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Angela Davis, toujours militante

Angela Davis

Angela Davis

Photo : Lanvin Agency

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Angela Davis, ex-membre du Black Panthers Party et célèbre défenseur des droits de la personne, fait salle comble à l'Université McGill pour une conférence portant sur le profilage racial, les médias et les inégalités sociales.

Près d'un millier de personnes ont assisté à la conférence d'Angela Davis, défenseur des droits de la personne à l'Université McGill, le jeudi 1er octobre.

Parmi la foule enthousiaste (dont une partie a dû être refoulée dans une salle à l'étage tant l'auditorium du pavillon Leacock était bondé), se trouvait une majorité d'étudiants. Des jeunes qui n'étaient même pas nés quand la célèbre Afro-américaine a rejoint les rangs du Black Panthers Party et du parti communiste américain, à la fin des années soixante...

« À cette époque, Richard Nixon était président et Ronald Reagan, gouverneur de la Californie », a rappelé une Angela Davis narquoise, souriante et svelte, qui a été accueillie par une ovation avant même de commencer sa conférence.

Il n'y avait pas que des jeunes qui s'étaient déplacés pour entendre la quasi mythique militante. « J'étais là quand elle est venue à Montréal en 1972 pour parler de la défense des droits des Noirs et de ceux des femmes, a déclaré avec émotion une Montréalaise d'origine haïtienne. Elle venait de sortir de prison... »

Angela Davis en compagnie de travailleurs cubains à La Havane, en 1972Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Angela Davis en compagnie de travailleurs cubains à La Havane, en 1972

Photo : AFP / Prensa Latina/Dominique Paget

C'est qu'en 1970, les autorités américaines arrêtent Angela Davis, qui figure alors sur le FBI Most Wanted List, la liste des dix personnes les plus recherchées par la police fédérale américaine. Elle est accusée de meurtre, d'enlèvement et de conspiration. (Des armes enregistrées à son nom avaient été utilisées lors d'une prise d'otages à laquelle elle n'assistait pas, mais qui s'était soldée par la mort de quatre personnes.)

Son procès, très médiatisé, donnera lieu à une vaste campagne destinée à la faire libérer. « Free Angela Davis » aura des échos non seulement aux États-Unis, mais au Moyen-Orient, en Amérique latine et... au Canada. « Ma mère, Laurette Chrétien, qui dirigeait la Ligue des femmes du Québec, présidait le comité canadien pour sa libération », dira fièrement un homme présent dans l'assemblée à l'Université McGill.

« J'étais passible de la peine de mort et sans doute serais-je encore en train de croupir dans une prison pour femmes sans cette campagne orchestrée en ma faveur », a déclaré Angela Davis en se remémorant ces années de tourmente. Après 16 mois d'incarcération et un procès très médiatisé, Angela Davis a été acquittée de toutes les accusations qui pesaient contre elle.

Si on fait un film sur ma vie, je veux qu'il illustre cette victoire de la solidarité dont j'ai bénéficiée.

Une citation de :Angela Davis

L'affaire Oscar Grant

Angela DavisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Angela Davis à l'époque des Black Panthers

Photo : Lanvin Agency

Marc Raboy est l'un des professeurs du groupe Media@McGill, qui a invité Angela Davis à prononcer la quatrième édition de la conférence Beaverbrook, du nom d'une fondation qui finance ces conférences annuelles, publiques et gratuites. « On a demandé à Angela Davis de se pencher sur les liens entre les médias et le pouvoir, explique Marc Raboy, et elle a choisi de venir nous parler de l'affaire Oscar Grant. »

Le 1er janvier dernier, des policiers arrêtent Oscar Grant, un homme de 22 ans, dans le métro d'Oakland, une ville d'environ un demi-million d'habitants située non loin de San Francisco. Pendant que le jeune homme est maintenu au sol par des agents, l'un d'eux fait feu sur lui, mortellement. Sur le quai, des passagers filment la scène à partir de leur téléphone cellulaire...

La scène de l'arrestation d'Oscar Grant sera visionnée par des milliers de personnes sur YouTube, et ce, dès les premières heures suivant le drame. « L'affaire Oscar Grant est devenue un phénomène médiatique », affirme Angela Davis, qui souligne qu'à l'ère où la technologie est à la portée de tous, la surveillance est partout et elle exercée par des gens qui viennent de toutes les sphères de la société.

Pour Angela Davis, nul doute que le profilage racial a joué un rôle dans la triste fin d'Oscar Grant. Le jeune homme avait eu quelques démêlés avec la police, certes, mais il gagnait honnêtement sa vie comme boucher, dit-elle. « Grant n'était pas armé. Il avait fêté le Nouvel An. La plupart des gens boivent trop dans la nuit du Nouvel An... C'est considéré comme un comportement normal! Grant revenait en métro avec des amis, on aurait pu se réjouir qu'il ait choisi de prendre le métro plutôt que le volant! »

Ayant eu vent d'une escarmouche, les policiers seraient accourus et, au lieu de s'assurer que tout le monde était indemne, dit en substance Angela Davis, ils ont entrepris de menotter Oscar Grant.

« Qu'est-ce qui a convaincu cet homme [le policier Johannes Mehserle, désormais accusé de meurtre et en attente de son procès] qu'il était OK de tirer de cette manière sur un jeune homme noir? » a demandé la militante américaine au public attentif dans l'auditorium de l'Université McGill, avant de faire référence à d'autres cas présumés de profilage racial. « Il y a eu des exemples récents de violence policière teintée de considérations raciales, dit-elle, comme le cas de Fredy Villanueva ici, à Montréal. »

Féministe, communiste et controversée

En 1970, dans la foulée des événements qui l'ont rendue célèbre, Angela Davis avait perdu son poste de professeur adjoint suppléant à l'Université de la Californie.

Aujourd'hui, elle enseigne à l'Université de la Californie à Santa Cruz, sans pour autant avoir renoncé à ses idéaux: l'égalité entre les races et entre les sexes (y compris pour les personnes transgenres de couleur, précise-t-elle, qui sont les plus criminalisées de tous les groupes de la société, déplore-t-elle.)

Angela Davis et le secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais, en 1973Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Angela Davis et le secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais, en 1973

Photo : AFP / Agence France-Presse

Angela Davis se définit aussi comme une abolitionniste en ce sens qu'elle milite, carrément, pour l'abolition du système carcéral « comme principale forme de punition ». Au lieu d'essayer de régler et de comprendre les grandes problématiques sociales, s'insurge-t-elle, on utilise la répression et on poursuit en justice des individus, comme s'il s'agissait de « pommes pourries » qu'il suffit de retirer du lot pour régler les choses.

Quant à Barack Obama...

D'une durée prévue de deux heures, la conférence tirait à sa fin et Angela Davis a prétexté qu'elle manquait de temps pour parler de l'élection de Barack Obama...

Devant l'assistance qui protestait en la priant de continuer, la conférencière a poursuivi en riant qu'elle était contente que les Américains aient élu Obama.

Faisant référence à l'arrestation du professeur Henry Louis Gates (arrêté à tort par la police qui croyait qu'il s'agissait d'un cambrioleur), la célèbre militante a dit regretter que l'affaire n'ait pas provoqué l'ouverture d'un véritable dialogue sur le profilage racial.

« Au lieu de ça, dit-elle, le président Obama a décidé de régler l'affaire de manière très honorablement mâle: en prenant une bière avec le professeur Gates et le policier qui avait arrêté ce dernier! » Et qu'ont fait les médias? questionne encore Angela Davis: « Ils se sont demandé quelles sortes de bières avaient été choisies et si elles étaient de marque américaine! »

Une enfance dans la ségrégation

Angela Davis est née en 1944 à Birmingham, en Alabama, de parents enseignants et éduqués qui emménagèrent alors qu'elle était toute jeune dans un quartier jusque-là habité par des Blancs. « J'ai grandi dans l'une des villes les plus ségréguées des États-Unis, sinon LA plus ségréguée au pays. » Le quartier fera l'objet de tellement d'attentats qu'il sera surnommé Dynamite Hill...

« On voyait si peu de Noirs à la télévision que lorsqu'il en apparaissait un, on lâchait tout en criant pour le regarder, et ce, peu importe de qui il s'agissait et de ce dont il parlait », se souvient Angela Davis. Toutefois, la criminalité de la communauté noire était, elle, bien visible, ajoute-t-elle. « Nous en étions embarrassés comme si nous étions tous visés, même si dans les faits ça ne touchait que quelques personnes. »

Pour Angela Davis, l'esclavage a été aboli, mais ses effets se font sentir encore aujourd'hui, une preuve qu'il ne suffit pas d'abolir les institutions pour mettre fin aux problèmes qu'elles engendrent. « Ce qu'il faut, c'est trouver de nouvelles façons d'interagir entre nous, car nous entretenons tous une petite cour de justice dans notre tête. »

Un article de Anne-Marie Lecomte (Nouvelle fenêtre)

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