Il y a 100 ans, des pêcheurs se révoltaient

À l'époque, le prix payé aux pêcheurs pour la morue était dérisoire.
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Le 4 septembre 1909, des pêcheurs de Rivière-au-Renard se rebellaient contre un système économique dominé par des compagnies anglo-normandes.
Il y a exactement un siècle, les pêcheurs de Rivière-au-Renard, en Gapsésie, se rebiffaient contre un système économique qui était alors dominé par des compagnies anglo-normandes.
La révolte éclata le 4 septembre 1909 entre pointe à la Renommée et Rvière-au-Renard.
Depuis plus d'un siècle, l'industrie de la pêche était aux mains des marchands de poisson anglo-normands, comme Charles Robin. À l'époque, le prix payé aux pêcheurs pour la morue était dérisoire. Exaspérés, ces derniers décidèrent de dire non aux compagnies et se révoltèrent.
« Le samedi, en fin de journée, c'est Joe Tapp à ce moment-là qui prendra au collet un des agents des compagnies [...] et qui lui dira : "Écoute, lundi si tu nous donnes pas se qu'on veut, je te sors le coeur du ventre" », raconte Jacques Keable, auteur du livre La révolte des pêcheurs.
Les manifestations anarchiques des pêcheurs dureront trois jours et se transformeront en émeute. Quelques marchands seront tabassés. L'un d'eux blessera un pêcheur. « Les pêcheurs n'étaient pas armés, mais les marchands eux l'étaient, au moins certains d'entre eux. De telle sorte de Philippe Robril, qui était un marchand, va tirer sur les pêcheurs et blesser Urbain Chrétien », explique M. Keable.
Effrayés, les marchands finiront par céder. Ils accepteront par écrit les exigences des pêcheurs. Selon plusieurs historiens, il s'agira là de la première convention collective des pêcheurs au Québec.
Un procès bâclé
La victoire et les célébrations seront cependant de courte durée. Humiliés, les marchands chercheront à se venger. Vingt-quatre pêcheurs seront arrêtés et jetés en prison.
« Le procès a été une mascarade évidente. Il n'y a que les représentants des marchands qui témoignent. Ils témoignent en anglais. Les pêcheurs sont tous francophones, la majorité d'entre eux sont analphabètes, ils ne savent pas signer leur nom. Ils ne comprennent pas trop la liturgie du procès ni le jargon du juge. Alors, finalement, ils sont sans défense devant un tribunal qui règle leurs comptes à la bonne franquette », dit M. Keable.
Ces évènements serviront de déclencheur à la création des coopératives de pêche au Québec. Aujourd'hui, Rivière-au-Renard porte fièrement le titre de capitale des pêches du Québec.