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Le spectre de la récession

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Outre les phénomènes propres aux marchés, le spectre de la récession plane sur l'économie réelle et contribue à la volatilité. « On ignore la mesure de cette crise financière sur les marchés réels. On est extrêmement attentifs à tous les indicateurs qui évoqueraient un ralentissement de l'économie », note Daniel Racette, de HEC Montréal. Il estime d'ailleurs que les marchés vont probablement surréagir à toute nouvelle à saveur économique.

Christian Deblock, directeur du Centre d'études sur l'intégration et la mondialisation de l'UQAM, abonde dans son sens: « On ne connaît pas l'ampleur de tous ces problèmes financiers, ni de ceux de l'économie réelle ».

On sait qu'il y a des problèmes structurels aux États-Unis, on s'interroge sur l'impact dans les pays émergents et dans les paradis fiscaux - le cas de l'Islande l'illustre, et la Chine est de plus en plus inquiète.

Christian Deblock, professeur à l'UQAM

Les États-Unis devraient d'ailleurs connaître une récession, selon M. Racette. Le Canada pourrait mieux s'en sortir, croit-il, et éviter une crise financière. Si la situation américaine devrait causer quelques contrecoups au pays, il souligne que l'« on part d'une économique qui était extrêmement vigoureuse ». Et à plus long terme, le Canada continuera de disposer de matières premières, ce qui lui assure une certaine prospérité une fois la crise passée, selon lui.

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« Réformer le capitalisme »

Dans ce contexte d'incertitude, les gouvernements ont-ils pris des mesures suffisantes? Selon Daniel Racette, il fallait agir, afin de rassurer les marchés et éviter une crise de liquidités. « Si les marchés des liquidités sont figés, l'économie ne peut pas tourner », dit-il. Mais il reste prudent au sujet de l'efficacité des mesures gouvernementales: « Espérons que ce soit les bonnes mesures ».

Sarkozy-Bush-Camp-DavidAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nicolas Sarkozy et George Bush à Camp David

Photo : AFP / Ludovic

Plusieurs chefs d'État évoquent aussi une intervention plus profonde, le président français Nicolas Sarkozy plaidant pour une « réforme du capitalisme ». Des rencontres internationales devraient avoir lieu dans les prochains mois à ce sujet.

Effet de toge? Christian Deblock se montre critique de ces déclarations: « Ça prend autre chose que des déclarations à l'emporte-pièce. [...] Les gouvernements seraient plus honnêtes en admettant qu'ils ne savent pas ».

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Évoquer cette « réforme » provoque un éclat de rire chez Daniel Racette. « Je ne suis pas sûr que les marchés soient rassurés par l'idée d'un capitalisme avec beaucoup plus de réglementation et de régulation. Ça peut les inquiéter », croit-il.

Ce professeur note toutefois qu'il faut « tirer les leçons de ce qui s'est passé », évoquant des « gestes illégaux ».

Des gens sont allés trop loin. Et l'effet multiplicateur de titres émis sur d'autres qui n'étaient pas assez solides, sans en avoir assez évalué les risques, amène les pouvoirs publics à devoir éponger.

Daniel Racette, professeur à HEC Montréal

Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d'économie en 2001, se montre aussi critique. Dans le quotidien britannique The Guardian, il écrivait en septembre: « Nous nous sommes habitués à l'hypocrisie. Les banques rejettent toute suggestion de régulation, repoussent toute mesure antitrust - et quand les problèmes surviennent, elles demandent tout à coup l'intervention de l'État: elles doivent être renflouées, elles sont trop grosses, trop importantes pour être autorisées à l'échec ».

Réglementer ou pas?

Mais un renforcement de la réglementation ne fait pas l'unanimité. Le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, évoque plutôt une « crise de la réglementation », dans une lettre d'opinion publiée dans le quotidien La Presse.

Il estime que les ressources consacrées aux organismes américains dont le mandat est spécifiquement lié à la réglementation de la finance et des banques ont plus que triplé depuis 1980. Il assure aussi que « le marché américain des hypothèques résidentielles était déjà, avant la crise, l'un des plus étatisés en Occident ».

Gardons-nous, quand la crise actuelle sera apaisée, de continuer à réglementer et à contrôler encore et toujours davantage, car la croissance exponentielle du fardeau réglementaire n'a rien fait de bon pour empêcher la crise actuelle, bien au contraire.

Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du Québec

De l'autre côté du spectre idéologique, trois membres de l'organisation altermondialiste ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'aide aux citoyens) ont rappelé leurs revendications dans les pages du quotidien Le Monde: « La taxation des transactions financières et des revenus financiers est devenue une nécessité impérieuse, non seulement pour rétablir un contrôle des mouvements de capitaux, mais aussi pour financer les biens publics mondiaux », écrivent Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon.

Rassurer

Pas de solution miracle, donc. Mais Daniel Racette estime qu'il faut laisser le temps aux marchés de prendre la mesure des actions gouvernementales. Et d'avancer une autre piste: rassurer.

Du même souffle, il précise qu'une récession, « ce n'est pas la fin du monde ».

« Les récessions durent de 8 à 14 mois et l'économie reprend. Les phases d'expansion sont beaucoup plus longues », souligne-t-il.

Son confrère Christian Deblock croit que le gouvernement peut avoir un rôle à jouer dans la relance de l'économie réelle, notamment au niveau des infrastructures routières, des réseaux de la santé, de l'éducation et de la recherche. Il note que ces mesures, sorte de nouveau « new deal », constituent une proposition centrale du programme du candidat démocrate aux présidentielles, Barack Obama. Toutefois, « les États-Unis ne sont plus les États-Unis de 1929, ce n'est pas l'Amérique triomphante », ce qui requiert de la prudence et des actions concrètes.

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M. Deblock suggère donc aux acteurs impliqués de s'asseoir autour d'une même table, rappelant au passage que les accords de Bretton Woods, destinés à stabiliser l'économie mondiale après le krach de 1929, ne sont entrés en vigueur qu'en 1944, soit 15 plus tard.

Les propositions du Groupe international de recherche en éthique financière et fiduciaire

Robert Pouliot et Michel Roux, respectivement associé principal de Rating Capital Partners et doyen de la Faculté de sciences économiques et de gestion de l'Université Paris13, ont écrit une lettre ouverte dans Le Devoir, afin de faire part de leurs recommandations.

Ils estiment nécessaire de:

  • Limiter la taille des institutions canadiennes en ouvrant le marché à la concurrence et en cessant de les surprotéger contre le capital et les marchés étrangers;
  • Revoir le modèle d'assurance-dépôt pour plafonner le risque couvert par chaque institution au profit d'une couverture plus large ou imposer des « primes de taille »;
  • Revoir le modèle de « banque universelle », intégrant tous les services financiers sous le même toit, au moment où de plus en plus de banques internationales reviennent sur leur pas.

« Si petites soient-elles sur le marché international, les banques canadiennes sont devenues trop grandes pour permettre aux régulateurs d'assurer la protection des déposants », ont-ils écrit.

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