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Aucun problème, selon Investissement Québec

François Legault
François Legault
Radio-Canada

L'agence québécoise soutient que les investissements effectués dans des entreprises dont sont actionnaires deux personnalités libérales, Pietro Perrino et Valier Boivin, ne contreviennent pas à sa politique sur les conflits d'intérêts.

Investissement Québec affirme ne pas voir de problème dans le fait que deux personnalités libérales, Pietro Perrino et Valier Boivin, sont actionnaires de quatre entreprises dans lesquelles a investi le Fonds d'intervention économique régional (FIER)-Boréal du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont ils sont gestionnaires.

Au cours d'une conférence de presse donnée jeudi avant-midi, le président et chef de la direction d'Investissement Québec, Jacques Daoust, et le directeur des filiales, Sebastian Boisjoly, ont expliqué que, selon les informations dont ils disposent, ces investissements ne contreviennent pas aux règles sur les conflits d'intérêts du bras financier du gouvernement du Québec.

Des allégations de conflits d'intérêts ont été soulevées mercredi par le député péquiste François Legault à l'Assemblée nationale. Il a révélé mercredi que le FIER-Boréal du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont MM. Perrino et Boivin sont des gestionnaires, a investi dans quatre entreprises dont les deux hommes sont actionnaires.

Les firmes sont:

  • Toptent, de Montréal, qui a reçu 1 million de dollars. MM. Perrino et Valier détiennent 706 000 actions de cette entreprise chacun;
  • Ranaz Corporation, de Saint-Eustache, qui a obtenu 630 000 $. M. Boivin possède 191 000 actions, M. Perrino, 72 000;
  • ZoomMed, de Brossard, qui a reçu 300 000 $. M. Perrino détient 650 000 actions, M. Boivin, 400 000;
  • Systèmes BUS, de Montréal, qui a obtenu 375 000 $. M. Perrino possède 633 000 actions, M. Boivin, 400 000.

Selon M. Boisjoli, les investissements dans Systèmes Bus et ZoomMed ont été approuvés par le FIER-Boréal avant que M. Perrino et Boivin ne deviennent des gestionnaires du fonds. Cette situation explique pourquoi il n'y a pas eu de déclaration de conflits d'intérêts, comme le requiert la politique d'Investissement Québec à ce sujet.

Dans le cas de Ranaz, M. Boisjoli a expliqué que MM. Perrino et Boivin sont devenus actionnaires de l'entreprise après que le FIER y eut investi. Cet investissement a été fait lors du premier appel public à l'épargne de Ranaz.

Il en va de même pour l'investissement effectué par le FIER-Boréal dans Toptent. Au moment où la décision d'investir a été prise par le FIER, a fait savoir M. Boisjoly, MM. Perrino et Boivin n'étaient pas actionnaires ou investisseurs au sein de l'entreprise.

Les sommes investies par le FIER-Boréal du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont l'objectif premier est de stimuler l'économie de la région en offrant du capital de risque à des entreprises qui démarrent ou qui ont des projets de croissance, proviennent aux deux tiers du Trésor public. L'autre tiers provient des entrepreneurs eux-mêmes.

M. Perrino a été conseiller d'au moins trois chefs libéraux devenus premier ministre, dont Jean Charest. Valier Boivin est aussi un proche du Parti libéral. Les deux hommes sont également les gestionnaires du FIER-Ville-Marie, de Montréal.

L'autre administrateur du FIER-Boréal du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Gilbert Grimard, est le vice-président du PLQ. Il est le seul des trois qui réside au Saguenay-Lac-Saint-Jean, alors que les règles d'Investissement Québec stipulent que la majorité des membres du conseil d'administration des FIER doivent être issus du milieu régional.

D'autres personnalités libérales siègent en outre au conseil d'administration d'Investissement Québec FIER, qui supervise l'activité des 44 FIER créés par le gouvernement Charest. Il s'agit de l'ex-ministre Liza Frulla et l'ex-député d'Anjou, Jean-Sébastien Lamoureux.

Selon M. Legault, le FIER-Boréal du Saguenay-Lac-Saint-Jean a en fait investi 5 millions dans des entreprises situées à Montréal sur un total de 6 millions de dollars. En fait, une seule des huit entreprises qui ont reçu de l'argent du fonds est bel et bien située dans la région, soit à Saint-Prime.

Selon les règles d'Investissement Québec, les administrateurs du fonds régional peuvent investir jusqu'à 30 %, via le fonds, dans leurs propres entreprises et des investissements peuvent être faits à l'extérieur de leur région. Toutefois, 50 % des sommes investies dans les entreprises doivent être dépensées à terme dans les régions d'où proviennent les fonds.

Investissement Québec a précisé jeudi que sur les 6 millions investis par le FIER-Boréal, 2,75 millions l'ont été au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Comme le FIER est autorisé à investir un maximum de 15 millions de dollars, il faudra, à terme, que plus de 7,5 millions de dollars aient été investis dans la région.

Bachand veut une enquête

Raymond BachandRaymond Bachand

Le ministre des Finances et du Développement économique, Raymond Bachand, a paru pris au dépourvu par ces révélations, que le député Legault à pu faire grâce à des informations fournies à l'opposition par le gouvernement dans le cadre de l'étude des crédits budgétaires.

« Les FIER doivent faire rapport à Investissement Québec régulièrement, mais ce n'est pas le gouvernement qui choisit les placements de chacun des FIER dans les régions du Québec, ce sont les entrepreneurs qui dirigent ces FIER », a-t-il dit dans un premier temps.

Toutefois, devant l'insistance de l'opposition, M. Bachand a ordonné la tenue d'une enquête: « Investissement Québec fera les vérifications nécessaires, si c'est le souhait du député de Rousseau et, avec ses dires, je souhaite qu'Investissement Québec nous fasse rapport ».

Interrogé par La Presse, le PDG d'Investissement Québec, Jacques Daoust, a dit ne pas voir d'entorses aux règles, qu'il a qualifiées d'« assez contraignantes ». Il a dit qu'il allait « s'assurer qu'elles sont respectées ».

Mme Frulla a pour sa part soutenu sur les ondes du Réseau de l'information que les informations mises au jour par François Legault n'ont jamais été abordées lors des trois réunions du conseil d'administration auxquelles elle a assisté. Elle demande d'ailleurs au député péquiste de se rétracter.

L'ex-ministre libérale dit avoir été nommée au conseil d'administration le 13 mars 2008, à la demande de M. Daoust, parce que ce dernier, dit-elle, voulait obtenir un « regard neuf » et avoir des femmes au sein du conseil d'administration. Elle dit de son propre aveu ne pas être une « spécialiste ».

Mme Frulla affirme que le conseil d'administration ne supervise pas les choix des FIER régionaux, mais qu'il s'assure que la politique d'investissement du gouvernement soit respectée. Cette politique, dit-elle, prévoit que 50 % des investissements effectués par les entreprises bénéficiaires doivent être faits dans les régions d'où provient l'argent au bout de cinq ans.

Les membres du C.A., dit-elle, ont récemment demandé les documents « les plus transparents possible » sur les investissements faits par les FIER depuis leur création, en 2004.

Avec les informations de La Presse canadienne