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Les regrets d'Henri-Paul Rousseau

Radio-Canada

Tentant d'expliquer en commission parlementaire les raisons qui ont entraîné des pertes de 40 milliards de dollars en 2008, l'ex-PDG de la Caisse de dépôt et placement dit regretter de ne pas avoir vu à temps les problèmes liés aux PCAA.

Henri-Paul Rousseau devant la commission parlementaireHenri-Paul Rousseau devant la commission parlementaire

Henri-Paul Rousseau, ex-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), a témoigné sous serment mardi devant la commission parlementaire spéciale sur les performances de l'organisme qu'il a dirigé entre 2002 et 2008.

Cette commission se penche sur les pertes historiques de près de 40 milliards de dollars de la CDPQ, qui doit notamment faire fructifier plusieurs des régimes de retraite des Québécois.

Au terme de son témoignage, Henri-Paul Rousseau a exprimé deux regrets: de n'avoir pas vu à temps les problèmes liés aux papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) et d'avoir négligé la communication avec le public et les députés.

Au cours de la journée, François Legault, porte-parole péquiste en matière de finances, a posé plusieurs questions sur le rendement des différents portefeuilles de la Caisse pendant la période 2004-2008. Il a insisté sur le fait que, pour de nombreux portefeuilles, ce rendement avait été plus faible que celui des indices de références.

M. Rousseau a admis que la Caisse souffrait d'un manque de gestionnaires compétents, en particulier dans les secteurs des actions américaines et étrangères. Il a d'ailleurs affirmé plus tard que le recrutement, la formation et la rétention de personnel compétent faisaient partie des principaux défis que l'institution devait relever.

Le cas du PCAA

De son côté, le libéral Emmanuel Dubourg, adjoint au ministre des Finances, a demandé si des gestionnaires de la CDPQ s'étaient enrichis avec l'achat de papier commercial adossé à des actifs (PCAA).

M. Rousseau a répondu que l'erreur d'avoir acheté trop de PCAA ne s'expliquait pas par la rémunération, puisque ce n'était pas, selon lui, un type de placement qui devrait procurer un rendement important. Il l'a plutôt attribuée à un manque d'encadrement. Il a précisé qu'à l'époque, on avait beaucoup d'informations sur chaque produit PCAA individuellement, mais qu'on n'avait pas de vue d'ensemble de ces produits.

Les papiers commerciaux, c'est une erreur. Comme si vous allez à bicyclette, ne regardez pas en avant et rentrez dans le mur... c'est une erreur.

Henri-Paul Rousseau

M. Rousseau a expliqué avoir appris le 9 août 2007 que le secteur du PCAA connaissait des problèmes depuis une semaine. Le lendemain, il a donné l'ordre aux gestionnaires de la CDPQ de ne plus en acheter.

La semaine suivante, il a rencontré des représentants des agences de notation qui avaient attribué la meilleure cote à ces produits financiers et a été convaincu de la gravité du problème.

Il a par la suite rencontré des représentants des banques étrangères et du secteur financier au Canada et au Québec. Ils se sont entendus sur un moratoire sur les transactions sur le PCAA et sur la nécessité de négocier la transformation de ce type de produits de titres à court terme en titres à long terme.

À plusieurs reprises au cours de la journée, M. Rousseau est revenu sur les différences entre les catégories de PCAA. Ces types de produits étaient selon lui impossibles à distinguer les uns des autres à l'été 2007: ils avaient la même protection pour les liquidités et ils étaient cotés AAA. À la suite de l'effondrement de ces titres, les banques canadiennes, soutenues par la banque du Canada, ont décidé d'appuyer ceux qu'elles avaient émis. Mais les PCAA non bancaires - la Caisse en détenait 13 milliards de dollars - n'ont pas reçu ce type de soutien.

M. Rousseau a tenu à préciser qu'en vertu des règles comptables de la CDPQ, des pertes non matérialisées de 22,4 milliards, dont 4 milliards pour le PCAA, ont été incluses parmi les pertes totales de 40 milliards de dollars en 2008.

La gouvernance de la Caisse

François Bonnardel, porte-parole de l'Action démocratique du Québec (ADQ) en matière de finances, a déploré que le contenu d'un rapport commandé à une firme externe et remis au comité de gestion du risque de la CDPQ n'ait pas été remis aux parlementaires.

M. Rousseau a répondu que l'essentiel de ce rapport, qui compare la gestion de la Caisse avec les meilleures pratiques du milieu, est repris dans le rapport annuel de la CDPQ, mais que le rendre public intégralement nuirait à la Caisse.

Quant à un possible conflit d'intérêts à la suite de son départ de la CDPQ pour la société Power Corporation, M. Rousseau a affirmé qu'il avait laissé passer plusieurs mois après son départ avant de participer aux activités de Power Corporation. Selon lui, les bouleversements des derniers mois ont fait en sorte que ses connaissances sur la situation de la Caisse sont maintenant nulles.

Il a aussi affirmé que les primes qu'il a reçues étaient basées sur les rendements de la Caisse pendant qu'il la dirigeait. Quant à sa prime de départ, elle était prévue par contrat dès son embauche.

Amir Khadir, député de Québec solidaire, a demandé une enquête publique sur la gestion de la CDPQ. Il a dénoncé la culture de la « cupidité » du monde des affaires et a déploré le peu d'intérêt de la Caisse pour les investissements éthiques.

Henri-Paul RousseauHenri-Paul Rousseau Photo : PC / Clement Allard

Des réponses aux critiques

Avant de commencer à répondre aux questions des parlementaires, M. Rousseau a fait un court bilan de sa gestion de la Caisse.

Il a d'abord rappelé la bonne performance de la CDPQ pendant les années 2003-2007. Ensuite, il a réfuté certaines critiques.

Il a nié que la dévaluation artificielle de certains actifs ait pu contribuer aux résultats positifs de la CDPQ pendant les années fastes.

Il a aussi déclaré que la bonne performance de 2003-2007 ne s'était pas faite au détriment de l'économie du Québec, affirmant que la valeur des investissements québécois avait augmenté pendant cette période.

Il a expliqué les pertes historiques de l'année 2008 par quatre facteurs principaux:

  • Le fait qu'on ait connu une crise financière planétaire
  • Une provision de 4 milliards de dollars pour les papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA)
  • Une politique de couverture de change (assurance) de 4 milliards de dollars
  • L'impact des règles comptables de la Caisse