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Le mystère s'épaissit

Le diplomate Robert Fowler lors Sommet du G8 en Alberta, juin 2008.
Le diplomate Robert Fowler lors Sommet du G8 en Alberta, juin 2008. Photo: La Presse canadienne / Fred Chartrand
Radio-Canada

Le sort des diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay, portés disparus depuis dimanche, reste incertain. Le groupe rebelle touareg soupçonné d'être à l'origine de ces disparitions nie de nouveau toute implication.

On ne sait toujours pas ce qu'il advient des diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay, portés disparus en fin de semaine au Niger. Le gouvernement nigérien a toutefois donné quelques indications supplémentaires sur les circonstances entourant de leur disparition.

Selon le ministre nigérien des Communications, Mohamed Ben Omar, la disparition des deux diplomates et de leur chauffeur a été signalée aux autorités lundi, vers 3 h, lorsque leur véhicule a été découvert près de Karma, une municipalité située à environ 40 kilomètres de la capitale, Niamey.

Selon les propos que lui attribue l'AFP, les diplomates ont disparu après une excursion sur le site d'une mine d'or exploitée par deux sociétés canadiennes à Samira, une localité située sur la rive droite du fleuve Niger. Pour accéder à cette mine, il faut traverser le fleuve Niger en bac.

Or, selon M. Ben Omar, la découverte du véhicule sur la rive gauche du fleuve Niger, près de l'embarcadère du bac qui effectue des navettes entre les deux rives, laisse à penser que les diplomates étaient sur le chemin du retour vers Niamey au moment de leur disparition.

À l'intérieur de leur véhicule, on a retrouvé trois téléphones, un appareil photo et un blouson. Le gouvernement nigérien avait déjà révélé plus tôt cette semaine que la voiture des diplomates avait été suivie à son départ de Niamey par un autre véhicule immatriculé au Togo.

La mine d'or à ciel ouvert à laquelle le ministre Ben Omar fait référence appartient à la Société des mines du Liptako, détenue à 40 % par la société canadienne Etruscan, à 40 % par une autre minière canadienne basée à Montréal, Semafo, et à 20 % par le gouvernement nigérien.

Le Toronto Star dit avoir parlé mardi à un porte-parole de Semafo, Jean-Paul Blais. Ce dernier a dit qu'à sa connaissance, personne au sein de sa société minière n'attendait de visite de la part de M. Fowler. Il soutient que le sujet n'a pas été abordé lors d'une téléconférence tenue mardi matin. Les discussions, a-t-il dit, portaient essentiellement sur la production.

À Ottawa, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a réagi publiquement pour une première fois depuis la disparition des deux diplomates. Il a dit avoir lui-même parlé aux autorités onusiennes au sujet de la « disparition » des deux diplomates. Ottawa, dit-il, est en contact avec les autorités nigériennes.

Louis Guay, diplomate canadien

M. Fowler, l'envoyé spécial de l'ONU pour les armes illicites au Niger, et M. Guay, qui lui servait d'adjoint, étaient en mission officielle au Niger au moment de leur disparition. L'ONU a confirmé mardi que M. Fowler est aussi son envoyé spécial pour les questions relatives aux touaregs. MM. Fowler et Guay étaient arrivés au Niger le 11 décembre.

Qui sont les deux diplomates?

Robert Fowler a été le représentant permanent du Canada aux Nations unies à New York de 1995 à 2000 avant de devenir ambassadeur du Canada en Italie (2000-2006). Il est présentement professionnel en résidence à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

Louis Guay est directeur adjoint du Groupe de travail sur le Soudan au ministère des Affaires étrangères du Canada. Il est un ancien ambassadeur du Canada au Gabon.

Revendication et démentis

Les soupçons se sont portés vers le Front des forces de redressement (FFR), un groupe rebelle touareg.

Et pour cause, un « commissaire de guerre » du groupe a publié un communiqué mardi pour revendiquer l'enlèvement de quatre personnes, dont celui de Robert Fowler. L'information a toutefois été démentie moins de deux heures plus tard par le président du FFR et encore une fois deux jours plus tard par le « commissaire à l'Information ».

La revendication initiale publiée sur le site Internet du FFR indiquait que son opération avait pour but de « sensibiliser tous les diplomates qui collaborent avec le régime ethnocidaire de Mamadou Tandja ». « Nous envoyons au Canada un signal fort, car il est l'un des bras qui arment Tandja pour combattre les populations autochtones du nord et du sud du Niger ».

Le FFR est un groupe dissident du principal mouvement rebelle touareg, le Mouvement nigérien pour la justice. Les rebelles touaregs, qui ont repris leur lutte contre le gouvernement dans le nord du pays depuis bientôt deux ans, réclament une meilleure répartition des richesses, particulièrement en ce qui concerne l'extraction de l'uranium.

La disparition des diplomates canadiens est survenue à quelque 1000 kilomètres de la zone d'activité habituelle des rebelles touaregs. La zone est d'ailleurs interdite aux étrangers ainsi qu'aux membres de la presse.

Dans un second communiqué publié sur le site Internet des rebelles, le président du FFR, Mohamed Awtchiki Kriska, a soutenu que « si des mouvements identitaires actifs dans la région de Tillabéri et qui adhèrent aux idéaux du FFR ont pu enlever le diplomate canadien, le FFR ne peut assumer la responsabilité de cet acte ».

Plus loin, le président du FFR ajoutait: « Nous savons que nos frères Songhaïs sont aussi mécontents de la gestion qui est faite de leurs ressources minières, et il est de leur droit de revendiquer la justice, mais aussi de leur devoir de protéger les fonctionnaires internationaux et les civils en premier lieu ».

Le 18 décembre, c'était au tour de Seydou Kaocen Maiga, commissaire à l'Information du FFR, de publier un démenti « formel ». « Nous avons été victimes d'une désinformation par l'usage abusif d'un protocole sécurisé de communication », écrit-il, ce qui pourrait signifier un acte de piratage. Et d'ajouter à la décharge du groupe: « Notre mouvement ne pratique pas la « prise d'otage », et nous ne saurons être les marionnettes dans un jeu initié par un groupe dont on ignore le dessein ».

Un pays d'une extrême pauvreté

Le Niger est l'un des pays les plus pauvres de la planète. En 2007, le pays de 13 millions d'habitants se classait 174e sur 177 selon l'Indicateur de développement humain des Nations Unies. Selon l'Agence canadienne de développement international, près de 70 % de la population dispose de moins de 1 $ par jour, 43 % a accès à l'eau potable et à peine 6,5 %, à l'électricité. Le Canada a repris son Programme de coopération avec le Niger, en 2000, à la suite d'élections jugées réussies. L'ACDI dit avoir dépensé 11,2 millions de dollars dans le pays en 2006-2007.

Selon Ottawa, le commerce bilatéral entre les deux pays se chiffrait à 7,5 millions en 2007. Les firmes canadiennes investissent essentiellement dans le secteur de l'or et de l'uranium au Niger.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, et Toronto Star

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