•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les effets de la déréglementation

Un courtier à la bourse de Chicago

Photo : AFP / Amanda Rivkin

Radio-Canada

Radio-Canada.ca fait le point sur la responsabilité des pouvoirs publics dans la crise financière qui secoue les marchés.

Outre la responsabilité des institutions financières de Wall Street et des autres bourses qui reste à définir, celle des pouvoirs publics suscite bien des interrogations. Auraient-ils pu éviter cette crise?

Radio-Canada.ca se penche sur les responsabilités de chacun.

Le système?

Selon le financier George Soros, le système pourrait éclater, conséquence de l'idéologie du laisser-faire et de l'autorégulation qu'il qualifie d'« intégrisme de marché ». Il estime, dans un entretien au quotidien français Le Monde, que les autorités de contrôle ont « laissé se développer un marché du crédit monstrueusement étendu ».

Une accusation que Jean Boivin, professeur à l'Institut d'économie appliquée à HEC Montréal, nuance: « Dans un monde où de nouveaux outils financiers sont introduits, qu'on comprend à l'usage, c'est difficile d'imaginer comment arriver à réglementer tout ça », explique-t-il. (Écoutez l'extrait)

Il ajoute que « la banque centrale doit rester isolée de toute pression politique », même si « les lignes peuvent devenir floues en temps de crise ».

Pour Jacques Généreux, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris et auteur de La Dissociété, l'État américain paie le prix de la déréglementation. « Ce n'est pas la finance qui est devenue folle, c'est l'État américain qui l'est. Il l'a laissée prospérer et elle risque de tout emporter! Il joue l'État pompier, alors que c'est lui l'incendiaire », a-t-il déclaré au quotidien Libération.

Le gendarme boursier américain?

Christopher Cox, président de la Securities and Exchange CommissionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christopher Cox, président de la Securities and Exchange Commission

Photo : Mark Wilson

La Securities and Exchange Commission (SEC) est montrée du doigt en premier. Le candidat républicain à la présidentielle, John McCain, a même menacé de licencier son président s'il était élu (ce que le chef de l'État n'a pas les pouvoirs de faire).

La SEC est chargée d'appliquer six grandes lois financières. La dernière en date est la loi Sarbanes-Oxley, adoptée en 2002 dans la foulée du scandale Enron. Mais le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, et le président de la SEC, Christopher Cox, ont tenté d'assouplir cette loi, afin que Wall Street reste attractif aux yeux des investisseurs.

M. Paulson veut aussi réformer le système de surveillance et fusionner la SEC avec son pendant sur les marchés à terme, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Le cadre réglementaire de cette dernière pourrait prendre le dessus, cadre qui penche du côté de l'autorégulation.

Et sur un marché où de nouveaux produits financiers apparaissent constamment, la SEC peine à suivre. Face aux papiers commerciaux adossés à des actifs, elle s'est montrée impuissante.

Le président du gendarme boursier demandait d'ailleurs au Congrès, mercredi, de lui donner autorité sur les swaps sur défaillance de crédits (CDS). Ces contrats, qui couvrent les mauvaises créances des entreprises, représentent 58 000 milliards de dollars.

La Réserve fédérale américaine?

La Réserve fédérale américaine a tenté d'établir la fiabilité financière de plusieurs entreprises de Wall Street en mars dernier. Parmi les entreprises visées, Lehman Brothers, qui a subi la déroute en septembre.

À défaut d'avoir vu venir la crise, la Fed a tenté de l'endiguer en ouvrant les vannes. Au mois de septembre, elle a injecté 120 milliards de dollars en prêts aux banques et accordé un prêt de 85 milliards de dollars à l'assureur AIG, au bord de la faillite.

En plus d'injecter des liquidités sur le marché américain, elle a signé des swaps avec des banques centrales étrangères, dont celle du Canada, pour un montant total de 277 milliards de dollars américains. Un accord de swap permet aux banques centrales de se prêter réciproquement des liquidités à court terme, afin de stabiliser le système financier du pays emprunteur.

Mais malgré ces interventions, plusieurs s'interrogent à propos de la mission de la Réserve fédérale américaine. Contrairement à la Banque du Canada ou à la Banque centrale européenne, elle doit limiter l'inflation et veiller à la croissance - deux objectifs qui peuvent paraître contradictoires. les deux autres se limitent à l'inflation.

Jean Boivin note que, malgré ces différences de mission, toutes les banques centrales doivent « maximiser une croissance soutenable ». Il évoque « l'art » de concilier croissance et inflation, tout en estimant que le mandat de la Fed est cohérent (écoutez l'extrait).

Alan Greenspan?

Alan GreenspanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alan Greenspan

Photo : La Presse canadienne / AP/Lauren Victoria Burke

Outre le marché, d'autres personnes sont appelées au banc des accusés. Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed), arrive en tête de liste. Plusieurs analystes estiment que sa politique de déréglementation a permis des abus dans le système financier.

Sur ce point, Jean Boivin rappelle que M. Greenspan avait été averti des risques des papiers commerciaux adossés à des actifs en 2004. (Écoutez l'extrait)

Et quelles solutions?

Si les experts ne s'entendent pas sur les coupables, ils divergent aussi sur les solutions. Jacques Généreux recommande d'encadrer la libre circulation des capitaux et de créer des agences de notation publiques.

Il faut arrêter d'avoir une confiance aveugle en le marché comme seule règle de prospérité.

Jacques Généreux, auteur de La Dissociété

Les membres du Congrès sont finalement parvenus à un accord sur un plan de sauvetage de plusieurs centaines de milliards de dollars proposé par le président George W. Bush. Ce plan vise notamment à racheter les mauvaises créances des banques américaines afin de les revendre lorsque le marché sera stabilisé.

La Securities and Exchange Commission (SEC) a, de son côté, interdit temporairement les ventes à découvert (VAD) sur les valeurs financières, tout comme son équivalent britannique. Cette mesure était nécessaire, estime M. Boivin: « Il semble effectivement que les ventes à découvert aient nui à certaines banques, sans refléter leur cours. Il est donc raisonnable de vouloir limiter ces ventes ».

Il précise toutefois que les VAD sont nécessaires à la bonne santé financière des marchés (écoutez l'extrait).

Quant à George Soros, il ne voit qu'une solution: « tout le système financier américain doit être repensé ».

Avec les informations de Agence France-Presse, La Tribune, Le Monde, et Libération