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Le point de vue de Michael Sabia

Le sous-ministre aux Finances Jean Houde, le ministre Raymond Bachand, Michael Sabia et Fernand Perreault de la Caisse de dépôt lors de la commission parlementaire des finances publiques
Michael Sabia, en compagnie du ministre Raymond Bachand et de Fernand Perreault lors de sa comparution Photo: La Presse canadienne / Clément Allard
Radio-Canada

Témoignant devant un comité parlementaire sur les pertes de 40 milliards de dollars en 2008, le PDG de la Caisse admet que l'institution a pris trop de risque par le passé. Il plaide pour une nouvelle culture d'entreprise en la matière.

Le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Michael Sabia, a témoigné lundi devant la commission des finances publiques de l'Assemblée nationale, à Québec.

M. Sabia a dû s'expliquer notamment sur le bilan 2008 de la Caisse, le pire de son histoire avec des pertes de 40 milliards de dollars.

D'entrée de jeu, le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, a demandé pourquoi la CDPQ avait perdu 10 milliards de dollars de plus que le marché en 2008. Il a mentionné les 3,7 milliards de pertes dans l'immobilier. Michael Sabia a dû faire appel au responsable du portefeuille immobilier, Fernand Perreault, pour répondre à la question.

Le nouveau PDG de la Caisse a admis que le bas de laine des Québécois a pris trop de risques par le passé. Il a notamment reconnu que trop d'investissements ont été faits à crédit et que l'institution a beaucoup spéculé sur les taux d'intérêt mondiaux. L'effet de levier a été, selon lui, un peu élevé et devrait donc être réajusté.

De plus, il faut, de l'avis du patron de la Caisse, changer la culture d'entreprise en matière de gestion du risque. Il a ajouté que le risque ne doit pas être l'affaire d'une équipe ou d'un haut cadre, mais la responsabilité de tous les membres de la haute direction.

Sur l'implication de la Caisse dans le développement économique du Québec, comme le stipule sa mission, M. Sabia a rappelé les quatre principes qui guident l'institution dans ce domaine:

  • se comporter toujours en investisseur;
  • être conscient de son avantage compétitif en raison de la connaissance du marché québécois;
  • diversifier aux plans sectoriel et géographique ses portefeuilles, donc investir ailleurs qu'au Québec;
  • connaître les impacts de ses investissements sur les autres investisseurs québécois.

En somme, pour Michael Sabia, il n'y a pas de contradiction entre le développement économique du Québec et le souci du rendement. Il a toutefois souligné que la Caisse n'était pas prête à investir dans les 25 grandes entreprises du Québec pour maintenir leurs sièges sociaux dans la province, car cela coûterait de 25 à 30 milliards de dollars, selon lui.

Il a expliqué que le maintien des sièges sociaux au Québec est aussi une question d'environnement global (qualité de la santé et de l'éducation, disponibilité des ressources humaines, etc.)

La nouvelle direction compte aussi réformer le système de rémunération des dirigeants. Les bonis faramineux versés à des gestionnaires pendant les pires moments de la Caisse ont suscité la controverse. « Nous sommes en train de faire quelque chose », a dit M. Sabia.

Par ailleurs, le PDG de la Caisse a vigoureusement défendu son attachement au Québec. « [...] J'ai choisi de travailler ici parmi beaucoup d'autres possibilités, en Europe, aux États-Unis, en Asie. Mais j'ai décidé de rester ici pour rendre service à une institution importante pour les Québécois », a-t-il lancé en réponse à une remarque d'un député péquiste.

S'arrimer au nouvel environnement

En point de presse, à la fin de sa comparution, Michael Sabia a affirmé que son exposé n'était pas une critique envers ses prédécesseurs. Il s'est gardé de critiquer la gestion de l'ancien patron Henri-Paul Rousseau. « Ce n'est pas à moi de juger mon prédécesseur. Mon mandat, ce n'est pas le passé », a-t-il fait remarquer.

Pour M. Sabia, il s'agit maintenant de s'adapter au nouveau contexte. « Le monde a changé, il faut que la Caisse change, c'est essentiel d'avoir une Caisse bien arrimée à l'environnement actuel », a-t-il dit.

L'institution était mal arrimée à son environnement. Ce n'est pas un défaut, parce que le monde a changé. Et par conséquent, la Caisse doit changer pour s'ajuster au nouvel environnement.

Michael Sabia

Du reste, le patron de la Caisse de dépôt a noté que l'institution était en restructuration et qu'une nouvelle équipe était mise en place pour lui donner un souffle nouveau. Pas moins de 55 postes ont été abolis, mais 24 autres ont été créés, principalement dans le secteur de la gestion du risque.

Rappelant la création récente d'un nouveau fonds de capital de risque, il a ajouté que d'autres actions seront prises pour aller dans le sens du renouveau.

L'objectif, a souligné M. Sabia, est « d'apprendre ce qui est nécessaire du passé et renforcer la Caisse, avec une meilleure gestion des risques et des efforts pour protéger les avoirs des Québécois et des Québécoises ».

Une comparution à surveiller

D'autres dirigeants, anciens et actuels, de la Caisse de dépôt comparaîtront durant les deux prochaines semaines devant la commission parlementaire. L'ancien PDG Henri-Paul Rousseau donnera sa version des faits le 19 mai. Il a déjà défendu sa gestion, en mars dernier, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Contexte difficile

Cette comparution survient au moment où Radio-Canada révèle que la Caisse a investi 6 milliards de dollars dans du papier commercial adossé à des actifs non bancaires (PCAA) sans garantie de liquidités.

Le président du conseil d'administration de la CDPQ, Robert Tessier, était également appelé à témoigner.

À son arrivée à la commission, lors d'une mêlée de presse, Michael Sabia a fait une brève déclaration dans laquelle il a dit comprendre la déception des Québécois quant à la gestion des avoirs de la Caisse. Il a promis de tirer les leçons nécessaires de trouver les moyens de mieux protéger ces avoirs.

Le mandat de la commission des finances publiques est d'étudier les crédits budgétaires du ministère des Finances du Québec pour 2009-2010. Dans le cadre de ce mandat, elle se penchera sur les stratégies de la Caisse au cours des prochains mois.

Les procédures de la commission sont plutôt rigoureuses. L'opposition doit en effet s'adresser en tout temps au ministre des Finances, qui donnera la parole, s'il le juge approprié, à Michael Sabia ou à Robert Tessier.

Le ministre Raymond Bachand en a profité pour reprocher au député péquiste François Legault de ne pas avoir permis à MM. Sabia et Tessier de faire une déclaration générale avant que débute leur comparution.