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Toujours sans nouvelles des diplomates

Carte du Niger
Radio-Canada

L'ONU confirme que les diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay étaient en mission officielle au Niger au moment de leur disparition.

Un groupe rebelle touareg, le Front des forces de redressement (FFR), a revendiqué mardi sur son site Internet l'enlèvement de quatre personnes, dont l'envoyé spécial de l'ONU pour les armes illicites au Niger, Robert Fowler.

M. Fowler, le diplomate canadien Louis Guay, qui lui servait d'adjoint, ainsi que leur chauffeur ont été portés disparus dimanche dans la région de Tillabéri, à l'ouest de la capitale, Niamey.

L'information a toutefois été démentie moins de deux heures plus tard par le président du FFR, Mohamed Awtchiki Kriska, lors d'une conversation téléphonique avec un correspondant de l'AFP. « Nous ne sommes pas au courant. La personne qui a mis cette information sur notre site Internet a été induite en erreur. Ce type d'action est contraire à la vision et l'approche du FFR », a-t-il déclaré.

La revendication publiée sur le site Internet du FFR, un groupe dissident du principal mouvement rebelle touareg, le Mouvement nigérien pour la justice, n'a pas été confirmée de source indépendante. Les rebelles touaregs, en lutte contre le gouvernement dans le nord du pays, réclament une meilleure répartition des richesses, particulièrement en ce qui concerne l'extraction de l'uranium. La disparition des diplomates canadiens est survenue non loin de la capitale, à l'extérieur de la zone d'activité habituelle des rebelles.

L'ONU a confirmé mardi que Robert Fowler était bel et bien en mission officielle au Niger depuis le 11 décembre, contrairement à ce qu'a affirmé le gouvernement nigérien. L'ONU confirme que Fowler est aussi envoyé spécial pour les questions relatives aux touaregs, et non pas seulement pour le Niger.

Lors de son point de presse quotidien à New York, la porte-parole du secrétaire général, Michèle Montas, a aussi précisé que les Nations unies n'avaient pas de confirmation de quoi que ce soit: « Nous n'avons aucune confirmation pour le moment concernant les déclarations faites dans la presse, particulièrement sur l'Internet, selon lesquelles il aurait été kidnappé par un groupe ou un autre ».

Mme Montas n'a pas voulu en dire davantage, craignant pour la sécurité de M. Fowler.

Qui sont les deux diplomates?

Robert Fowler a été le représentant permanent du Canada aux Nations unies à New York de 1995 à 2000 avant de devenir ambassadeur du Canada en Italie (2000-2006). Il est présentement professionnel en résidence à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

Louis Guay est directeur adjoint du Groupe de travail sur le Soudan au ministère des Affaires étrangères du Canada. Il est un ancien ambassadeur du Canada au Gabon.

Une revendication

MM. Fowler et Chrétien au sommet de Kananaskis en juin 2002.MM. Fowler et Chrétien au sommet de Kananaskis en juin 2002 Photo : PC / Fred Chartrand

Le communiqué publié sur le site Internet du groupe était signé du nom de Rhissa Ag Boula, une figure rebelle connue, qui se déclare commissaire à la guerre.

« M. Fowler se porte bien et sera bientôt transféré dans un lieu sûr et remis à d'autres collaborateurs qui le prendront en charge », indiquait-il.

La revendication ne faisait pas état d'une demande de rançon. « Cette opération vise à sensibiliser tous les diplomates qui collaborent avec le régime ethnocidaire de Mamadou Tandja, régime démissionnaire et convalescent à l'image de son président », indiquait le communiqué.

« Nous envoyons au Canada un signal fort, car il est l'un des bras qui arment Tandja pour combattre les populations autochtones du nord et du sud du Niger », pouvait-on lire. « Nos revendications sont fondamentales, et nous ne céderons aucune parcelle de nos terres sans consultation locale, sans contrepartie, et sans préservation de l'environnement ».

On ne connaît pas l'identité de la quatrième personne que les rebelles disent détenir. Une porte-parole de l'ONU, Michèle Montas, avait déclaré lundi que trois personnes qui voyageaient à bord d'une voiture du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) manquaient à l'appel. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est pour sa part dit très inquiet d'apprendre cette nouvelle. « Nous faisons tous nos efforts pour savoir où il se trouve », a dit M. Ban.

Louis Guay, diplomate canadien

Un démenti

Dans un second communiqué publié sur le site Internet des rebelles, le président du FFR, Mohamed Awtchiki Kriska, soutient que « si des mouvements identitaires actifs dans la région de Tillabéri et qui adhèrent aux idéaux du FFR ont pu enlever le diplomate canadien, le FFR ne peut assumer la responsabilité de cet acte. Nous avions déjà annoncé notre refus de recourir aux méthodes de manipulation qui sont l'apanage du régime que nous combattons ».

Le président du FFR dit espérer que M. Fowler sera « rapidement remis aux autorités consulaires canadiennes ou au représentant des Nations unies ». Il ajoute: « Nous savons que nos frères Songhaïs sont aussi mécontents de la gestion qui est faite de leurs ressources minières, et il est de leur droit de revendiquer la justice, mais aussi de leur devoir de protéger les fonctionnaires internationaux et les civils en premier lieu ».

Malgré la publication du démenti du président du FFR, le site Internet des rebelles continue d'afficher la revendication originale signée Rhissa Ag Boula. Les deux messages ont été publiés à partir du même compte.

La version nigérienne

Selon le ministre de la Communication du Niger, Mohamed Ben Omar, M. Fowler a quitté Niamey samedi en compagnie de deux autres personnes. Son véhicule a été découvert vers 3 h du matin, heure locale, dans les environs de la localité de Karma. Les autorités ont retrouvé trois téléphones, un appareil photo et un blouson. Il n'y avait pas de trace de violence.

Le ministre affirme que M. Fowler était au Niger depuis jeudi dernier, après avoir sollicité une invitation pour assister aux festivités du cinquantenaire de la République du Niger qui se déroulent à Tillabéri. M. Fowler a déjà séjourné deux fois au Niger dans le cadre de son travail.

Mohamed Ben Omar a dit regretter que M. Fowler n'ait prévenu ni les autorités ni la représentation locale des Nations unies de son déplacement. Selon lui, la voiture des diplomates canadiens aurait été suivie dès sa sortie de Niamey par un autre véhicule immatriculé au Togo. Le ministre a affirmé que les forces de défense et de sécurité du pays ont été déployées dans le secteur pour tenter de retrouver les trois hommes.

Un pays d'une extrême pauvreté

Le Niger est l'un des pays les plus pauvres de la planète. En 2007, le pays de 13 millions d'habitants se classait 174e sur 177 selon l'Indicateur de développement humain des Nations Unies. Selon l'Agence canadienne de développement international, près de 70 % de la population dispose de moins de 1 $ par jour, 43 % a accès à l'eau potable et à peine 6,5 %, à l'électricité. Le Canada a repris son Programme de coopération avec le Niger, en 2000, à la suite d'élections jugées réussies. L'ACDI dit avoir dépensé 11,2 millions de dollars dans le pays en 2006-2007.

Selon Ottawa, le commerce bilatéral entre les deux pays se chiffrait à 7,5 millions en 2007. Les firmes canadiennes investissent essentiellement dans le secteur de l'or et de l'uranium au Niger. La firme torontoise Global Uranium Corp, par exemple, détient 6 concessions minières couvrant 3000 kilomètres dans la région centrale de l'Agadez.

Le président Tandja Mamadou, auquel les rebelles font référence, a été élu en novembre 1999, après quelques années de turbulences politiques, puis réélu en 2004. Les scrutins ont été considérés comme légitimes par la communauté internationale. En mai 1990, Tandja Mamadou était ministre de l'Intérieur dans un gouvernement qui a violemment réprimé une rébellion touarègue.

Alerte rouge

Le ministère des Affaires étrangères du Canada recommande, sur son site Internet, d'éviter tout voyage non essentiel au Niger, en raison de la sécurité imprévisible dans l'ensemble des régions du pays.

« On signale une augmentation des attaques, braquages et enlèvements commis à l'encontre des ressortissants et des travailleurs étrangers à l'extérieur de la capitale, Niamey. Dans les régions du nord-ouest et du nord-est, au-delà de Tahoua, la présence de groupes rebelles rend la situation extrêmement dangereuse et pose un risque sérieux à la sécurité personnelle. La région du nord du Niger est d'ailleurs sous l'effet d'une mise en garde du gouvernement du Niger qui a pour effet de la rendre inaccessible à moins d'avoir obtenu une permission préalable des autorités nigériennes », peut-on lire.

Même à Niamey, le ministère recommande de se montrer très prudent, de jour comme de nuit. « Des mines antipersonnel sont présentes partout au pays, incluant à Niamey et dans d'autres grandes villes », avertit Ottawa.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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