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L'urgence d'une charte de la laïcité

Un crucifix
Radio-Canada

Un collectif de femmes, sous l'égide du Mouvement laïque québécois, appelle le gouvernement québécois à agir rapidement pour instaurer une charte de la laïcité afin d'établir la neutralité de l'État.

Le débat sur la place de la religion dans l'espace public est visiblement loin d'être clos. Des personnalités féminines, sous l'égide du Mouvement laïque québécois (MLQ), ont interpellé, jeudi, le gouvernement Charest pour instaurer une charte de la laïcité qui consacrerait la neutralité de l'État québécois.

L'objectif d'une telle démarche est de faire en sorte que tous les Québécois, peu importe leur confession, agissent comme des citoyens à part entière dans l'espace public, dans lequel ils devraient renoncer au port de tout signe religieux, comme le crucifix, la kippa et le voile.

Les membres du collectif

  • Marie-Michelle Poisson, présidente du Mouvement laïque québécois;
  • Djemila Benhabib, auteur de Ma vie à contre-Coran;
  • Marie-Andrée Bertrand, de l'Université de Montréal;
  • Fatmar Djebbar, travailleuse communautaire dans Côte-des-Neiges;
  • Louise Mailloux, professeure de philosophie;
  • Andréa Richard, auteure de Au-delà de la religion;
  • Hafida Oussedik, architecte;
  • Caroline Moreno, romancière et essayiste.

Ces personnalités, issues d'origines et d'horizons divers, sont convaincues que la question de la religion est en train d'attiser le feu du racisme, d'où la nécessité d'agir de toute urgence.

D'après elles, cette dérive est le résultat de l'inaction et de l'attentisme du premier ministre Jean Charest et de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre. Elles attribuent également ce glissement au silence de la Commission Bouchard-Taylor sur la place du religieux dans l'espace public.

« Nous craignons que cet attentisme de nos élus ne contribue à détériorer le climat social et politique au Québec », a déclaré Marie-Michelle Poisson, présidente du MLQ, lors d'une conférence de presse.

Pour elle, le maintien de crucifix à l'Assemblée nationale, comme l'ont voulu le gouvernement et l'opposition, a été une erreur. « Pourtant, ce geste symbolique puissant aurait exprimé une volonté d'engagement ferme et résolu en faveur du principe de la neutralité de l'État et aurait été un exemple pour l'ensemble de la société », a expliqué Mme Poisson.

Contre les signes religieux dans la fonction publique

Par ailleurs, la présidente du MLQ est revenue sur la polémique qui a ressurgi récemment sur le port du voile dans les établissements publics. Elle a accusé le gouvernement Charest d'avoir « renié » l'avis du Conseil du statut de la femme qui, en 2007, recommandait au gouvernement d'interdire aux fonctionnaires et représentants de l'État d'arborer des signes religieux ostentatoires sur les lieux de travail.

Québec s'est toutefois rangé du côté de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui est contre l'interdiction de signes religieux dans la fonction publique.

Tout agent public, tout collaborateur du service public a un devoir de stricte neutralité religieuse et politique.

Marie-Michelle Poisson, présidente du MLQ

Faisant valoir le caractère privé de la religion, les membres du collectif ont indiqué que le port de signes religieux par les fonctionnaires au sein des organismes publics conduit à la ghettoïsation. Elles plaident en faveur d'une véritable laïcité des institutions publiques ainsi que de la redéfinition d'un contrat social faisant état des droits et obligations de tous les citoyens envers les institutions communes.

Menaces de mort contre Djemila Benhabib

Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran, qui a vivement critiqué la position de la FFQ, a affirmé avoir fait l'objet de menaces de mort sur Internet. Elle a dit y voir l'urgence pour les gouvernants de lancer le débat sur la laïcité.

Cette militante d'origine algérienne a déploré le fait que si peu de femmes de culture musulmane expriment leurs opinions publiquement. Selon elle, « celles qui se réclament de la liberté, de l'égalité et de la laïcité font fatalement l'objet de menaces et d'intimidation ».

Avec les informations de La Presse canadienne