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Le prochain front

Radio-Canada

Moins de 1 % des milieux marins détiennent le statut de zone protégée. « Il faut que cela change, et que cela change vite », déclarait le sous-secrétaire général de l'ONU et directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement, Achim Steiner, le 8 juin, à l'occasion de la Journée mondiale des océans.

Une stratégie marine s'avère donc nécessaire, considèrent de nombreux écologistes, dont Mélanie Desrochers, du Centre d'étude de la forêt de l'Université du Québec à Montréal. À l'issue d'une rencontre des États membres de l'Union mondiale de la nature, qui se tenait à Barcelone l'automne dernier, elle espérait voir se répéter le succès de la stratégie pour les zones terrestres, élaborée en 1992 à Rio.

Dauphins dans le sanctuaire Pelagos, en MéditerranéeDauphins dans le sanctuaire Pelagos, en Méditerranée Photo : AFP / Stephan Agostini

Il semble toutefois que les cours d'eau soient plus difficiles à protéger que les terrains, parce que cela implique la sauvegarde de tous leurs confluents. « La biologie de la conservation s'est penchée sur les aires marines un peu tardivement », concède Patrick Nadeau, biologiste pour la nature et les parcs du Canada (SNAP). Même si les poissons se déplacent, la science a démontré les bénéfices de protéger un périmètre.

Qu'entend-on par protection d'une aire marine? La surface? Le fond? La colonne d'eau? Seulement 0,01 % de la Méditerranée est protégé en réserve intégrale. Or, si l'on veut assurer la conservation du milieu marin mondial, il faudrait en protéger 30 %, dont 10 % en réserve intégrale, estiment les scientifiques. Ils étaient réunis à Washington du 2 au 24 mai dernier, lors du deuxième Congrès mondial des aires marines protégées.

Parmi les aires marines protégées existantes en Méditerranée (4 % de cette mer), près de 80 % ne disposent pas des moyens humains et matériels nécessaires pour mettre en oeuvre de réelles mesures de gestion et de conservation.

En juin dernier, les pays membres du Réseau régional d'aires marines protégées en Afrique de l'Ouest (Cap-Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal, et Sierra Leone), réunis à Dakar, reconnaissaient pour leur part la dégradation très avancée de leurs ressources marines. Du même souffle, ils affirmaient leur ambition d'en assurer la régénération et leur souhait de parvenir à des résultats concrets pour 2012.

Une tortue verte dans la réserve naturelle de Galibi, au SurinameUne tortue verte dans la réserve naturelle de Galibi, au Suriname Photo : La Presse canadienne / HO, STINASU

Un nouvel outil gratuit devrait aider tous les pays côtiers qui ne disposent pas d'un système d'information sur la biodiversité. Il a été mis en place par le Centre mondial de surveillance pour la conservation de la nature du Programme des Nations unies pour l'environnement, en collaboration avec l'Union internationale pour la conservation de la nature. Cet outil fait partie de la base de données mondiale des zones protégées. Créée en 1981, celle-ci est soutenue par un partenariat public-privé lancé en 2003 et a récemment subi une refonte. Elle sert notamment à l'évaluation des activités « à haut risque » dans le secteur privé, qui laissent une empreinte écologique.

Parmi ces activités, l'exploration pétrolière constitue le plus grand frein à la préservation de la biodiversité. Dès qu'une entreprise détient un claim pour du forage, tout processus est stoppé.

Quelques faits

  • Il y a un peu plus de 5000 zones marines protégées, qui s'étendent sur une surface de 3,1 millions de km²
  • La zone marine la plus petite est le parc provincial d'Echo Bay au Canada, avec une superficie de 0,4 ha, et la plus grande se trouve dans la zone de protection des îles Phoenix Kiribati, en Océanie, avec une superficie de 41 050 000 ha.
  • La première aire marine protégée a été désignée en 1923 dans le comté de San Juan aux États-Unis.
  • 52 % des 441 stocks de pêche dans le monde sont exploités au niveau maximum, 17 % de ces ressources sont considérées comme surexploitées et 7 % sont épuisées.
  • 80 % de la pollution des océans provient d'activités terrestres.
  • À l'extérieur de l'Europe et de l'Amérique du Nord, plus de 80 % des eaux usées non traitées entrent dans l'océan.

La prochaine Conférence mondiale des aires marines protégées aura lieu à Marseille, en 2013.

Le verre à moitié plein du Québec

La Belle Province a fait figure de pionnière au Canada en établissant le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent en 1997. Encore aujourd'hui, la baie James et la baie d'Hudson demeurent parmi les écosystèmes marins dans le monde où l'activité humaine a fait le moins de dommages. Le potentiel de développement économique et énergétique fait toutefois concurrence aux impératifs de protection de la nature. Ainsi, en Minganie (sur la Côte-Nord), Hydro-Québec souhaite construire un complexe hydroélectrique sur la rivière Magpie, pourtant mise en réserve pour devenir une aire protégée. Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, déplore également que, dans certains cas, un bassin versant ne soit pas conservé en entier parce qu'il contient au moins un claim minier. Autre obstacle à la protection des milieux aquatiques: les eaux intérieures relèvent de l'autorité provinciale, tandis que les océans sont de compétence fédérale.