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Assignation à résidence prolongée

Aung San Suu Kyi lors de discussions avec un émissaire de l'ONU en octobre 2007.

Aung San Suu Kyi lors de discussions avec un émissaire de l'ONU en octobre 2007.

Photo : AFP / United Nations Information Center

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La leader de l'opposition birmane est condamnée à 18 mois de résidence surveillée supplémentaires pour avoir hébergé un Américain. La nouvelle est accueillie par un concert de réprobations. Elle portera le verdict en appel.

Au Myanmar, la leader du mouvement démocratique Aung San Suu Kyi a été condamnée à trois ans de prison, mardi, par un tribunal de Rangoon. Sa peine a toutefois été commuée en 18 mois d'assignation à résidence, une sentence suffisante pour l'empêcher de participer aux élections législatives de 2010.

Mme Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, a été reconnue coupable d'avoir violé les conditions de son assignation à résidence, lorsqu'un Américain, John Yettaw, a nagé jusqu'à sa résidence en mai dernier. La femme de 63 ans, qui était passible de cinq ans de prison, a déjà passé 14 des 20 dernières de sa vie en prison ou en résidence surveillée.

Son avocat a indiqué qu'elle portera le verdict en appel.

Mme Suu Kyi, qui portait une tenue traditionnelle birmane rose et gris clair, a lancé « Merci pour le verdict », sur un ton sarcastique, selon une journaliste de l'AFP qui était présente. La chef de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a été reconduite par la suite à son domicile, sous haute sécurité.

M. Yettaw a pour sa part écopé de 7 ans de travaux forcés. Son avocat a indiqué que lui aussi en appellera de sa condamnation.

Le vétéran de la guerre du Vietnam, qui souffre de divers problèmes de santé, a été arrêté le 6 mai après avoir passé deux jours dans la résidence de Mme Suu Kyi. Il avait traversé à la nage le lac Inya, où se trouve la demeure de l'opposante. L'avocat de Mme Suu Kyi a expliqué aux médias que sa cliente avait demandé à l'Américain de quitter l'endroit, mais qu'elle lui avait finalement offert le gîte étant donné son état.

L'affaire n'a pas ébranlé le tribunal de Rangoon. La justice birmane est inféodée à la junte, qui contrôle les destinées du pays depuis 47 ans. C'est d'ailleurs le ministre de l'Intérieur qui s'est présenté au tribunal après le prononcé de la sentence pour indiquer que le chef de la junte, Than Shwe, avait commué la peine de prison en assignation à résidence.

Le ministre Muang Oo a expliqué cette décision par le fait que Mme Suu Kyi est la fille du héros de l'indépendance Aung San et par la nécessité de « préserver la paix et la tranquillité dans la communauté et de prévenir toute perturbation des élections multipartites prévues l'an prochain ».

Ces élections, annoncées par le régime sous la pression de la communauté internationale au lendemain de la révolte des moines de septembre 2007, seraient les premières depuis 1990. Ce scrutin avait été remporté haut la main par la LND, parti fondé par Mme Suu Kyi, qui avait récolté 82 % des voix. La junte n'a jamais reconnu le résultat.

Concert de réprobations

La sentence prononcée à l'endroit de Mme Suu Kyi a été dénoncée partout dans le monde. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a exprimé sa « déception » quant au verdict et a exigé sa libération « immédiate et sans condition ».

« À moins qu'elle et tous les autres prisonniers politiques du Myanmar soient libérés et autorisés à participer à des élections libres et justes, la crédibilité du processus électoral restera douteuse », peut-on lire dans une déclaration officielle.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni mardi après-midi pour discuter de cette affaire, mais s'est quitté sans trouver d'accord sur un communiqué. Les discussions doivent reprendre mercredi.

Le président des États-Unis, Barack Obama, a lui aussi demandé la libération « immédiate et sans condition » de Aung San Suu Kyi. M. Obama a qualifié le verdict d'« injuste ». Selon lui, la décision du tribunal viole « le principe universel des droits de la personne ».

Plus tôt, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a réagi à la nouvelle depuis la République démocratique du Congo. Elle a déclaré que Aung San Suu Kyi « n'aurait pas dû être jugée et n'aurait pas dû être condamnée ». Les États-Unis, a-t-elle dit, « continueront à réclamer sa libération ».

Mme Clinton a également demandé la libération de plus de 2000 prisonniers politiques, dont M. Yettaw. « Nous sommes préoccupés par la peine sévère qui lui a été infligée, vu en particulier son état santé », a ajouté Mme Clinton. M. Yettaw souffre de diabète, d'épilepsie et d'autres problèmes médicaux, dont un stress post-traumatique attribuable à ses années dans l'armée.

Extrait de la réaction du premier ministre du Canada

Le Canada condamne fermement la décision du régime birman d'assigner à résidence Aung San Suu Kyi pour 18 mois supplémentaires. Cette décision n'est absolument pas conforme au principe de la primauté du droit: les accusations portées contre elle étaient sans fondement, et son procès était loin de respecter les normes internationales relatives à l'application régulière de la loi. Sa détention continue est injustifiée et inspirée par un désir de vengeance. [...] Le Canada croit que le régime birman a inventé une excuse pour garder Aung San Suu Kyi détenue afin de s'assurer qu'elle ne puisse pas participer aux élections prévues pour 2010. Voilà la preuve la plus récente que ce régime n'envisage pas sérieusement d'organiser des élections démocratiques légitimes en Birmanie. [...] Le Canada est profondément choqué par les mesures de répression prises par le régime birman ainsi que par son mépris continu des libertés et des droits de la personne fondamentaux du peuple birman.

Le président français Sarkozy a condamné le verdict « brutal et injuste » de la chef de la LND, un procès politique qui, selon lui, « a pour seul objet d'empêcher Mme Aung San Suu Kyi de conduire son combat en faveur d'une Birmanie libre et démocratique ».

Il a demandé à l'Union européenne d'adopter rapidement de nouvelles sanctions à l'encontre de la junte, sanctions « qui doivent viser tout particulièrement les ressources dont il profite directement dans le domaine de l'exploitation du bois et des rubis. »

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a pour sa part dénoncé une « parodie de procès ». Selon lui, il ne fait aucun doute que la prolongation de l'assignation de l'opposante est « une condamnation purement politique visant à l'empêcher de participer aux élections programmées pour l'an prochain par le régime ».

Les pays occidentaux appliquent déjà de multiples sanctions contre le régime birman. Une approche musclée à l'échelle internationale s'est toutefois toujours butée au refus de la Chine, qui est l'un des principaux soutiens de la junte. L'Inde continue également de faire affaires avec la Birmanie.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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