•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Parti québécois perd un pilier

François Legault
Radio-Canada

Malgré le départ du député péquiste François Legault de la scène politique, la chef du PQ, Pauline Marois, estime que son parti forme toujours une opposition forte à l'Assemblée nationale.

Tel qu'annoncé par Radio-Canada mercredi, le député péquiste François Legault quitte la scène politique.

« J'ai réalisé que j'étais de plus en plus inconfortable dans mon rôle de critique. [...] Je suis un gars d'action », a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse sur la colline Parlementaire, à Québec, jeudi matin.

Il affirme avoir cru posséder la motivation nécessaire pour un nouveau mandat de quatre ans après le scrutin de décembre dernier, mais l'avoir vu décliner au cours des dernières semaines, voire des derniers mois. « J'ai cependant souhaité participer à la commission parlementaire sur la Caisse de dépôt et à la fin de la session parlementaire », a-t-il précisé.

Après plus de 10 ans de vie politique et une mûre réflexion, j'en suis venu à la conclusion qu'il était temps de passer à autre chose.

François Legault

Et d'ajouter: « Je quitte serein ».

Pour cause, celui qui a occupé les postes de ministre de l'Éducation et de la Santé s'est dit particulièrement fier de deux réalisations:

  • Avoir convaincu Lucien Bouchard d'investir plus de 1 milliard de dollars en éducation, une somme qui a permis d'instaurer des programmes pour lutter contre le décrochage scolaire et d'investir dans les cégeps et les universités.
  • Instaurer des « outils qui favorisent la culture de la performance et des résultats dans nos écoles et dans nos hôpitaux ».

Serein, mais inquiet aussi

Malgré ces réalisations, il regarde l'avenir de la province avec appréhension. « Tout projet politique ambitieux ne fonctionne pas au Québec », a-t-il déclaré. Parlant d'« apathie », il estime que toutes les couches de la population sont concernées: « politiciens, citoyens, médias et groupes de pression ».

Je quitte toutefois inquiet pour l'avenir du Québec. Il s'est mis dans un déclin tranquille. [...] Le Québec doit retrouver la voie du courage et de l'audace, c'est mon souhait le plus cher.

François Legault

La situation économique de la province le préoccupe en premier lieu. « Le Québec a toujours un écart de richesse important avec d'autres régions de l'Amérique du Nord », a-t-il affirmé. Pour pallier cet écart, il recommande « d'investir davantage en éducation, de rendre la fiscalité plus attrayante et de mieux utiliser tous nos outils de développement économique, en particulier la Caisse de dépôt ».

Il constate aussi de « graves problèmes d'efficacité dans les universités et les hôpitaux ». « Il faut mettre en place une culture de l'évaluation et des résultats », croit-il.

Enfin, M. Legault estime que les finances publiques sont en crise et que « si l'on refuse d'y faire face, ce problème de déficit structurel va s'accroître en raison du vieillissement de la population ».

Le tout sans compter la question de la souveraineté du Québec, qui « n'est toujours pas réglée ».

Un possible retour en affaires

Avec un trémolo dans la voix, le député de Rousseau en a profité pour remercier ses électeurs, ses collaborateurs, sa famille, ainsi que les anciens chefs du Parti québécois Lucien Bouchard, Bernard Landry et André Boisclair. Le tout sans oublier Pauline Marois, « généreuse, tenace et sans rancune ».

Quant à l'avenir, M. Legault affirme partir sans « aucun plan pour revenir ». Il n'exclut pas de retourner en affaires, mais après un temps d'arrêt qu'il compte consacrer à sa famille et à des voyages.

Le projet de loi 40, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase?

Quand les journalistes lui ont demandé si l'amendement déposé par le ministre des Finances Raymond Bachand au projet de loi 40, qui suspend la Loi sur l'équilibre budgétaire, avait provoqué son départ, François Legault a répondu non. Il affirme que sa décision mûrissait depuis un certain temps.

Rappelons que cet amendement permet au gouvernement de faire des déficits pendant la crise économique et promet le retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014. François Legault avait alors vertement tancé le gouvernement, déclarant: « Il veut que les Québécois lui signent un chèque en blanc, il veut dépenser sans compter ». Le porte-parole du Parti québécois en matière de finances estimait alors que « plus le gouvernement reporte les solutions, plus le problème d'équité entre les générations va s'accentuer ».

Marois respecte la décision de Legault

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, lors de son point de presse

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, lors de son point de presse

Lors de son point de presse, la chef du Parti québécois Pauline Marois a fait l'éloge de M. Legault. Elle se dit « attristée » de le voir partir, mais respecte sa décision. Elle indique qu'elle avait pleinement confiance en lui et qu'il « le lui rendait bien ».

Quand on lui a demandé si le PQ était dans une spirale descendante (défaites aux élections partielles, baisse dans les sondages, départ de Legault), Mme Marois a répondu que ce n'est pas le cas.

Elle réplique que depuis deux ans, soit depuis son accession à la direction du parti, il y a « plus de gains que de pertes » au PQ. Le parti est redevenu le représentant de l'opposition officielle. Mme Marois considère que sa formation politique joue le rôle que la population attend d'elle.

Sur le départ de son numéro deux, elle rappelle que le Parti libéral du Québec a perdu deux joueurs importants de son équipe, soit Philippe Couillard et Monique Jérôme-Forget.

Le nom du successeur de François Legault dans la circonscription de Rousseau sera connu en août prochain.

Quant à ses fonctions parlementaires, rappelons que lundi dernier, c'est le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, qui a réagi au nom du PQ pour s'opposer à la création d'une commission pancanadienne des valeurs mobilières, annoncée par le gouvernement fédéral. M. Aussant a aussi participé, aux côtés de M. Legault, à la commission parlementaire spéciale sur les mauvais résultats de la Caisse de dépôt et placement du Québec, à titre de porte-parole en matière d'institutions financières.

Libéraux et adéquistes réagissent

Jean Charest

De Bruxelles, où il participe à un forum sur les changements climatiques, le premier ministre Jean Charest a salué le départ d'un parlementaire aguerri qu'on risque de revoir en politique, selon lui. Quant à l'importance de François Legault pour le PQ, M. Charest a été plus cinglant.

« Sur le plan économique, ils perdent le seul porte-parole qu'ils ont », a lancé le premier ministre.

Jean Charest soutient que le départ de M. Legault est un signe de divisions « profondes » au sein du Parti québécois. « Cela devient une affaire interne pour le PQ. M. Legault avait une vision différente de celle de Mme Marois sur les questions économiques, c'était devenu très évident à la fin de la session parlementaire », a ajouté le chef du Parti libéral.

François Bonnardel, député de l'Action démocratique du Québec, s'est dit « extrêmement surpris » de cette annonce. Il interprète ce départ à travers le prisme du projet de loi 40. « Le projet de loi 40 est un signal important de ce que le Québec ne peut plus accepter et François décide aujourd'hui de quitter. C'est sûrement un signe que le Parti québécois ne veut pas se renouveler », a dit M. Bonnardel.

« C'est un lucide qui quitte encore une fois le Parti québécois », a-t-il déclaré.

Le député adéquiste dit ne pas avoir eu connaissance d'éventuelles démarches pour tenter de convaincre François Legault de rejoindre les rangs de l'ADQ. Ce dernier a affirmé la même chose lors de sa conférence de presse.

Le Parti québécois a été le parti d'un seul homme lors de cette session [parlementaire]. Le seul homme qui a défendu l'économie du côté du parti.

François Bonnardel

Lourde perte pour le Parti québécois

« C'était un des derniers qui avait de l'expérience ministérielle au sein du Parti québécois. [...] Et c'était la compétence reconnue en matière d'économie », estime Michel C. Auger, analyste politique à Radio-Canada.

Jean Dussault, chef de bureau à l'Assemblée nationale, rappelle que plusieurs commentaires faits à son entourage dans les derniers temps laissaient à penser qu'il avait l'intention de partir. Il souligne que M. Legault a été sans conteste le député le plus efficace lors de la dernière session parlementaire.

« C'est un leader important au sein du Parti québécois », rappelle M. Dussault.

Des affaires à la politique

François Legault, en septembre 1999, alors ministre du gouvernement de Lucien Bouchard

François Legault, en septembre 1999, alors ministre du gouvernement de Lucien Bouchard

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le député péquiste François Legault représente la circonscription de Rousseau, dans la région de Montréal, depuis plus de 10 ans à l'Assemblée nationale. Il est président de la Commission des transports et de l'environnement et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'économie et de finances.

Il a été élu pour la première fois dans Rousseau lors des élections générales de 1998. Au cours de sa carrière, il a notamment été ministre de la Santé et des Services sociaux, en plus d'avoir été nommé au ministère de l'Éducation.

Né à Sainte-Anne-de-Bellevue le 26 mai 1957, François Legault est passionné par la politique, et rejoint les rangs du Parti québécois dès l'âge de 16 ans. Sur son site web, il est écrit qu'il devient alors un « lecteur avide du quotidien Le Jour ».

Par la suite, il poursuit des études universitaires à Montréal, à l'École des hautes études commerciales (HEC). Il est titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise (MBA) en administration des affaires. En 2000, il s'est vu décerner le titre de fellow de l'Ordre des comptables agréés du Québec.

Il est cofondateur d'Air Transat et en a été le président-directeur général. Il a aussi été administrateur chez Provigo et vérificateur chez Ernst & Young.