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Exclusif

Un entrepreneur réclame une enquête

Paul Sauvé
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Paul Sauvé, entrepreneur en maçonnerie, soutient avoir été infiltré par les Hells Angels et presse le gouvernement de faire une enquête sur la présence du crime organisé dans le milieu de la construction.

Ces jours-ci, il se passe rarement une semaine sans de nouvelles révélations troublantes sur le domaine de la construction au Québec. Aujourd'hui, nous vous présentons le témoignage de Paul Sauvé, un important entrepreneur en maçonnerie dont l'entreprise aurait été infiltrée par les Hells Angels. L'homme d'affaires presse le gouvernement Charest d'ordonner une commission d'enquête pour faire toute la lumière sur l'infiltration du crime organisé dans la construction.

C'était le 31 mars dernier. La police a mené une série de perquisitions dans des entreprises et chez Normand Ouimet alias Casper, l'un des Hells Angels les plus influents au pays, recherché dans le cadre de l'opération Sharqc pour 22 meurtres.

Au centre de ces perquisitions: l'entrepreneur Paul Sauvé, président de la maçonnerie LM Sauvé, une entreprise de troisième génération.

Au printemps 2006, son entreprise était dans la dèche. « Les problèmes financiers commencent avec la rapide croissance de l'entreprise et principalement le chantier de l'église Saint-James qui draine une flopée de sous », explique Paul Sauvé.

Pour finir le chantier de l'église Saint-James, il a besoin de liquidités. Il approche un homme d'affaires du milieu de la construction qui lui recommande d'embaucher Normand Casper Ouimet. Ouimet arrive chez Sauvé avec une équipe de comptables, d'avocats et d'hommes de main, dont certains ont un lourd passé judiciaire. En quelques semaines, Ouimet prend le contrôle de l'entreprise de Paul Sauvé.

« Y a plus un chèque qui sort sans que ce soit eux [M. Ouimet et ses complices] qui mettent du leur, y a plus d'équipements qui sortent sans qu'ils aient été nolisés par leurs efforts, ils sont en plein contrôle », ajoute Paul Sauvé.

De son aveu même, Paul Sauvé commet plusieurs erreurs. Il joue le jeu des Hells qui redressent miraculeusement les chantiers. Le miracle de l'argent comptant fait son oeuvre.

Mainmise sur l'entreprise

« Mes employés sont redevenus de bonne humeur, ce qui explique que tout à coup, c'est l'explosion, c'est le mirage du bonheur. Nos chantiers roulent à 250 milles à l'heure, y a des grues partout, la logistique est impeccable. Ça redevient une entreprise qui, malgré nos difficultés financières énormes, est complètement productive », dit-il.

C'est un jeu d'enfant. Sauvé émet des chèques à la compagnie à numéro de Ouimet qui délivre des fausses factures. Une partie du salaire des employés est alors payé en argent liquide. Beaucoup moins coûteux pour l'entreprise et les travailleurs sont contents. Selon plusieurs sources, ce système clandestin est généralisé dans la construction.

« Y a du cash qui s'obtient d'une façon quelconque, il semble être issu à peu près tout du même endroit: du crime organisé, et il est mis à contribution sur les chantiers du Québec. Juste là, c'est suffisamment alarmant pour qu'il y ait une commission parlementaire », souligne M. Sauvé.

Paul Sauvé se rend compte à la fin de l'été 2006 qu'il a complètement perdu le contrôle de son entreprise. Normand Ouimet signe toute la correspondance de l'entreprise et les employés se rapportent à lui.

« Ils disaient à certains des employés clés, dont mes surintendants de chantiers, que j'étais devenu un vendeur, que c'était la limite de mes fonctions dans la nouvelle entreprise, que c'est ce que j'allais faire maintenant, j'allais vendre, point à la ligne, que je ne dirigeais plus rien », confie l'homme d'affaires.

Travaux à l'église Saint-JamesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Travaux à l'église Saint-James

« On leur a dit [aux employés] que j'étais en totale perte de mes moyens, que j'étais en dépression, que j'étais chancelant de santé physiquement, intellectuellement, moralement », poursuit-il.

L'aventure se termine, selon Paul Sauvé, par une confrontation entre ses parents, qui ont dirigé l'entreprise jusqu'à leur retraite, et l'homme d'affaires qui leur a présenté Normand Ouimet. « Ça ne se fait pas gentiment », note-t-il.

Des menaces

Dans les semaines suivantes, Normand Ouimet entre en contact avec Paul Sauvé. « Il demande de me voir, il s'excuse au téléphone, il dit: "Je trouve ça de valeur, on aurait pu avoir une équipe incroyable, c'est donc une belle entreprise et puis on était là pour t'aider, je sais que tu comprends pas notre culture, mais on était vraiment là pour t'aider." Et dans la conversation, il dit: "By the way, si tu parles de ce qui est arrivé, y a juste un petit dicton: pas de corps, pas de procès." »

Dans les mois suivants, Paul Sauvé soutient que sa famille a reçu des menaces au téléphone, bien qu'il ne puisse pas prouver d'où elles venaient.

Paul Sauvé dit qu'il craint bien davantage les représailles des institutions financières que le crime organisé. Au bord de la faillite, il tente d'obtenir de nouveaux financements et craint d'être puni, parce qu'il dénonce certaines pratiques sombres dans la construction.

Dans une déclaration au journal La Presse de mardi, Paul Sauvé affirme qu'un membre de la mafia lui a demandé 40 000 $ pour deux élus de l'équipe du maire de Montréal, Gérald Tremblay. M. Sauvé avait obtenu un contrat de 10,6 millions de dollars pour la réfection du toit de l'hôtel de ville. Le maire Tremblay a réagi avec vigueur à ces allégations de corruption.

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