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À la recherche d'un coupable

Un courtier à la bourse de Chicago

Photo : AFP / Amanda Rivkin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La crise financière soulève la question de la responsabilité des pouvoirs publics par rapport aux entreprises financières. Radio-Canada.ca en discute avec Jean Boivin, professeur à HEC Montréal.

L'univers de la finance commence à reprendre ses esprits, après la crise qui a secoué les marchés boursiers. Et il commence à chercher un coupable. Outre la responsabilité des entreprises financières de Wall Street et des autres bourses qui reste à établir, celle des pouvoirs publics suscite des questions.

Radio-Canada.ca tente d'identifier les responsabilités de chacun avec Jean Boivin, professeur à l'Institut d'économie appliquée à HEC Montréal.

Le système?

Selon le financier George Soros, le système pourrait éclater, conséquence de l'idéologie du laisser-faire et de l'autorégulation qu'il qualifie d'« intégrisme de marché ». Il estime, dans un entretien au quotidien français Le Monde, que les autorités de contrôle ont « laissé se développer un marché du crédit monstrueusement étendu ».

Une accusation que Jean Boivin nuance: « Dans un monde où de nouveaux outils financiers sont introduits, qu'on comprend à l'usage, c'est difficile d'imaginer comment arriver à réglementer tout ça », explique-t-il.

Alan Greenspan?

Outre le marché, d'autres personnes sont appelées au banc des accusés. Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed), arrive en tête de liste. Plusieurs analystes estiment que sa politique de déréglementation a permis des abus dans le système financier.

Sur ce point, Jean Boivin rappelle que M. Greenspan avait été averti des risques des papiers commerciaux adossés à des actifs en 2004. (Écoutez l'extrait)

La mission de la Fed?

Un autre élément montré du doigt porte sur la mission de la Réserve fédérale américaine. Contrairement à la Banque du Canada ou à la Banque centrale européenne, elle doit limiter l'inflation et veiller à la croissance. Ses deux homologues se limitent à l'inflation.

Jean Boivin note que, malgré ces différences de mission, toutes les banques centrales doivent « maximiser une croissance soutenable ». Il évoque « l'art » de concilier croissance et inflation, tout en estimant que le mandat de la Fed est cohérent (écoutez l'extrait).

La déréglementation?

Pour Jacques Généreux, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris et auteur de La Dissociété, l'État américain paie le prix de la déréglementation. « Ce n'est pas la finance qui est devenue folle, c'est l'État américain qui l'est. Il l'a laissé prospérer et elle risque de tout emporter ! Il joue l'État pompier, alors que c'est lui l'incendiaire », a-t-il déclaré au quotidien Libération.

Et quelles solutions?

Si les experts ne s'entendent pas sur les coupables, ils divergent aussi sur les solutions. M. Généreux estime qu'il faut « arrêter d'avoir une confiance aveugle en le marché comme seule règle de prospérité ». Il recommande d'encadrer la libre circulation des capitaux et de créer des agences de notation publiques.

Les pouvoirs publics essaient maintenant d'arrêter la crise financière. La Securities and Exchange Commission (SEC) a interdit temporairement, vendredi, les ventes à découvert (VAD) sur les valeurs financières, tout comme son homologue britannique. Cette mesure était nécessaire, estime M. Boivin : « Il semble effectivement que les ventes à découvert aient nui à certaines banques, sans refléter leur cours. Il est donc raisonnable de vouloir limiter ces ventes ».

Il précise toutefois que les VAD sont nécessaires à la bonne santé financière des marchés (écoutez l'extrait).

Dans tous les cas, Jean Boivin considère nécessaire de « s'assurer que la banque centrale reste isolée de toute pression politique » (écouter l'extrait).

Quant à George Soros, il ne voit qu'une solution: « tout le système financier américain doit être repensé ».

Avec les informations de Agence France-Presse, Libération, et Le Monde

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