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Un retrait de plus

Fredy Villanueva
Fredy Villanueva

Après la famille, la Ligue des droits et libertés et la Ligue des Noirs du Québec, la Coalition contre la répression et les abus policiers se retire de l'enquête publique du coroner.

L'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva n'a pas encore commencé, mais les protestations et les retraits s'accumulent. Dernière en date: un regroupement qui s'identifie comme la Coalition contre la répression et les abus policiers a annoncé son refus d'y participer.

L'organisme reproche au Bureau du coroner d'avoir mis trop de temps à accepter sa demande de la reconnaître en tant que personne intéressée. Il lui avait parvenir la demande en février et a reçu une réponse favorable le 4 mai dernier.

Depuis le début, les responsables ne voulaient pas de nous dans cette enquête, et en nous répondant à la dernière minute, ils ont fait en sorte que notre participation soit moins efficace.

Alexandre Popovic, porte-parole de la coalition

Le Bureau du coroner assure de son côté ne faire aucune discrimination entre les personnes ou organismes qui demandent le statut de personne intéressée. Le coroner évalue les demandes en fonction du lien avec l'événement et des éléments apportés, explique Anne-Marie Lessard, porte-parole du Bureau du coroner, à Radio-Canada.ca.

Rappelons que le coroner avait reporté le début de l'enquête, initialement prévu le 16 février, en invoquant le grand nombre de demandes du statut de personnes intéressées.

L'équité de la représentation légale en question

Autre reproche, la coalition considère que la famille Villanueva a perdu toute confiance en cette enquête et s'en retire par solidarité.

Elle estime que Québec a brisé son engagement d'assumer les coûts de la représentation légale des familles Villanueva, Méas et Sagor-Métellus. Elle « dénonce l'entêtement du ministère de la Sécurité publique à ne pas corriger le déséquilibre au niveau de la représentation légale » et fait le même reproche au premier ministre Jean Charest.

La question d'équilibre des moyens entre les parties est primordiale, afin d'assurer l'objectivité et l'impartialité de l'enquête publique.

Coalition contre la répression et les abus policiers

Le bureau du ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis a refusé de commenter cette position précise, mais il affirme maintenir la même ligne depuis le 2 décembre 2008.

Notre position demeure la même depuis le 2 décembre 2008: nous offrons les frais d'avocat en tant que mesure exceptionnelle par compassion.

Sarah Pilote-Henry, attachée de presse de Jacques Dupuis

Elle précise que cette mesure ne concerne que la famille Villanueva, et ce, depuis le départ.

Des critiques envers le coroner

Enfin, la Coalition contre la répression et les abus policiers « accuse le coroner ad hoc Robert Sansfaçon d'avoir exacerbé le sentiment de méfiance qui s'était déjà installé ». « Lors de l'audition du 8 avril il a laissé l'impression qu'il se préoccupait davantage de l'état d'esprit du témoin policier Lapointe plutôt que de celui des membres de la famille Villanueva, dont le départ de la salle d'audience survenu quelques heures plus tôt semblait avoir laissé parfaitement indifférent puisqu'il a continué à procéder comme si de rien n'était », soutient Alexandre Popovic.

Ce retrait s'ajoute à ceux de la famille Villanueva, de la Ligue des Noirs du Québec, du Mouvement solidarité Montréal-Nord et de la Ligue des droits et libertés. Cette dernière demandait que le coroner obtienne un mandat élargi pour se pencher notamment sur le profilage racial et les méthodes policières utilisées pour combattre les gangs de rue. En plus des pratiques policières, la Ligue souhaitait que l'enquête s'interroge sur les actions gouvernementales visant à résoudre les problèmes socio-économiques vécus dans des quartiers comme Montréal-Nord.

Le Bureau du coroner note toutefois qu'aucun de ces organismes ne lui a adressé de demande écrite pour se retirer de la liste des personnes intéressées. Elle les considère donc toujours comme telles. En tout, 14 personnes ou organismes sont reconnus comme « personnes intéressées » dans cette enquête.

Mardi dernier, des personnalités publiques se sont rendues devant les bureaux du premier ministre du Québec Jean Charest. Elles voulaient lui faire part de leur inquiétude devant la tournure donnée à l'enquête du coroner Sansfaçon.

Rappel des faits

Fredy Villanueva est mort le 9 août dernier, dans un parc de l'arrondissement Montréal-Nord, quand un policier a fait feu sur trois individus qui s'étaient rués sur son collègue. Selon le Service de police de la Ville de Montréal, les agents voulaient arrêter un individu recherché qu'ils venaient de repérer, mais avaient plutôt été encerclés par une vingtaine de jeunes.

La mort de Fredy Villanueva a provoqué de violentes émeutes dans l'arrondissement Montréal-Nord, dans la nuit du 10 au 11 août. Le directeur aux poursuites criminelles et pénales, Louis Dionne, a confirmé le 1er décembre dernier que le policier impliqué ne ferait l'objet d'aucune accusation. La décision a été prise après une enquête de sept semaines menée par la Sûreté du Québec et une étude du dossier qui aura duré deux mois. Le ministre Dupuis a dès lors annoncé la tenue d'une enquête publique.

C'est le coroner ad hoc Robert Sansfaçon qui devra faire la lumière sur la mort de Fredy Villanueva. Les audiences se tiendront au Centre de services judiciaires Gouin, et tout ministère, organisme, association ou personne qui a un intérêt dans l'enquête peut demander au juge Sansfaçon d'obtenir le statut de personne intéressée.