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Émeutes sur fond de bavure policière

Des jeunes affrontent la police à Athènes

Des jeunes affrontent la police à Athènes

Photo : AFP / Louisa Gouliamaki

Radio-Canada

La mort d'un adolescent sous les balles de la police, dans un quartier d'Athènes, a dégénéré en confrontations entre les forces de l'ordre et la jeunesse depuis samedi.

La mort d'un adolescent de 15 ans, Andreas Grigoropoulos, sous les balles d'un policier à Athènes, a donné lieu à des heurts entre jeunes et forces de l'ordre dans la capitale ainsi que dans plusieurs autres villes du pays, durant tout le week-end.

Alors que la nuit tombait sur Athènes dimanche, le calme n'était pas revenu et environ un millier d'étudiants continuaient de jouer au chat et à la souris avec les forces de l'ordre.

En début d'après-midi, des émeutiers de la nuit de samedi, retranchés dans un bâtiment universitaire d'Athènes, se sont joints à une manifestation prévue à l'origine pour dénoncer le sort réservé aux immigrés clandestins. La marche, qui se dirigeait vers le siège de la police, a pris le caractère d'une émeute, des cocktails Molotov étant une fois de plus lancés par des manifestants contre des commerces et des bureaux gouvernementaux. La police a répliqué à coups de gaz lacrymogènes pour contenir les émeutiers.

Cette marche de protestation était prévue depuis plusieurs jours, et le ministre de l'Intérieur Prokopis Pavlopoulos avait appelé à la retenue pendant la manifestation.

À Thessalonique, des manifestants s'en prenaient aux véhicules des chaînes de télévision et érigeaient des barricades de poubelles enflammées, après avoir lancé des cocktails Molotov sur la police.

Selon la police, 24 policiers ont été blessés lors des émeutes de samedi, dont un grièvement, et 31 commerces, 9 banques et 25 voitures ont été endommagés dans la capitale. Ce bilan reste toutefois provisoire. Six personnes ont été arrêtées, l'une d'elles portant une arme, selon les forces de l'ordre.

Les médias locaux rapportent que plusieurs personnes ont souffert de problèmes respiratoires, mais qu'aucune blessure sérieuse n'a été recensée.

Une traînée de poudre

L'incident à l'origine des émeutes, aussi violent qu'inattendu, a eu lieu samedi en soirée dans le quartier d'Exarchia, proche des universités, où se côtoient des sensibilités gauchistes et anarchistes.

Un bâtiment incendié par les émeutiers à Athènes

Un bâtiment incendié par les émeutiers à Athènes

Photo : AFP / Louisa Gouliamaki

La victime faisait partie d'un groupe d'une trentaine de jeunes qui s'en est pris à un véhicule de police, à coup de pierres. Un des policiers est sorti du véhicule et a fait feu, tuant l'adolescent.

La nouvelle de sa mort s'est répandue comme une traînée de poudre dans Athènes et ailleurs au pays, notamment par des sites Internet, qui auraient joué un rôle dans l'apparition de mouvements de protestation spontanés.

Dans la capitale, des centaines de manifestants, pour la plupart habitants d'Exarchia, ont envahi les rues dans la nuit de samedi et dirigé leur colère vers le gouvernement de droite au pouvoir.

Aux slogans se sont rapidement mêlés les cocktails Molotov et les jets de pierres, au contact des unités antiémeutes déployées dans les rues, où flottaient des nuages de gaz lacrymogènes.

Les banques ont constitué une cible privilégiée des émeutiers: des dégâts causés par des cocktails Molotov et des poubelles enflammées ont été constatés sur une quinzaine d'établissements financiers à Athènes, mais aussi à Thessalonique - la deuxième ville du pays - et Héraklion, autres lieux de révolte. Environ soixante-dix voitures ont aussi été incendiées dans tout le pays.

Un policier sera accusé de meurtre

Le premier ministre grec Costas Caramanlis

Le premier ministre grec Costas Caramanlis

Photo : AFP / Gérard Cercles

La police a ordonné une enquête sur la mort du jeune homme. Deux policiers ont été arrêtés et le procureur a annoncé que l'un pourrait être inculpé d'homicide volontaire, et l'autre de complicité pour incitation.

Le chef du commissariat d'Exarchia a, pour sa part, été suspendu.

Le premier ministre Costas Caramanlis, dont le gouvernement est affaibli par diverses affaires et par la crise économique, a lancé un appel au calme. Il a présenté publiquement ses excuses au père du jeune homme tué.

« Je sais que rien ne pourra apaiser votre peine, mais je tiens à vous assurer que l'État agira comme il le doit pour que la tragédie d'hier ne se reproduise plus », a déclaré Caramanlis.

Quant au ministre de l'Intérieur, il a déploré la mort du jeune Andreas Grigoropoulos, mais aussi durement critiqué ses compagnons pour leur comportement provocateur, à l'origine de l'incident. Du même coup, il a offert sa démission, qui a été refusée par le premier ministre.

Tant le PASOK, socialiste et principale opposition au pouvoir, que les autres formations de gauche ont condamné la mort de l'adolescent et en imputent la responsabilité aux dirigeants politiques et à la police.

Il s'agit des émeutes les plus importantes depuis celles de janvier 1991, dans la foulée du meurtre d'un instituteur par des voyous d'extrême droite. Les heurts entre policiers et gauchistes sont par ailleurs monnaie courante dans le quartier d'Exarchia.

C'est la première fois depuis 1985 qu'un mineur est tué en Grèce par un policier, a précisé un porte-parole de la police. Cette année-là, la mort du mineur avait déclenché des mois de heurts quasi quotidiens entre policiers et protestataires.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, Reuters, et BBC