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Les artistes engagent un nouveau combat

Un disquaire (archives)

(archives)

Photo : AFP / Spencer Platt

Radio-Canada

La décision des conservateurs de remettre en question les redevances sur disques compacts et cassettes vierges, versées aux artistes en guise de droits d'auteur, provoque la colère des auteurs compositeurs et interprètes.

Les conservateurs fédéraux n'ont peut-être pas trouvé la meilleure recette pour se rapprocher du milieu culturel. Après avoir décidé de maintenir les compressions de 45 millions dans les programmes culturels décrétées à la veille des élections, voilà qu'ils en remettent.

Réunis en congrès la semaine prochaine à Winnipeg, ils discuteront d'une résolution sur l'abolition des redevances imposées aux disques compacts et cassettes vierges, des supports qui permettent de faire des copies audio.

Marie-Denise Pelletier, présidente d'Artisti, société de gestion collective de l'Union des artistes, est furieuse.

Ils nous enlèvent le pain de la bouche

Marie-Denise Pelletier

Ces redevances aux artistes sont de 24 ¢ pour les cassettes et de 21 ¢ pour les autres supports. Elles ont rapporté 28 millions de dollars en 2007 aux auteurs, compositeurs, interprètes et producteurs du pays.

Depuis 2000, ce sont 138 millions qui ont été distribués aux 97 000 auteurs, compositeurs, interprètes et autres ayant droit. Cette année, on parle d'une trentaine de millions de dollars.

Les redevances sont distribuées proportionnellement à la radiodiffusion de l'oeuvre et au nombre de ventes d'un album.

À titre d'exemple, la chanteuse et présidente d'Artisti a reçu en redevances 32 000 $ depuis 10 ans. « Ce n'est pas une taxe, c'est notre salaire, dit-elle, et ça peut faire la différence en fin d'année pour certains artistes. »

Après avoir perdu, en début d'année, une bataille sur les enregistreurs et balladeurs audionumériques, comme les iPod, Mme Pelletier trouve les conservateurs « bien effrontés » de vouloir enlever les redevances imposées aux CD et aux cassettes vierges. Elle accuse les conservateurs de succomber au lobbying des grandes compagnies de fabricants de cassettes ou de CD, comme Sony, qui ne veulent pas des redevances.

La situation est d'autant plus grave qu'on se dit que d'ici quelques années, il n'y aura peut-être plus de support audio comme les cassettes et les CD, donc plus de redevances. C'est pour cette raison que Mme Pelletier n'abandonne pas le combat pour qu'on applique le système de redevances aux enregistreurs audionumériques, comme cela se fait en Europe.

La Société de gestion collective de l'Union des artistes se rendra donc à Winnipeg, la semaine prochaine, avec sa contrepartie anglophone, pour sensibiliser les conservateurs à la nécessité de conserver le système de redevances. « Car si personne ne paye [pour la propriété intellectuelle], aussi bien avoir des subventions », dit Mme Pelletier.

Des dizaines de millions de pertes

Si la résolution sur l'abolition des redevances devait être adoptée au congrès de la semaine prochaine, ce serait un autre dur coup pour le milieu culturel.

Le nouveau ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, a déclaré à la Presse canadienne cette semaine qu'il n'était pas question d'annuler les compressions de 45 millions de dollars décrétées à la veille des élections fédérales, et qu'il fallait se concentrer sur l'avenir.

« Ces décisions sont déjà prises, sont dans le passé. Mais dans le futur, il y a certainement des opportunités pour examiner nos dépenses », a-t-il dit.

Le ministre affirme qu'il est prêt à rencontrer les organismes culturels, dont l'UDA, pour « bâtir des ponts » et discuter avec eux « des sortes de dépenses et d'investissements qui vont être d'un grand bénéfice » pour les créateurs et pour les communautés.

On se souviendra que les compressions des conservateurs, annoncées tout juste avant les dernières élections fédérales, avaient considérablement irrité les artistes du Québec. Ils ont d'ailleurs souvent manifesté contre les conservateurs, ce qui, selon des observateurs, a coûté beaucoup de votes au parti de Stephen Harper.

Même si l'UDA a décidé de « donner la chance au coureur », elle est quand même surprise de la vitesse à laquelle le ministre a rejeté toute possibilité de revenir sur les compressions.

Elle a demandé une rencontre avec le ministre. Son bureau a dit que cela devrait se faire dans les prochaines semaines.

M. Moore se défend bien d'être mandaté pour réparer les pots cassés. Il veut surtout redorer l'image du parti, qui, selon lui, a investi davantage dans la culture que tout autre gouvernement fédéral depuis les années 1970.

James Moore

Âgé de 32 ans, James Moore, originaire de la Colombie-Britannique, a été élu pour la première fois à la Chambre des communes en 2000, sous la bannière de l'Alliance canadienne. Auparavant, il a été animateur de radio et il a enseigné la politique dans un collège.

M. Moore est aussi responsable des langues officielles. Il continue aussi de superviser l'organisation des Jeux olympiques et des activités associées, comme le relais de la flamme olympique.

Avec les informations de La Presse canadienne