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La liste des floués s'allonge

Bernard Madoff
Bernard Madoff (archives) Photo: La Presse canadienne / The New York Times, Ruby Washington

De plus en plus d'institutions financières, comme la banque française Natixis ou la britannique Royal Bank of Scotland, ainsi que des gestionnaires de fonds, disent avoir perdu de l'argent confié à Bernard Madoff.

La liste des institutions financières qui ont confié des fonds à Bernard Madoff, accusé d'une fraude de 50 milliards de dollars, ne cesse de s'allonger.

La banque française Natixis et la britannique Royal Bank of Scotland, par exemple, ont annoncé, lundi, qu'elles avaient perdu de l'argent géré par Madoff.

Natixis annonce une exposition indirecte d'un montant maximum de 450 millions d'euros (750 millions de dollars), tandis que la Royal Bank of Scotland estime sa perte potentielle à environ 400 millions de livres (740 millions de dollars).

Bernard L. Madoff

1938: Naissance à New York, dans une famille juive

1960: Fonde la Société d'investissement Bernard L. Madoff Investment Securities avec 5000 $, gagnés en étant maître-nageur.

1983: Madoff ouvre un bureau à Londres.

1990: Devient président du Nasdaq et siège au conseil de plusieurs organisations de courtage.

2000: Selon le New York Times, sa compagnie a des actifs de 300 millions de dollars.

Bernard L. Madoff avait une réputation de grand philantrope. À travers la Fondation de la famille Madoff, il soutenait des théâtres, des collèges et des organisations artistiques. Il donnait aussi beaucoup d'argent à des organisations charitables juives.

Reconnu comme faisant partie d'un « club d'initiés », sa firme accordait des rendements réguliers de 0 à 2 % par mois aux placements de ses riches clients.

11 décembre 2008: le FBI l'arrête à son appartement de New York.

Libéré sous caution, il est passible d'une peine de 20 ans de prison et de 5 millions de dollars d'amende.

Madoff ratissait large. Des banques et fonds d'investissement des États-Unis, de l'Espagne, de la France, de l'Italie, du Japon, de la Scandinavie et de la Suisse ont été floués.

Bernard Madoff, libéré contre une caution de 10 millions de dollars américains, a été inculpé jeudi pour avoir organisé une fraude géante en passant par sa société de conseil en investissements. La méthode? Un « montage Ponzi », structure pyramidale où les investisseurs arrivés en premier sont rémunérés avec l'argent versé par les investisseurs les plus récents, avec promesse de rendements anormalement élevés.

Des centaines de personnes auraient investi indirectement dans cette affaire, comme le montre une liste provisoire qui reprend des informations publiées par la presse internationale et compilée par le New York Times. Les principaux intéressés sont (en dollars américains):

  • Fairfield Greenwich Group: 7,3 milliards
  • Santander, la première banque espagnole: 3,6 milliards - dont 530 millions par des particuliers
  • Kingate Management: 2,8 milliards
  • Ascot Partners: la majeure partie de ses actifs évalués à 1,8 milliard
  • HSBC: 1 milliard

Voir la liste complète (en anglais) (Nouvelle fenêtre)

De la BNP Paribas aux Mets de New York

Parmi les autres institutions figure la banque française BNP Paribas. Elle a annoncé dimanche soir qu'elle estimait à 350 millions d'euros la perte potentielle liée à cette affaire.

Norman Braman, l'ancien propriétaire des Eagles de Philadelphie, aurait aussi investi dans les fonds de Bernard Madoff, tout comme le propriétaire de l'équipe de baseball des Mets de New York, Fred Wilpon.

Les institutions financières suisses seraient plusieurs à avoir confié de l'argent au financier de Wall Street: la genevoise Benedict Hentsch, la Neue Privat Bank, la banque privée Reichmuth & Co, l'Union Bancaire Privée, les groupes EIM Group et Notz, Stucki & Cie. Au total, le quotidien Le Temps évalue les pertes possibles des banques suisses à plus de 5 milliards de dollars.

Cette affaire a des ramifications jusqu'au Japon, où la financière Nomura Holdings estime qu'elle pourrait perdre 27,5 milliards de yens (302 millions de dollars américains). La société estime qu'il s'agit d'un impact somme toute limité, par rapport aux actifs qu'elle gère.

Au Canada, la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Banque nationale, le Régime de retraite des enseignants de l'Ontario (Teachers) et le Mouvement Desjardins ont confirmé qu'ils n'avaient aucun investissement dans les fonds Madoff. Seule la Banque Royale a trouvé une cinquantaine de millions investis chez Madoff par des clients privés. Une porte-parole de RBC a qualifié de « minime » l'impact potentiel de l'affaire Madoff sur les clients touchés.

Des soupçons dès 1999

Le siège de la Securities Exchange Commission à WashingtonLe siège de la Securities Exchange Commission à Washington Photo : AFP / Chip Somodevilla

La liste des floués s'allongera sans doute encore au fil de l'enquête, ne serait-ce qu'en Italie, où l'autorité boursière italienne, la Consob, a lancé une enquête dimanche.

Pourtant, les résultats des fonds gérés par Bernard Madoff suscitaient des doutes depuis plusieurs années. En 1999, un courtier d'une entreprise concurrente, Harry Markopolos, a envoyé une lettre à la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme financier américain. Il qualifiait ces fonds de « plus grand montage Ponzi du monde », selon des documents obtenus par le Wall Street Journal.

Une division de la SEC avait ouvert une enquête en 2007, mais elle n'a pas débouché sur des mises en accusation. La SEC a rouvert l'enquête jeudi dernier, mais l'objet de l'enquête de 2007 reste flou, tout comme les raisons de sa fermeture.

Plusieurs médias ont aussi soulevé des doutes au fil des ans. Des articles auxquels M. Madoff répondait en affirmant que ses résultats étaient vérifiés et que ses opérations étaient trop compliquées pour les non-initiés.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, The New York Times, et The Wall Street Journal