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Un travail axé sur le compromis

Le juge Pierre Boutet
Le juge Pierre Boutet Photo: Peter Andersen, Public Affairs Office
Radio-Canada

À quelques jours de son retour au pays, le juge québécois Pierre Boutet, qui a été à la tête du Tribunal spécial pour la Sierra Leone pendant six ans, commente son expérience dans une entrevue à Radio-Canada.ca.

Après six ans en tant que juge en chef du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le juge québécois Pierre Boutet a terminé son mandat à Freetown en rendant la sentence, mercredi, de trois anciens chefs dirigeants du Front révolutionnaire uni (RUF), reconnus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pendant la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone entre 1991 et 2001.

À quelques jours de son retour au pays, M. Boutet a commenté son expérience dans une entrevue à Radio-Canada.ca.

Après avoir occupé le poste de juge en chef militaire pendant une dizaine d'années et juge-avocat des Forces canadiennes, M. Boutet a été nommé juge au Tribunal spécial pour la Sierra Leone par le secrétaire général des Nations unies en décembre 2002, sur recommandation du gouvernement canadien. écoutez l'Extrait

N'ayant jamais mis les pieds en Afrique noire, M. Boutet s'est lancé dans l'aventure en mars 2003. « Au départ, j'ai accepté parce que c'était un défi qui m'intéressait [...] Le mandat était de trois ans. [...] Mais une fois embarqué, j'ai réalisé que ce n'était pas possible. »

La complexité des accusations et le peu de ressources du Tribunal le gardera donc en Sierra Leone deux fois plus longtemps. Aujourd'hui, il se dit heureux de revenir au Canada après avoir vécu plusieurs années dans un pays où « la vie sociale et culturelle est pratiquement inexistante ».

Figure publique du procès dont les accusés ont encore plusieurs acolytes dans les rues de Freetown, la vie sociale de M. Boutet était d'autant plus restreinte du fait qu'il devait continuellement être accompagné d'un garde du corps pour assurer sa sécurité. « Présentement je ne crains pas pour ma sécurité, mais je n'irais pas me promener au centre-ville », confie-t-il.

En plus de l'adaptation personnelle, M. Boutet a dû s'ajuster à une nouvelle pratique juridique. Habitué au système canadien où les tribunaux de première instance n'ont qu'un seul juge ou un jury, son travail avec les deux autres juges du Tribunal - l'un de la Sierra Leone, l'autre du Cameroun - est devenu axé sur les compromis. écoutez l'Extrait

Même au niveau du droit international, qu'il connait pourtant bien, M. Boutet a dû s'adapter aux différences entre un tribunal international et les tribunaux canadiens, notamment sur l'admissibilité de la preuve, plus flexible en droit international. écoutez l'Extrait

S'il ne cache pas sa joie de revenir au Canada après sept ans dans l'un des pays les plus pauvres au monde, le juge Boutet dit avoir apprécié son travail et recommande sans réserve ce genre d'expérience aux avocats et juges canadiens. Il estime toutefois qu'il est très difficile pour les juges du pays de siéger dans des tribunaux internationaux puisqu'il est à peu près impossible d'obtenir une autorisation pour quitter la magistrature. écoutez l'Extrait

Si la présence des Québécois demeure importante dans les tribunaux internationaux, c'est en raison de leur capacité à s'exprimer en français et en anglais, sans compter qu'ils sont familiers avec le droit criminel et qu'ils ont été parmi les premiers à s'impliquer dans les tribunaux internationaux, notamment au Rwanda, explique le juge Boutet. écoutez l'Extrait

De retour au pays, M. Boutet prévoit prendre de longues vacances, mais il ajoute être ouvert aux propositions de son ami Roméo Dallaire qui souhaiterait bien le voir donner des conférences sur son expérience.