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Le Québec sans lieutenant politique

Le député libéral Denis Coderre

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Le chef libéral, Michael Ignatieff, ne remplacera pas Denis Coderre, qui a démissionné de son poste de lieutenant au Québec, lundi, dans la foulée de la querelle dans la circonscription d'Outremont.

À Montréal, le député libéral de Bourassa, Denis Coderre, a annoncé lundi qu'il démissionnait de son poste de lieutenant politique du chef Michael Ignatieff au Québec.

Faisant référence à de « récents événements » qu'il n'a pas détaillés, M. Coderre a laissé entendre que le lien de confiance l'unissant au chef avait été brisé et qu'il n'avait plus « l'autorité morale » pour occuper cette fonction.

« Au delà de ces événements, des questions beaucoup plus fondamentales se posent: à qui doit s'en remettre le chef du Parti libéral du Canada pour décider des enjeux qui concernent strictement le Québec? », a demandé Denis Coderre. « Doit-il s'en remettre à son lieutenant québécois travaillant en étroite collaboration et en concertation avec une équipe crédible, ou plutôt à ses conseillers torontois, qui ont une méconnaissance totale de la réalité sociale et politique québécoise? ».

Le message qui est envoyé par ces récents événements est le suivant: si vous voulez avoir gain de cause au Québec, vous n'avez qu'à court-circuiter les autorités québécoises du parti en vous adressant plutôt à la garde rapprochée de Toronto.

Denis Coderre

M. Coderre a soutenu que l'ensemble des recommandations qu'il a soumises au chef « ont toujours été le fruit de décisions concertées et approuvées par notre équipe québécoise formée d'un comité aviseur de près de 20 personnes, de deux coprésidents du conseil électoral québécois, Marc-André Blanchard et Denise Verreault, ainsi que l'un des quatre présidents nationaux, Rémi Bujold. »

Denis Coderre, qui abandonne aussi ses fonctions de porte-parole en matière de défense, a tout de même réitéré sa confiance à l'égard de M. Ignatieff. Il dit être fier de son travail en vue de futures élections fédérales au Québec. Il soutient que le parti a choisi 68 de ses 75 candidats en vue de prochaines élections, et qu'au moins cinq « candidats vedettes » sont du nombre.

Pas de nouveau lieutenant

Le chef libéral Michael Ignatieff à la sortie de la Chambre des communes

Michael Ignatieff a salué la contribution de son ex-lieutenant.

Interrogé à répétition par les journalistes, à la sortie de la Chambre des communes, le chef libéral Michael Ignatieff a dit regretter la démission de celui qu'il a décrit comme son ami et collègue.

M. Ignatieff a annoncé qu'il ne remplacera pas M. Coderre pour le moment, donc qu'il n'aura plus de lieutenant au Québec dans un avenir rapproché.

Le chef du Parti libéral a indiqué que 68 candidats sur 75 étaient déjà nommés au Québec, grâce au travail de Denis Coderre, mais aussi de toute une équipe.

Michael Ignatieff a soutenu qu'il souhaitait un renouveau de son parti au Québec, et qu'il voulait en changer le discours. En réponse aux affirmations de Denis Coderre sur l'influence de l'aile ontarienne du PLC, M. Ignatieff a déclaré que le parti comptait sur plusieurs personnes de qualité dans la province, dont Jean-Marc Fournier, Marc-André Blanchard, Yves Gougoux et Denise Verreault.

L'idée que ce parti est dirigé de Toronto me fait rire!

Michael Ignatieff

M. Ignatieff a affirmé que plusieurs personnes étaient venues le voir, alors qu'il participait à un repas pour le 375e anniversaire de la ville de Trois-Rivières, le week-end dernier, pour lui dire qu'elles avaient l'intention d'appuyer le Parti libéral lors des prochaines élections générales.

Le député d'Honoré-Mercier, Pablo Rodriguez, a admis pour sa part qu'il y avait des libéraux influents en Ontario. Il a toutefois précisé qu'il était déjà arrivé que l'aile québécoise ait plus de poids que l'aile ontarienne, et a insisté pour dire que les libéraux étaient plus unis que jamais.

La décision de Denis Coderre constitue un coup dur pour les libéraux fédéraux, à l'aube d'une possible élection fédérale. Un lieutenant politique est responsable de l'organisation du parti en période électorale. Qui plus est, la démission de M. Coderre témoigne de dissensions internes importantes, du moins au Québec.

La décision de M. Coderre survient une semaine après un bras de fer l'opposant à l'ancien ministre de la Justice Martin Cauchon quant à la candidature privilégiée par le parti dans la circonscription d'Outremont.

Il y a dix jours, Michael Ignatieff avait annoncé que Martin Cauchon ne serait pas candidat dans Outremont. Denis Coderre voulait que la femme d'affaires Nathalie Le Prohon y défende les couleurs du parti. Après que M. Cauchon eut refusé de briguer l'investiture libérale dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, dans le sud-ouest de Montréal, les libéraux ont changé d'idée et annoncé que Mme Le Prohon allait plutôt briguer l'investiture de Jeanne Le Ber.

Tandis que le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, évitait de commenter la controverse libérale, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a déclaré lundi que le même problème se posait pour tous les partis pancanadiens. Selon M. Duceppe, « le reste du Canada décide, et les Québécois minoritaires plient toujours ».

Le chef adjoint du NPD et député d'Outremont, Thomas Mulcair, a été plus volubile que M. Layton, en disant qu'il n'avait jamais vu une situation semblable à ce qui se passe chez les libéraux. M. Mulcair allègue que c'est maintenant le député torontois Bob Rae qui « calle les shots » au Québec.