•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un exercice de souveraineté militaire

Walter Natynczyk, Stephen Harper et Peter MacKay se dirigent vers le sous-marin NCSM Cornerbrook
Entouré du général Natynczyk et du ministre MacKay, le premier ministre se dirige vers le sous-marin Cornerbrook Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le premier ministre Stephen Harper observe l'exercice NANOOK, auquel prennent part 700 militaires, destiné à démontrer la capacité du Canada à contrôler ce territoire convoité.

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, participe mercredi pour la première fois à un exercice militaire de grande ampleur, dans le cadre de sa tournée dans le Nord canadien.

Quelque 700 membres des Forces canadiennes, provenant des armées de terre, de mer et de l'air, participent à l'opération pancanadienne NANOOK 09. L'exercice vise à prouver que le Canada est capable d'affirmer sa souveraineté dans l'Arctique, une région convoitée par les États-Unis, le Danemark et, surtout, la Russie, dont certaines récentes tactiques, comme l'envoi d'avions ou de sous-marins, ont irrité Ottawa.

Le premier ministre Harper a été accueilli dans la baie de Frobisher à bord de la frégate Toronto par le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, et par le chef d'état-major des Forces canadiennes, le général Walter Natynczyk. M. Harper doit aussi monter à bord du sous-marin NCSM Cornerbrook.

Selon le général Natynczyk, le Canada n'est pas confronté à une menace conventionnelle dans l'Arctique. L'augmentation du trafic maritime, avec l'ouverture du passage du Nord-Ouest par la fonte des glaces due aux changements climatiques, pourrait mener à de nouveaux problèmes dans cette région: risque de désastre écologique, infiltrations criminelles et immigration illégale, par exemple.

Les autorités canadiennes souhaitent que de tels exercices permettent aussi à la Garde côtière et à la sécurité publique d'apprendre à intervenir rapidement. Selon le commandant de la défense continentale canadienne, le vice-amiral Bruce Donaldson, il faut apprendre à opérer dans ce nouvel environnement avant d'inventer des menace militaires fictives.

L'opération NANOOK 09 se déroule jusqu'au 28 août prochain, dans la région de l'île de Baffin.

Une dorsale très convoitée

Tout l'argumentaire russe, en fait, se base sur la géologie de la dorsale de Lomonosov, une chaîne de montagnes sous-marine qui s'étend sur 2000 kilomètres, en passant par le pôle Nord, des îles de la Sibérie russe à l'île canadienne d'Ellesmere.

En juillet 2007, des géologues russes de retour du pôle Nord ont soutenu détenir des preuves scientifiques selon lesquelles la dorsale de Lomonosov ne serait que l'extension géologique du territoire russe. Et, en vertu du droit maritime international, Moscou pourrait réclamer des droits sur les territoires sous-marins situés au-delà de 200 miles marins (près de 400 kilomètres) de sa côte s'il démontre que les fonds convoités sont une prolongation naturelle de son territoire.

En 2002, la Russie avait été déboutée devant la Commission des Nations unies sur les limites continentales, les Nations unies demandant à Moscou d'apporter davantage de preuves scientifiques pour appuyer ses prétentions.

Et pendant que la Russie revendique la souveraineté du pôle Nord, des scientifiques canadiens et danois tentent de faire valoir, eux, que la dorsale de Lomonosov est plutôt la continuité de l'île canadienne d'Ellesmere ou encore du Groenland danois.

Pour Moscou, aussi bien que pour Ottawa et Copenhague, l'inclusion dans leur territoire national des vastes zones arctiques litigieuses pourrait s'avérer formidablement lucrative.

Actuellement, le droit maritime international reconnaît aux cinq nations qui possèdent des territoires à l'intérieur du cercle arctique (le Canada, les États-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark) une zone souveraine qui s'avance à 200 milles marins de leurs côtes respectives.

Des milliards de tonnes de pétrole et de gaz

Pendant des années, il ne s'est guère trouvé que la Russie pour faire valoir ses droits sur le point le plus septentrional du globe, la communauté internationale n'y voyant que peu d'intérêt économique. Toutefois, depuis l'épuisement d'une bonne partie des réserves mondiales de gaz et de pétrole et, surtout, depuis que la fonte de la calotte glaciaire rend le pôle Nord un peu moins hostile, c'est tout un potentiel qui se découvre peu à peu.

Les 1,2 million de kilomètres carrés litigieux renfermeraient, selon les estimations des scientifiques, au moins 9 milliards de tonnes de gaz et de pétrole. Et c'est sans compter sur le fait que ce secteur pourrait bien devenir, grâce au réchauffement climatique, l'une des principales routes maritimes internationales, une sorte de canal de Panama du Grand Nord.

Avec la collaboration de Nicolas Duguay