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Et ensuite?

Radio-Canada

Les déboires financiers suscitent de l'inquiétude, mais aussi des débats dans l'espace public. Lors d'un entretien à France Inter, Jacques Attali, économiste qui a présidé la commission pour la libération de la croissance française en 2007 et qui milite pour le microcrédit, a donné le ton, estimant que le capitalisme financier « est en train de gagner ».

« [Le capitalisme financier] a empoché ses bonus et maintenant il fait payer ses pertes par les contribuables. S'ils refusent de payer, comme il y a beaucoup d'argent qui va être émis par les banques centrales, une inflation va se déclencher. Ce ne seront plus les contribuables qui vont payer, mais les consommateurs et les épargnants », a-t-il déclaré.

Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d'économie en 2001, se montre aussi critique. Dans le quotidien britannique The Guardian, il écrivait en septembre: « Nous nous sommes habitués à l'hypocrisie. Les banques rejettent toute suggestion de régulation, repoussent toute mesure antitrust - et quand les problèmes surviennent, elles demandent tout à coup l'intervention de l'État: elles doivent être renflouées, elles sont trop grosses, trop importantes pour être autorisées à l'échec ».

Tout cela a été fait au nom de l'innovation et toute tentative de régulation était battue en brèche sous prétexte que cela supprimerait l'innovation. [...] Malheureusement, ils ont eu trop de succès et nous tous - propriétaires de maison, travailleurs, investisseurs, contribuables - en payons le prix.

Joseph Stiglitz, économiste

Dans un billet au vitriol, Gabor Steingart, le correspondant à Washington du magazine allemand Der Spiegel, a lui aussi tiré sur l'ingénierie financière. « Le capitalisme sans capital » ne peut, selon lui, fonctionner. Et de conseiller aux Américains d'entamer un dialogue avec leur gouvernement, avec le mot frugalité en tête.

Réglementer ou pas?

Mais un renforcement de la réglementation ne fait pas l'unanimité. Le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, évoque plutôt une « crise de la réglementation », dans une lettre d'opinion publiée dans le quotidien La Presse.

Il estime que les ressources consacrées aux organismes américains dont le mandat est spécifiquement lié à la réglementation de la finance et des banques ont plus que triplé depuis 1980. Il assure aussi que « le marché américain des hypothèques résidentielles était déjà, avant la crise, l'un des plus étatisés en Occident ».

Gardons-nous, quand la crise actuelle sera apaisée, de continuer à réglementer et à contrôler encore et toujours davantage, car la croissance exponentielle du fardeau réglementaire n'a rien fait de bon pour empêcher la crise actuelle, bien au contraire.

Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du Québec

De l'autre côté du spectre idéologique, trois membres de l'organisation altermondialiste ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'aide aux citoyens) ont rappelé leurs revendications dans les pages du quotidien Le Monde: « La taxation des transactions financières et des revenus financiers est devenue une nécessité impérieuse, non seulement pour rétablir un contrôle des mouvements de capitaux, mais aussi pour financer les biens publics mondiaux », écrivent Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon.

Contenir la crise financière, non, c'est trop tard. Faire reculer l'emprise de la finance qui en est la source, il est plus que temps.

ATTAC

M. Stiglitz appelle, quant à lui, le gouvernement américain à intervenir sur les prestations de chômage, et l'aide aux États et localités « qui, autrement, devront diminuer leurs dépenses, aggravant la situation de l'économie ».

Les propositions du Groupe international de recherche en éthique financière et fiduciaire

Robert Pouliot et Michel Roux, respectivement associé principal de Rating Capital Partners et doyen de la Faculté de sciences économiques et de gestion de l'Université Paris13, ont écrit une lettre ouverte dans Le Devoir, afin de faire part de leurs recommandations.

Ils estiment nécessaire de:

  • Limiter la taille des institutions canadiennes en ouvrant le marché à la concurrence et en cessant de les surprotéger contre le capital et les marchés étrangers;
  • Revoir le modèle d'assurance-dépôt pour plafonner le risque couvert par chaque institution au profit d'une couverture plus large ou imposer des « primes de taille »;
  • Revoir le modèle de « banque universelle », intégrant tous les services financiers sous le même toit, au moment où de plus en plus de banques internationales reviennent sur leur pas.

« Si petites soient-elles sur le marché international, les banques canadiennes sont devenues trop grandes pour permettre aux régulateurs d'assurer la protection des déposants », ont-ils écrit.