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Qui élit le président?

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Suffrage universel indirect, grands électeurs, Collège électoral, winner takes all: voici quelques clés pour comprendre le mécanisme par lequel notre puissant voisin choisit son chef d'État.

Pour qui les Américains votent-ils?

Contrairement à d'autres régimes présidentiels, le chef d'État des États-Unis n'est pas élu en vertu du principe « un électeur, un vote ». Les Américains votent plutôt au suffrage universel indirect.

Tous les citoyens américains en âge de voter peuvent exercer leur droit de vote lors de l'élection présidentielle, mais ils ne choisissent pas directement le chef d'État et son colistier.

Ils désignent plutôt des intermédiaires - les grands électeurs- à qui revient la responsabilité d'élire le président et le vice-président. L'ensemble des grands électeurs forment le Collège électoral, institué lors de l'adoption de la Constitution, en 1787. Se méfiant du jugement des électeurs, les pères fondateurs ont ainsi érigé un tampon, formé d'élites, entre eux et leurs dirigeants.

Le résultat du scrutin ne reflète donc pas toujours le vote populaire.

Que sont les grands électeurs?

Un électeur de l'Iowa glisse son bulletin de vote dans un lecteur optique lors du scrutin de 2000.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un électeur de l’Iowa glisse son bulletin de vote dans un lecteur optique lors du scrutin de 2000.

Photo : Presse canadienne

Les partis présentent dans chaque État une liste distincte de grands électeurs, dont le rôle est essentiellement honorifique. Dans la plupart des État, ce sont toutefois les noms des candidats à la présidence et à la vice-présidence qui apparaissent sur le bulletin de vote.

Au total, on dénombre 538 grands électeurs.

Le nombre de grands électeurs d'un État correspond au nombre d'élus dont il dispose au Congrès, soit deux sénateurs plus le nombre de ses représentants à la Chambre, qui, lui dépend de sa population. Il faut ajouter à ce nombre les trois électeurs du district de Columbia (Washington D. C.). La composition du Collège électoral est révisée tous les dix ans pour tenir compte des changements démographiques.

Plus un État est populeux, plus le poids politique qu'il exerce est important. La Californie compte par exemple 55 grands électeurs, et le Texas, 34. Sept des 50 États (Californie, Texas, New York, Floride, Pennsylvanie, Illinois et Ohio) totalisent à eux seuls 209 grands électeurs. Au minimum, un État compte trois grands électeurs.

La grande majorité des États ont adopté le système du winner takes all. Lorsqu'un candidat l'emporte dans un État, ne serait-ce qu'avec un vote de plus, il fait automatiquement élire sa liste entière de grands électeurs.

Seuls le Maine et le Nebraska font exception. Dans ces deux États, les grands électeurs sont répartis entre plusieurs districts électoraux et élus à la majorité des votes dans chaque district. Le candidat présidentiel qui recueille la majorité des voix à l'échelle de l'État obtient deux voix supplémentaires de grands électeurs.

Pour être élu, le président doit récolter la majorité absolue des voix des grands électeurs, soit 270 voix sur 538. Il est à noter qu'en théorie (et cela s'est produit), un grand électeur peut s'abstenir d'appuyer son candidat. Le système du Collège électoral explique pourquoi un président peut être élu même s'il n'a pas obtenu la majorité des votes à l'échelle nationale.

Quels sont les précédents où le gagnant du vote populaire a perdu l'élection?

2000 :

Débat entre George W. Bush et Al Gore en 2000Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : La Presse canadienne / AP/Eric Gay

L'exemple le plus récent est l'élection qui opposa Al Gore à George W. Bush. Le candidat démocrate recueillit 48,38 % des voix contre 47,87 % pour son rival... qui remporta pourtant la présidence au terme d'une bataille politico-juridique longue et controversée à la suite d'irrégularités électorales en Floride. Le vice-président sortant dut se contenter de l'appui de 266 grands électeurs, tandis que son rival le dépassait, avec le soutien de 271 grands électeurs.



1824 : La situation se produisit une première fois en 1824. Devant la dissolution du Parti fédéraliste, quatre candidats du Parti démocrate-républicain se firent la lutte lors de l'élection. Arrivé en tête des suffrages, Andrew Jackon obtint toutefois moins de grands électeurs que John Quincy Adams, William H. Crawford et Henry Clay. La décision revint à la Chambre des représentants, qui devait trancher entre les trois candidats ayant le plus d'appuis de grands électeurs. Éliminé, le quatrième candidat donna son appui à John Quincy Adams, ce qui eut un impact sur le vote en Chambre. Le Parti se scinda en deux quelques années après.

1876 : Lors de ce qui fut sans doute l'élection la plus contestée du XIXe siècle, le démocrate Samuel Tilden gagna le vote populaire lors d'une élection marquée par les fraudes électorales. Fort de l'appui de 184 grands électeurs, il devançait Rutherford B. Hayes, soutenu par 165 grands électeurs avant que ne soient connus les résultats de la contestation des résultats dans quatre États (dont la Floride). Une commission électorale de 15 membres (7 républicains, 7 démocrates et 1 indépendant, qui fut éventuellement remplacé par un républicain) trancha en faveur du républicain. Toutefois, les démocrates accordèrent leur appui au parti adverse en échange d'une politique qui mit fins aux gains effectués par les Noirs après la guerre de Sécession.

1888 : Le démocrate Grover Cleveland battit son rival républicain, Benjamin Harrison, par moins de 1 % des suffrages exprimés. Dans ce cas, c'est la nature même du Collège électoral qui favorisa le républicain, celui-ci ayant récolté les votes de 233 des 401 grands électeurs.

Qu'arrive-t-il en cas d'égalité?

Si chacun des candidats recueille le même nombre de votes des grands électeurs, le choix du président revient à la Chambre des représentants, et celui du vice-président au Sénat. En théorie, le Sénat peut même opter pour un vice-président d'un autre parti que celui du président désigné. Il faut noter qu'advenant une égalité, chaque État ne dispose que d'un vote et non d'un nombre qui dépend de sa représentation à la Chambre.

Quand les Américains votent-ils?

L'élection présidentielle se déroule tous les quatre ans, à date fixe. Le scrutin a lieu le premier mardi suivant le premier lundi du mois de novembre. À l'origine, cela permettait aux agriculteurs d'aller voter, puisque les récoltes étaient terminées. Il faut en outre se rappeler que certains électeurs devaient voyager sur de longues distances pour aller voter: le choix du mardi plutôt que du lundi leur permettait d'assister à la messe du dimanche.

Quelles sont les principales dates après le scrutin?

  • En vertu de la Constitution, les grands électeurs désignés dans chaque État officialisent le choix des électeurs le lundi suivant le deuxième mercredi de décembre. Cette année, ce sera le 15 décembre.
  • Le 6 janvier, les résultat sont annoncés formellement.
  • Le 20 janvier (le lendemain, s'il s'agit d'un dimanche), le président prête serment et prononce son discours d'investiture.

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