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Un rapport accablant

Gérald Tremblay et d'autres élus consultent le rapport du vérificateur général sur les compteurs d'eau.
Gérald Tremblay et d'autres élus consultent le rapport du vérificateur général sur les compteurs d'eau.
Radio-Canada

Dans son rapport sur l'attribution du contrat des compteurs d'eau, le vérificateur général de Montréal parle entre autres d'improvisation et pose des questions sur les critères de sélection du consortium GÉNIeau. Les réactions fusent dans l'opposition en campagne.

Le vérificateur général de la Ville de Montréal dresse un rapport accablant au sujet du contrat de 356 millions de dollars accordé au consortium GÉNIeau pour l'installation de milliers de compteurs d'eau et autres équipements reliés au réseau d'aqueduc.

Dans son rapport de 170 pages, déposé lundi soir lors de la séance du conseil municipal, Jacques Bergeron relève de nombreuses irrégularités dans le processus d'attribution de ce contrat et juge que les Montréalais n'en ont pas eu pour leur argent.

Il faut, selon lui, réviser ce projet, voire envisager son annulation.

M. Bergeron parle d'improvisation quant à l'élaboration du contrat et pose des questions quant aux critères de sélection du consortium GÉNIeau. Son enquête, écrit-il, met en lumière « une gestion déficiente et plusieurs omissions d'informations pertinentes aux élus ».

Le rapport est une gifle pour la haute fonction publique montréalaise qui n'aurait pas été à même de bien superviser un projet de cette ampleur, selon les conclusions du rapport.

Sous enquête

Aussi, le vérificateur affirme avoir remis des informations à la Sûreté du Québec qui pourraient « entacher la réputation de la Ville si elles s'avéraient fondées ».

Notre enquête a révélé que certaines rencontres étaient planifiées, donc dans l'agenda avec la Ville et des partenaires externes dans le projet [...] Ces informations amènent un doute sur les liens de promiscuité entre ces personnes et sur l'influence que ces rencontres auraient pu avoir sur le déroulement.

Jacques Bergeron

Il encourage d'ailleurs les dirigeants montréalais à demeurer prudents pour éviter les situations de conflits d'intérêt ou d'apparences de conflits d'intérêts.

Le vérificateur ne fait nulle part mention des voyages en bateau effectués par l'ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, sur le bateau de Tony Accurso, l'un des entrepreneurs du consortium GÉNIeau, en plein processus d'attribution du contrat. Ces évènements, qui ont soulevé des questions sur une apparence de conflits d'intérêts, feront vraisemblablement partie de l'enquête confiée à la SQ.

Trop cher

Sur le plan financier, le vérificateur mentionne que le coût total du contrat s'élève à 600 millions de dollars, et non à 356 millions tel qu'annoncé, si on y ajoute différents frais. À son avis, c'est cher payé pour réaliser des économies de 20 millions par année grâce à une détection des fuites plus efficace.

M. Bergeron ne parle cependant pas de fraude ni d'illégalité, mais estime qu'il aurait été probablement plus avantageux pour la Ville de scinder le contrat en plusieurs éléments et autant d'appels d'offres.

Le rapport critique aussi la sous-traitance presque intégrale du projet en partenariat public-privé. Le vérificateur souligne que certaines portions du contrat auraient pu être réalisées par les cols bleus, qui déplorent d'ailleurs que leurs propositions en ce sens aient été rejetées.

Réactions

L'opposition n'a pas manqué l'occasion de critiquer l'administration de Gérald Tremblay, et ce, en pleine campagne électorale.

La principale adversaire de Gérald Tremblay dans la course à la mairie, Louise Harel, estime que le rapport révèle de sérieux « problème de gouvernance » à Montréal, problème qu'il faudra résoudre.

Le chef de l'opposition officiel, Benoît Labonté, s'inquiète quant à lui du coût de la possible annulation du contrat des compteurs d'eau. « Le maire sortant fera payer combien de dizaines de millions de dollars aux Montréalais pour tenter de sauver sa carrière politique? » a-t-il lancé lundi soir.

Le maire Gérald Tremblay avait déclaré en août qu'il était prêt à résilier le contrat si le vérificateur général de la Ville soulevait des doutes sur les termes de l'entente.

Il réagira au rapport cet après-midi, à 13 h 30.

Le vérificateur général donnera un point de presse à 10 h pour expliquer ses conclusions.

Retour sur la controverse

Le contrat accordé il y a deux ans à la firme GÉNIeau prévoyait l'installation de compteurs d'eau dans les industries, les commerces et les institutions de la municipalité. Il s'agit du plus important contrat alloué dans l'histoire de la Ville.

Dans la foulée d'allégations de conflits d'intérêts, la mairie a suspendu temporairement le contrat en avril dernier et a demandé au vérificateur général d'enquêter sur le dossier.

Ce partenariat public-privé d'une durée de 25 ans a semé la controverse en raison des nombreuses questions d'éthique qu'il a soulevées.

Au moment où l'appel d'offres pour le contrat était en cours, l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, a séjourné sur le yacht de l'homme d'affaires Tony Accurso, un des entrepreneurs du consortium GÉNIeau.

Il a ensuite quitté la politique pour devenir vice-président de Dessau, une autre entreprise du consortium. Il a démissionné de son poste en avril dernier, dans la foulée de cette controverse.

Deux autres anciens membres de l'administration Tremblay occupent en outre des fonctions au sein d'entreprises liées à ce dossier. Robert Abdallah, ex-directeur général de la Ville, dirige l'entreprise Gastier, une filiale de Simard-Beaudry, depuis novembre 2008. Yves Provost, responsable du dossier de l'eau à la Ville, a été embauché en décembre 2007 par la firme d'ingénieurs BPR, qui a rédigé l'appel d'offres du contrat des compteurs d'eau.

Par ailleurs, le coût du projet a lui aussi été critiqué. Toronto a déboursé 219 millions de dollars pour l'installation de 72 000 compteurs. Montréal était prête à payer plus de 137 millions de plus pour 33 000 compteurs.