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Ottawa sous le feu des critiques

Formulaire de déclaration d'Immigration Canada
Photo: iStockphoto

La décision d'Ottawa de rendre obligatoire le visa pour les Tchèques et les Mexicains voulant entrer au Canada provoque de nombreuses réactions. Prague rappelle son ambassadeur, tandis que l'industrie touristique canadienne dénonce un geste précipité.

La décision d'Ottawa d'exiger un visa de tous les Tchèques et les Mexicains qui entrent au pays, dans le but de freiner la croissance des demandes d'asile, suscite de nombreuses critiques, ici comme ailleurs.

Brève mesure de transition : jusqu'à 23 h 59, mercredi soir, les citoyens tchèques et mexicains pourront l'obtenir sans frais au moment de leur arrivée au Canada.

À partir de minuit, jeudi, ils devront cependant faire leur demande de visa de résident temporaire dans leur pays, avant de se rendre au Canada. Dans le cas de la République tchèque, les demandes seront traitées par le bureau canadien des visas à Vienne, en Autriche.

Le ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney, a expliqué que le gouvernement voulait ainsi « mettre l'accent sur les vrais réfugiés », c'est-à-dire ceux provenant de camps de réfugiés ou de régimes totalitaires. M. Kenney a estimé que le fait que le Canada accorde les mêmes droits aux personnes provenant de démocraties occidentales était un problème. Il a ajouté que si Ottawa n'agit pas, 100 000 demandes engorgeront le système d'ici deux ans.

« Le processus de visa nous permettra d'évaluer qui vient au Canada en tant que visiteur légitime et qui peut vouloir tenter de passer par le système d'octroi de l'asile pour éviter d'être mis en attente dans le système d'immigration », a expliqué le ministre Kenney.

L'exigence d'un visa avait été abolie en 2007 pour les personnes provenant de la République tchèque. Or, selon Ottawa, il y a eu près de 3000 demandes d'asile présentées par des ressortissants tchèques au cours des 20 derniers mois. En 2006, il y avait eu moins de cinq demandes.

L'ambassadeur canadien en République tchèque, Michael Calcott, a précisé que le nombre de personnes ne possédant pas les titres de voyage requis ou prolongeant leur séjour au Canada de manière illégale avait aussi augmenté depuis 2007.

historique

Dans le cas du Mexique, plus de 9400 demandes présentées au Canada provenaient de citoyens mexicains en 2008, soit 25 % de toutes les demandes reçues. Selon Citoyenneté et Immigration Canada, 11 % de ces demandes ont été acceptées.

Nouvelle exigence pour le Mexique

Le Mexique était le dernier pays d'Amérique latine dont les ressortissants n'avaient pas à présenter de visa de résident temporaire pour entrer au Canada.

Le Canada harmonise donc sa politique avec celle des États-Unis, qui exigent depuis longtemps un visa des ressortissants mexicains.

Pas d'impact sur les travailleurs agricoles

Au Québec, Andrea Galves, du Centre d'appui aux travailleurs agricoles, à Saint-Rémi, en Montérégie, a expliqué que le retour des visas ne touchait pas les travailleurs saisonniers dans les champs québécois.

Citoyenneté et Immigration Canada a confirmé qu'il prendrait les moyens nécessaires pour assurer la mobilité des travailleurs étrangers temporaires.

Réactions diplomatiques

Tandis que le gouvernement du Mexique disait regretter la décision canadienne, le gouvernement tchèque a annoncé mardi le rappel de son ambassadeur à Ottawa, une mesure de rétorsion diplomatique classique. Prague a aussi annoncé que les diplomates et gens d'affaires canadiens devront dorénavant être munis d'un visa pour entrer au pays.

Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Kohout, a affirmé lundi qu'il s'agissait d'un geste sans précédent à l'endroit d'un pays membre de l'Union européenne (UE) et allié dans la guerre en Afghanistan. Prague voudrait aussi invoquer une clause de solidarité qui ferait que les 27 pays membres de l'Union européenne (UE) devraient imposer aux ressortissants canadiens un visa pour venir en Europe.

À Bruxelles, même la Commission européenne dit regretter la décision d'Ottawa, elle « ne va pas imposer automatiquement des visas pour les Canadiens », a déclaré Michele Cercone, porte-parole du commissaire responsable des questions d'immigration, Jacques Barrot.

M. Cercone a fait valoir que la décision d'Ottawa s'explique par le fait que « de plus en plus de Roms souhaitent s'installer au Canada et entreprennent ce voyage ». Les Roms, aussi connus sous le nom de Tziganes, sont des nomades qui se déplacent sur le territoire européen.

Réactions politiques

De son côté, le Conseil canadien des réfugiés (CCR) a déclaré qu'il s'agissait d'un jour triste pour les réfugiés. Le Conseil soutient qu'avec un taux d'acceptation de 40 % des demandes de statut de réfugié en provenance de République tchèque en 2009, il est clair que plusieurs de ces demandes sont justifiées.

Les exactions subies par les Roms aux mains de groupes néo-nazis en République tchèque ont déjà été démontrées. La directrice du CCR, Janet Dench, a comparé l'attitude du gouvernement de Stephen Harper à l'endroit des demandeurs du statut de réfugié tchèques et mexicains à la condamnation de quelqu'un avant même qu'il ait subi son procès.

Mme Dench croit que le gouvernement devrait laisser la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, un tribunal indépendant quasi judiciaire, faire son travail.

À Ottawa, le porte-parole du Bloc québécois en matière de citoyenneté et d'immigration, Thierry St-Cyr, a soutenu que le gouvernement refusait l'entrée à des demandeurs potentiellement légitimes seulement pour régler un problème administratif. M. St-Cyr estime que si les demandes étaient étudiées plus rapidement, les demandeurs illégitimes seraient moins tentés d'exploiter le système.

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral ont aussi critiqué la manière dont le gouvernement a communiqué sa décision.

Réactions de l'industrie touristique

Des représentants du secteur du tourisme au Canada ont demandé mardi au gouvernement de reporter l'application de sa décision concernant les visas au 15 novembre prochain.

Le directeur de Amerigo Tours, Alain Paquette, a rappelé que la moitié des touristes mexicains viennent au Canada entre la mi-juillet et la fin août, et que la décision d'exiger un visa entraînera de nombreuses annulations de réservation de chambres d'hôtel. En entrevue à la radio de Radio-Canada, M. Paquette a admis qu'il était dépassé par les événements, n'ayant que deux jours pour s'ajuster à la nouvelle politique de visas d'Ottawa.

Pour sa part, Hume Rogers, de la Coalition des entreprises du centre-ville d'Ottawa a soutenu que les restaurateurs et les organisateurs de tours guidés perdront de nombreux clients mexicains. « Le marché mexicain est un marché important. Le tourisme mexicain a généré 265 millions de dollars de recettes au Canada en 2007 et davantage en 2008. Quelque 266 000 Mexicains ont visité le Canada », a-t-il déclaré.

M. Rogers a aussi souligné les difficultés actuelles de l'industrie touristique au Canada. Selon Statistique Canada, les dépenses touristiques ont baissé de 1,3 % au pays au premier trimestre de 2009.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et La Presse canadienne