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Québec dévoile son plan

Michelle Courchesne

Michelle Courchesne (archives)

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Six mois après le rapport Ménard, le plan de la ministre de l'Éducation vise un taux de diplomation de 80 % d'ici 2020. Les syndicats et directions d'école sont déçus, les commissions scolaires applaudissent.

La ministre de l'Éducation du Québec, Michelle Courchesne, a réitéré, mercredi, que le gouvernement Charest entend réduire le nombre d'étudiants par classe pour toutes les classes de niveau primaire d'ici 2012.

Mme Courchesne a répété cet engagement, pris par le Parti libéral du Québec, lors d'une conférence de presse organisée à l'école secondaire Honoré-Mercier de Montréal pour annoncer ce que le gouvernement appelle sa « Stratégie d'action visant la persévérance et la réussite scolaire ».

Ce document fait suite au rapport de Jacques Ménard sur la persévérance scolaire, présenté en mars dernier. Il reprend d'ailleurs l'objectif que ce rapport avait établi: faire en sorte que le taux de diplomation des jeunes Québécois de moins de 20 ans atteigne 80 % d'ici 2020.

Selon les plus récents chiffres dévoilés mercredi matin par la ministre Courchesne, le taux de diplomation a été de 66 % chez les garçons du Québec, et de 78 % chez les filles en 2007-2008. L'augmentation par rapport à l'année précédente a été de 2 points de pourcentage chez les garçons et de 3 points chez les filles. Chez les moins de 20 ans, il est passé de 69 % en 2006-2007 à 72 % en 2007-2008.

Parmi les mesures destinées à atteindre le taux de diplomation visé, Mme Courchesne a donc affirmé que le nombre maximal d'étudiants dans toutes les classes de niveau primaire passerait à 20 dans les milieux désignés comme défavorisés par Québec, et à 26 dans les autres secteurs d'ici 2012.

Mme Courchesne a annoncé également que les garderies seront mises en réseau avec les écoles primaires, afin de mieux encadrer les enfants considérés susceptibles de décrocher avant même qu'ils n'entrent au primaire. Le ministre de la Famille, Tony Tomassi, accompagnait d'ailleurs Mme Courchesne à Montréal.

Le rapport Ménard avait formulé une dizaine de recommandations, dont celle d'intervenir activement auprès des enfants qui vivent en milieu défavorisé et de faciliter au secondaire le passage vers la formation professionnelle. Il établissait à près de 2 milliards de dollars par année le manque à gagner pour la société causé par le décrochage scolaire.

Mme Courchesne a aussi annoncé que toutes les commissions scolaires du Québec devront présenter des objectifs concrets de lutte contre le décrochage scolaire d'ici le 31 mars. Elle a également fait savoir qu'elle met sur pied un comité de vigie, dont le travail consistera à suivre la mise en oeuvre des moyens et l'atteinte des résultats établis par la stratégie gouvernementale.

La ministre de l'Éducation du Québec a également annoncé que des campagnes de publicité visant à valoriser l'éducation seront bientôt lancées. Michelle Courchesne effectuera en outre une tournée des régions du Québec cet automne, où elle entend notamment rencontrer des parents et des enseignants et prononcer des discours devant les chambres de commerce.

Des fleurs...

Invité à commenter le plan sur les ondes du Réseau de l'information, Jacques Ménard s'est dit heureux de constater que certaines des suggestions de son rapport avaient été retenues. Il a affirmé que le ministère n'avait pas souvent montré une telle ouverture aux idées provenant de l'extérieur.

M. Ménard a aussi mentionné que plusieurs personnalités, dont la chanteuse Céline Dion et le chef d'orchestre Kent Nagano, participeront à la campagne publicitaire visant à valoriser l'éducation.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) accueille elle aussi « très favorablement le plan d'action » de la ministre Courchesne, faisant valoir qu'il répond à plusieurs des demandes qu'elle a formulées au cours des dernières années. La présidente Josée Bouchard se réjouit en outre que « le leadership des commissions scolaires en matière de persévérance » soit reconnu.

... et des pots

Les partis d'opposition, les syndicats des enseignants et des professionnels de l'éducation tout comme les directions d'établissement d'enseignement ne démontrent cependant pas le même enthousiasme.

Le porte-parole péquiste en matière d'éducation, Pierre Curzi, a déploré le « manque d'ambition et de sérieux » des changements annoncés. Il a notamment jugé trop timide le taux de diplomation visé et dénoncé l'absence de moyens concrets mis à la disposition des enseignants.

Le gouvernement n'hésite pas à investir des milliards de dollars pour réparer les routes, a-t-il critiqué, mais « quand il s'agit des infrastructures au niveau du savoir, on est réticents et on n'investit pas les sommes qui feraient une différence ».

Si elle se réjouit de la diminution du ratio enseignants-élèves, l'ADQ se montre sceptique sur la réussite du plan d'action, faisant notamment valoir que le Québec manque d'enseignants.

Ciblant la pauvreté comme la principale cause du décrochage en milieu défavorisé, Québec solidaire déplore pour sa part que le gouvernement n'ait annoncé aucune mesure pour aider les familles moins nanties à se sortir de la pauvreté.

Le président de la CSQ, Réjean Parent.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président de la CSQ, Réjean Parent.

Pour la Centrale des syndicats du Québec, qui représente une grande partie des enseignants et éducateurs au Québec, ce plan est plus une somme de bonnes intentions que des actions réelles et porteuses.

Réjean Parent, président de la CSQ, veut analyser plus avant les mesures, mais il craint d'emblée que la stratégie ne se résume à un ensemble de voeux pieux et dénonce les « modestes objectifs » fixés par la ministre en matière d'augmentation du taux de diplomation.

On peut saluer la réduction des classes, mais si on se refuse à ouvrir le vrai chantier, celui de l'égalité des chances... même si on a 2 ou 3 ou 4 élèves de moins par classe, cela ne règle pas le problème à sa source.

Une citation de :Réjean Parent, CSQ

Parlant d'un saupoudrage de mesures et d'un recyclage de ressources existantes, Réjean Parent juge que l'annonce de Michelle Courchesne permet au gouvernement de se délester de certaines de ses responsabilités en matière d'éducation. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) représente quelque 170 000 membres, dont près de 100 000 font partie du personnel de l'éducation.

De son côté, la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), qui représente le tiers du personnel enseignant au Québec, soit 27 000 enseignants de neuf syndicats, n'a pas tardé à se déclarer « très déçue » par un « plan timoré qui manque d'ambition ».

La centrale syndicale croit que le gouvernement du Québec a joué « d'une extrême prudence » en fixant son objectif de taux de diplomation à 80 % d'ici 2020.

La centrale syndicale affirme que le plan ne s'attaque pas à la pauvreté, qu'elle identifie comme la racine du mal, et qu'il est insuffisant en matière de prévention. Le syndicat critique aussi le fait que la ministre laisse en place une réforme qui impose une « dictature des compétences » au détriment de la connaissance.

La FAE aurait souhaité l'élargissement que des classes d'enseignement préscolaire à temps plein soit instaurée pour les enfants de 4 ans en milieu défavorisé et que des classes à demi-temps soient offertes aux enfants de 3 ans dans ces mêmes milieux.

La centrale syndicale déplore également que la ministre de l'Éducation n'ait pas considéré la baisse de ratio au secondaire, « particulièrement en 1re et 2e années, où l'encadrement est particulièrement important pour la réussite des jeunes ».

De leur côté, les directions d'établissement d'enseignement du Québec dénoncent l'insuffisance de moyens adéquats.

« Il faudra un jour finir par comprendre qu'il faut redonner aux écoles, aux gens de terrain, le leadership nécessaire pour mener à bien et de façon autonome ses plans de réussite », ont réagi les présidents de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire et l'Association québécoise du personnel de direction des écoles dans un communiqué commun.

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