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Mousavi appelle à manifester avec retenue

Un manifestant tente de se protéger des gaz lacrymogènes, à Téhéran.
Un manifestant tente de se protéger des gaz lacrymogènes, à Téhéran. Photo: AFP / Ali Safari

Pendant que le président Mahmoud Ahmadinejad appelle Washington et Londres à ne plus s'immiscer dans les affaires du pays, l'opposant Mir Hossein Mousavi prône la modération pendant les manifestations.

Un calme précaire régnait dimanche dans les rues de Téhéran, au lendemain d'une septième journée de manifestations pour l'annulation des élections présidentielles du 12 juin dernier.

Policiers et miliciens occupaient les principaux axes et les grandes places de la capitale, à l'affût de possibles manifestants.

Dans une déclaration mise en ligne sur son site web dimanche, l'opposant Mir Hossein Mousavi, principale figure de l'opposition, a appelé ses partisans à poursuivre les manifestations, tout en faisant preuve de retenue.

« Lors de vos protestations, continuez à faire preuve de modération. J'attends pour ma part des forces armées qu'elles s'abstiennent de tout acte dommageable », a déclaré le candidat défait. « Protester contre les mensonges et la fraude [électorale] est votre droit. Aujourd'hui, le pays pleure [...] ceux qui ont été tués lors des manifestations », a-t-il ajouté.

M. Mousavi a également condamné les « arrestations massives » de ses partisans. Celles-ci « vont créer une cassure entre la société et les forces armées », estime-t-il.

Difficile de dresser un bilan

Un compte-rendu des événements de samedi est difficile à établir, en raison des restrictions qui pèsent sur les déplacements des journalistes étrangers encore autorisés à demeurer au pays( dimanche, le correspondant de la BBC a, à son tour, reçu un avis d'expulsion).

Au moins 10 personnes auraient été tuées et une centaine blessées lors de heurts entre policiers et manifestants. Ces heurts se sont étirés tard dans la nuit, rapporte la télévision d'État, mais aucune source indépendante ne peut confirmer ce bilan. Elle affirme aussi que la fille de l'ex-président Hachemi Rafsandjani, proche des réformateurs, a été arrêtée avec quatre membres de sa famille pour avoir pris part à une manifestation. Elle a par la suite été relâchée.

L'AFP, Reuters et la BBC affirment, sur la foi de témoins, que les heurts ont été particulièrement brutaux, samedi, entre la population et les forces de police, auxquelles se mêlaient des membres des milices bassidjis et des éléments non identifiés.

Les manifestants auraient été chargés à la matraque, repoussés par des canons à eau et des grenades lacrymogènes. Ils disent aussi avoir subi des tirs à balles réelles. La police affirme de son côté ne pas avoir tiré à balles réelles et accuse plutôt des « voyous » et des « éléments terroristes ».

Le ministère de l'Intérieur, qui a déclaré illégal tout attroupement, avait déployé des unités antiémeutes dans différents points de la ville afin de compliquer les tentatives de rassemblement des manifestants.

Selon Amnesty International, depuis le début des manifestations, le 13 juin, en excluant ce samedi, 10 autres manifestants auraient perdu la vie.

L'ONG International Campaign for Human Rights avance pour sa part que plusieurs manifestants, grièvement blessés, ont trouvé refuge dans des ambassades, évitant les hôpitaux, où les médecins ont la consigne signaler les blessés aux autorités.

Un pays coupé en deux

Mahmoud AhmadinejadMahmoud Ahmadinejad Photo : AFP / DSK

Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a critiqué la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne pour leurs déclarations concernant les allégations de fraudes électorales. Il accuse plus précisément Londres d'avoir comploté de longue date pour saboter les élections présidentielles, ce qui a aussitôt été nié.

Peu après, Mahmoud Ahmadinejad a demandé aux États-Unis et à la Grande-Bretagne de cesser leurs « ingérences » dans les affaires intérieures de la République islamique.

Les critiques adressées samedi à l'ayatollah Ali Khamenei par Mir Hossein Mousavi ont accentué le caractère dramatique de la crise politique qui s'étire maintenant depuis une semaine.

Dans une lettre publiée sur son site web, il l'a accusé, sans le nommer, de mettre en danger le caractère républicain de la République islamique en ayant validé la réélection du président Ahmadinejad, qu'il affirme due à une fraude massive.

« Nous ne sommes pas contre le système islamique et ses lois, mais contre les mensonges et les dérives. Nous souhaitons sa réforme », fait-il valoir sur son site.

Vendredi, l'ayatollah Khamenei était intervenu publiquement pour défendre le scrutin du 12 juin et appeler à la fin des contestations.

Aucun personnage politique iranien n'avait osé délivrer une telle critique envers l'ayatollah Khamenei depuis qu'il a pris ses fonctions, en 1989.

Le scrutin du 12 juin a vu le président sortant Mahmoud Ahmadinejad obtenir 63 % des voix contre 34 % pour son plus proche rival, Mir Hossein Moussavi, un résultat dénoncé depuis comme frauduleux par les opposants réformistes au régime.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, Reuters, et BBC