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Le Canada prépare sa sortie

Les installations de Chalk River, en Ontario
Les installations de Chalk River, en Ontario (archives) Photo: La Presse canadienne / Fred Chartrand
Radio-Canada

Le Canada devra un jour mettre un terme à sa production d'isotopes médicaux, prévient le premier ministre Stephen Harper. Pendant ce temps, la pénurie commence à se faire sentir au pays.

Alors que la centrale nucléaire de Chalk River est fermée depuis trois semaines et que sa réouverture n'est pas prévue avant trois mois, le premier ministre Stephen Harper a prévenu mercredi que le jour viendra où le Canada se retirera de la production d'isotopes médicaux.

Depuis que le gouvernement Harper a enterré le projet MAPLE, qui a englouti des millions de dollars depuis des années, sans donner de résultats, aucune solution de rechange viable n'existe au Canada pour remplacer Chalk River à la fin de sa vie, prévue en 2016.

Stephen Harper a souligné mercredi qu'il était impossible de construire un nouveau réacteur dans les mois et même dans les années à venir.

Il espère que la centrale de Chalk River, âgée de 50 ans, pourra fonctionner au maximum d'ici 2016. Toutefois, au-delà de cette date, l'approvisionnement en isotopes, selon lui, passera par le marché international, de nouvelles technologies ou le privé.

La pénurie commence à se faire sentir

Ces déclarations surviennent au moment où la pénurie d'isotopes commence à se faire sentir dans certains hôpitaux du pays.

L'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme compte parmi les établissements touchés. En effet, 70 % des examens diagnostiques ont dû être annulés. Les médecins ont été informés mardi que leur fournisseur était à sec.

À Ottawa, les tests de 180 patients ont dû être reportés. Les cas les plus urgents sont traités en priorité. L'hôpital de Gatineau fonctionne pour sa part à 75 %. À Montréal, même le CHUM manque d'isotopes. Des annulations ont lieu depuis déjà quelques jours.

Pas de solution à court terme

En entrevue à RDI, le Dr Jean-Paul Soucy, spécialiste en médecine nucléaire au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, a expliqué que la fermeture, pour au moins trois mois, du réacteur ontarien de Chalk River, l'un des principaux producteurs d'isotopes médicaux au monde, entraînait de nombreuses annulations de rendez-vous pour des patients atteints du cancer.

Le Dr Soucy a expliqué que les réacteurs toujours actifs en Afrique du Sud et en France ne pouvaient suffire à la demande. Le marché des isotopes médicaux n'est pas énorme, environ 300 millions de dollars à l'échelle mondiale, et les producteurs sont peu nombreux. Qui plus est, le design de deux réacteurs construits récemment au Canada ne permet pas la production de l'isotope utilisé en médecine nucléaire. Certains réacteurs ailleurs dans le monde pourraient être adaptés pour en produire, mais, d'après le Dr Soucy, cela ne pourrait arriver qu'à moyen terme.

D'autres établissements arrivent à se débrouiller. L'hôpital de Sept-Îles a réussi à obtenir des isotopes du Danemark, tandis qu'à Baie-Comeau, on réussit encore à voir tous les patients en comprimant les horaires. Au Manitoba, tous les hôpitaux fonctionnent normalement, grâce à un approvisionnement aux Pays-Bas.

La crise touche aussi les États-Unis où, depuis la semaine dernière, certains hôpitaux reportent des rendez-vous. Toutefois, l'effet de la fermeture de Chalk River est moins important qu'annoncé, puisque la moitié des hôpitaux américains s'approvisionnent également en Europe et en Afrique du Sud.

En raison de l'ampleur de la pénurie d'isotopes prévue pour les prochains jours, les médecins spécialistes ont convoqué une réunion d'urgence lundi soir. Ils tenteront de trouver des solutions pour augmenter l'approvisionnement de l'étranger.

isotopes médicaux
Avec les informations de La Presse canadienne