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Le monde selon Dodge

David Dodge (archives)

David Dodge (archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre Stephen Harper se défend de voir la crise avec des lunettes roses, comme l'avance l'ex-gouverneur de la Banque centrale du Canada.

L'ancien gouverneur de la Banque centrale du Canada, David Dodge, affirme que tant l'institution qu'il dirigeait jusqu'à l'an dernier que le gouvernement conservateur avancent des scénarios de sortie de crise beaucoup trop optimistes.

La crise économique actuelle, croit-il, est si sévère qu'elle modifiera le visage du capitalisme.

« Je pense que le fait de croire que l'on va s'en sortir au troisième trimestre, c'est rêver en couleurs », a déclaré M. Dodge au quotidien Globe and Mail. Ce scénario est précisément celui envisagé officiellement par la Banque centrale du Canada. L'institution croit que la croissance va reprendre lors des deux derniers trimestres et qu'elle atteindra 3,8 % l'an prochain.

M. Dodge, devenu conseiller principal au sein du cabinet d'avocats Bennett Jones LLP, ne croit pas davantage aux dires du premier ministre Harper, qui affirme qu'après quelques années de déficit, le Canada sera en mesure de présenter un budget équilibré dès 2013. « Ils ne pourront pas faire ça. C'est irréaliste », soutient-il.

Celui qui a dirigé la Banque centrale du Canada pendant sept ans croit que le resserrement du crédit durera des années, ce qui nuira d'autant au retour à la croissance, tant au pays qu'à l'étranger. Au Canada, dit-il, l'industrie automobile et la presse écrite se contracteront, et les investissements dans les sables bitumineux feront l'objet d'une réévaluation. Le taux de chômage au pays dépassera les 10 %, estime-t-il.

Harper défend ses politiques

Lors d'une conférence de presse pour annoncer l'octroi d'une subvention de 10 millions de dollars à une fondation pour les jeunes entrepreneurs, mercredi, le premier ministre a été pressé par les médias de réagir aux propos de M. Dodge.

Stephen Harper s'est défendu de rêver en couleur, tout en s'abstenant de commenter le scénario de reprise mis de l'avant par la Banque centrale du Canada.

Le premier ministre a préféré mettre de l'avant les bons mots sur la politique économique canadienne qu'a eu récemment Charles Kramer, de passage récemment au pays à la tête d'une mission d'évaluation du Fonds monétaire international (FMI).

M. Kramer a soutenu que le Canada était un des pays les mieux équipés pour faire face à la crise, tant en raison de mesures passées, comme la lutte au déficit, que de celles mises en place depuis par Ottawa et la Banque du Canada.

Surtout, Stephen Harper a tenu à rappeler que la reprise aux pays dépend avant tout de facteurs externes.

« La récession va continuer jusqu'à ce qu'on voit une amélioration de la situation du système financier aux États-Unis et dans le monde. [...] L'économie canadienne ne peut sortir de la récession sans qu'il y ait des réparations importantes à ces systèmes ».

Il estime sinon qu'il faut savoir se féliciter, au contraire de l'opposition, de ce que les conséquences de la crise soient moins importantes au pays qu'aux États-Unis, au Japon ou en Europe.

Dodge pas opposé aux déficits

M. Dodge, qui a été sous-ministre des Finances sous Paul Martin lors des années de lutte contre le déficit, dit ne pas être contre l'idée que le gouvernement fédéral accumule des déficits en injectant de l'argent dans l'économie. Il croit toutefois qu'il est mal avisé de recourir à des programmes à court terme.

Selon lui, Ottawa devrait plutôt investir dans des secteurs qui lui rapporteront gros à la fin de la prochaine décennie. David Dodge croit que les dépenses gouvernementales ne doivent pas être considérées comme un simple « pont » entre deux périodes de croissance, mais comme un tremplin permettant d'accroître la productivité à long terme. Il pense qu'Ottawa devrait songer à rehausser le taux de la taxe sur les produits et services (TPS) pour financer la hausse de ses dépenses.

Lors des précédentes récessions, poursuit David Dodge, les entreprises et les particuliers profitaient de faibles taux d'intérêt pour s'endetter et retrouver le chemin de la croissance. Le dysfonctionnement du marché du crédit empêchera ce scénario de se reproduire cette fois encore, croit-il. Les banques mettront des années à prêter de l'argent au même rythme qu'auparavant.

Selon l'ex-gouverneur de la Banque centrale, l'Occident pourrait devoir tirer des leçons de la Chine dans le contexte actuel, notamment en ce qui concerne le contrôle des marchés des capitaux.

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