trois heures dans la signature de l'accord samedi, selon une source diplomatique arménienne.

La source du contentieux: la Turquie récuse le terme « génocide » pour qualifier le massacre et la déportation de plusieurs centaines de milliers d'Arméniens sous l'Empire ottoman entre 1915 et 1917. Elle soutient que cet épisode a fait de 300 000 à 500 000 victimes arméniennes et turques; l'Arménie parle d'un million et demi d'Arméniens morts.

Le protocole prévoit l'ouverture d'un dialogue sur la création d'une commission historique conjointe afin de faire un examen « scientifique et impartial » des données historiques et des archives sur les problèmes actuels. On ne parle jamais spécifiquement des évènements de 1915.

Une partie de la population arménienne au pays et surtout à l'étranger s'oppose à cet accord. Ces gens craignent que leur histoire soit édulcorée dans le processus. Pour eux, aucun rapprochement avec la Turquie n'est possible tant que celle-ci ne reconnaîtra pas le génocide.

L'opposition nationaliste arménienne a déjà annoncé son intention de mener une lutte féroce pour empêcher sa ratification au Parlement. Des manifestations et des marches sont au programme notamment.

Vendredi, 10 000 personnes ont manifesté à Erevan contre le protocole.

Malgré tout, les deux pays ont beaucoup à gagner d'un rapprochement. La Turquie veut redorer son blason auprès de l'Union européenne, dans laquelle elle aspire à être admise. Quant à l'Arménie, qui subit de plein fouet la crise économique, cette détente diplomatique signifie le désenclavement du pays, avec un accès aux marchés turc et européen.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde, et Reuters

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