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Portrait de Michael Ignatieff

Radio-Canada

Libéral « depuis toujours », Michael Ignatieff prend les rênes du Parti libéral du Canada le 10 décembre 2008, en tant que chef intérimaire.

Après un intérim de quelques mois, il est officiellement couronné chef du Parti libéral du Canada devant les délégués libéraux réunis en congrès à Vancouver, samedi le 2 mai 2009.

Pour Michael Ignatieff, la course à direction a commencé lors d'un lundi bien spécial, le 8 décembre 2008, lorsque le chef Stéphane Dion annonce qu'il démissionnera dès qu'un successeur aura été désigné. Un peu plus tard, le candidat Dominic LeBlanc se désiste de la course à la direction, au profit du candidat déclaré Michael Ignatieff.

Bob Rae lui emboîte le pas le lendemain. Ami de Michael Ignatieff, mais rival le temps d'une course à la direction, il déclare alors que, « compte tenu ces circonstances, je suis d'avis que le Parti libéral du Canada doit avoir en place un nouveau chef permanent avant que la Chambre ne se remette à siéger vers la fin janvier ». M. Rae fait référence à la décision de l'exécutif national du parti, qui avait opté pour une consultation restreinte au lieu d'une consultation élargie.

Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna ZsoharAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna Zsohar

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Deux semaines plus tôt, une crise politique secoue Ottawa. Stéphane Dion scelle une alliance avec le Nouveau Parti démocratique pour un gouvernement de coalition, soutenu par le Bloc québécois. Les trois partis d'opposition tentent ainsi de renverser le gouvernement conservateur de Stephen Harper, suite au dépôt d'un énoncé économique qu'ils jugent « idéologique ». Mais le premier ministre proroge la session parlementaire jusqu'au 25 janvier (lire notre dossier à ce sujet).

Peu après, Stéphane Dion cède aux pressions de plus en plus fortes au sein de son parti pour qu'un nouveau chef dirige la formation politique à la rentrée. Ce chef, c'est Michael Ignatieff.

L'échec de 2006

Une crise, deux tentatives et trois ans, voilà ce qu'il aura fallu.

Parti en 1969, Michael Ignatieff revient au Canada en 2005 pour se lancer en politique. Il répond ainsi aux appels de plusieurs libéraux, dont l'avocat torontois Alfred Apps qui l'a recruté, selon le magazine Maclean's. Le parti cherche alors du sang neuf, après le scandale des commandites. Son nom bruissait toutefois dans les rangs libéraux depuis les années 90, comme éventuel successeur de Jean Chrétien.

Il est élu dans la circonscription d'Etobicoke-Lakeshore, à Toronto, en janvier 2006, non sans controverse. Plusieurs libéraux estiment alors qu'il a été parachuté.

Toujours est-il qu'il pose sa candidature à la direction du Parti libéral du Canada quelques mois plus tard. Il reçoit l'appui d'un nombre important de députés, dont Pablo Rodriguez, l'ex-président de l'aile québécoise du parti, et Denis Coderre, coprésident national de sa campagne. L'ex-premier ministre ontarien David Peterson et Marc Lalonde, ancien lieutenant québécois de Pierre Elliott Trudeau, étaient les coprésidents de sa campagne. L'ex-ministre Liza Frulla et les sénateurs Roméo Dallaire, Lise Bacon et Francis Fox étaient également de son côté.

Malgré ces appuis de taille, il termine au deuxième rang, derrière Stéphane Dion.

35 ans d'exil

Coiffé sur le fil d'arrivée, il fait toutefois figure d'outsider si l'on prend en considération qu'il revenait tout juste au pays après avoir vécu à l'étranger pendant 35 ans. Professeur, journaliste et écrivain; retracer la vie de Michael Ignatieff implique de passer par de prestigieuses universités, plus d'une dizaine de livres, tout en remontant jusqu'à la Russie des Tsars.

Fils d'un immigrant russe issu de l'aristocratie, devenu diplomate (notamment comme ambassadeur du Canada aux Nations Unies), et d'une mère canadienne, M. Ignatieff est né à Toronto en 1947. Dans L'album russe, il raconte la fuite de sa famille en Ukraine pendant la révolution bolchévique, fuite qui le mènera au Canada.

Il passe par l'Upper Canada College, avant de croiser Bob Rae sur les bancs du College Trinity de l'Université de Toronto. Il quitte le pays pour « prendre du poids », dira-t-il plus tard au magazine Maclean's, et décrocher un doctorat en histoire à Harvard avec une thèse sur les limites de la punition dans le système carcéral. Il en obtiendra sept autres, honoris causa.

Professeur à Oxford, Cambridge et Harvard, il a collaboré régulièrement à des émissions de radio et de télévision de la BBC et a rédigé des articles pour plusieurs publications, essentiellement étrangères.

Il parle français, anglais, et aussi russe. Se présentant comme un libéral de longue date, il a fait office de bénévole pour Lester B. Pearson lors de l'élection de 1965 et a soutenu Pierre Elliott Trudeau à la convention libérale de 1968.

Auteur prolifique et reconnu

Michael Ignatieff a écrit une douzaine d'ouvrages, notamment sur les conflits ethniques, les droits de la personne et la guerre antiterroriste, ainsi que trois romans. Ses oeuvres lui ont valu plusieurs distinctions, dont le Prix du gouverneur général pour L'album russe (1987). Mais c'est son essai sur les nationalismes, Blood and Belonging: Journeys into the New Nationalism (1993), qui est sans doute son oeuvre la plus connue. Il y « explore avec passion la contribution canadienne sur l'avancement des droits individuels et de la liberté à travers le monde », peut-on lire dans sa biographie officielle. Un des chapitres décrit le nationalisme québécois comme un risque pour la démocratie, une opinion qu'il dit avoir révisée depuis.

Partisan d'un gouvernement central fort, il se dit toutefois respectueux des champs d'application des provinces et exige en retour que celles-ci respectent les compétences fédérales. Dans ses discours, il aime rappeler que ses parents sont inhumés au Québec et répète qu'il se battra toujours pour que la province reste au sein du Canada. Il reconnaît le déséquilibre fiscal et semble montrer une ouverture envers certaines revendications du Québec. Plusieurs observateurs soulignent toutefois que le ton de ses discours change parfois dans les autres provinces.

Défenseur de positions contestées

Socialement, le candidat se situe au centre gauche, mais certaines de ses positions, plus à droite, sont contestées. Par exemple, citant l'antiaméricanisme et les positions de son parti sur le système de santé, le déséquilibre fiscal ou encore le protocole de Kyoto, il a déclaré qu'il y avait au sein du PLC des « vaches sacrées » qu'il fallait « tuer ».

En 2003, il signe une chronique intitulée The Burden (Nouvelle fenêtre) (La charge) dans le New York Times Magazine, où il soutient l'invasion américaine en Irak. Il affirmera plus tard s'être trompé dans Getting Iraq wrong (Nouvelle fenêtre), critiquant du même souffle ce qu'il qualifie de « débâcle ».

Son mea-culpa prend des accents de profession de foi politique, il affirme qu'il essaie de « comprendre exactement comment les jugements que je dois dorénavant faire dans l'arène politique doivent être meilleurs que ceux que j'ai faits sur la ligne de touche. J'ai appris que l'acquisition d'un bon jugement en politique commence par savoir quand admettre ses erreurs », écrit-il.

Il a aussi appuyé le bouclier antimissile américain, les interrogatoires coercitifs et la guerre préventive pour prévenir le terrorisme. Il fait partie de la poignée de candidats ayant appuyé la prolongation de la mission canadienne en Afghanistan, en mai 2006.

Interventionnisme humanitaire

Ces prises de position s'expliquent en partie par l'idée d'interventionnisme humanitaire, qu'il a défendue. Cette pensée préconise l'intervention militaire pour éviter les massacres. Il est ainsi nommé commissaire canadien à la Commission internationale indépendante de la souveraineté des États en 2001, sous l'initiative de Jean Chrétien et Lloyd Axworthy. Cette commission voulait définir « une nouvelle approche pour guider les Nations unies dans leur réponse aux crises humanitaires vues au Kosovo, au Rwanda et au Darfour », selon sa biographie.

Cependant, ses propos sur la mort de dizaines de civils à Cana dans un raid israélien ont davantage attiré l'attention. À l'été 2006, il a déclaré que cela « ne l'empêchait pas de dormir ». Interrogé sur cette déclaration lors d'un passage remarqué à l'émission Tout le monde en parle quelques mois plus tard, il a admis avoir commis une erreur de jugement, soutenant plutôt que l'attaque israélienne constituait un « crime de guerre ». La coprésidente pour sa campagne dans la région de Toronto, Susan Kadis, de religion juive, a alors démissionné de son poste en guise de protestation.

Plusieurs positions défendues dans ses écrits ont également soulevé la controverse, notamment des propos qualifiés d'« ukrainophobe » dans son livre Blood and belonging.

Il s'est aussi inscrit en faux contre la loi 101 dans les années 90, lui opposant les droits individuels et évoquant une police de la langue. Mais au tournant du 21e siècle, il se ravise et reconnaît la nation québécoise - il sera le seul à le faire des huit candidats à la direction du PLC en 2006.

Mais cet intellectuel revendique le droit à l'erreur. Dans Getting Iraq wrong, il conclut en défendant l'importance de l'audace, d'une vision, mais aussi du risque de l'échec pour un dirigeant démocratique. « Ce sont des leaders dont le jugement est digne de confiance, même s'ils se trompent parfois ». Saura-t-il en convaincre les Canadiens?

Michael Ignatieff, côté privé

Père de deux enfants, Theo et Sophie, qu'il a eus avec sa première femme Susan Barrowclough, il vit actuellement avec Zsuzsanna Zsohar, avec qui il est marié.

Si l'on en croit son profil sur Facebook, ses goûts musicaux sont éclectiques: de Johnny Cash à Glenn Gould en passant par Wagner, Brahms, Mozart ou le saxophoniste Ben Webster.

Il aime le premier film de la série Le Parrain, Le magicien d'Oz ou encore les séries Grey's Anatomy, La loi et l'ordre, Seinfeld, etc. Il aime aussi lire, notamment Les possédés de Dostoïevski, Don Quichotte et les discours d'Abraham Lincoln.

Un détail: « Michael », telle est sa façon de se présenter sur son site Internet. Sa biographie ne mentionne d'ailleurs pas son nom de famille.

Références

Ignatieff's World: A Liberal Leader For The 21st Century? de Denis Smith - James Lorimer & Company Ltd - 168 pages

L'album russe de Michael Ignatieff - Boréal - 347 pages

Czar Ignatieff (Nouvelle fenêtre), de Anne Kingston, publié dans Maclean's, 20 novembre 2006.

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