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Un humanisme sans limite

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les projecteurs sont braqués sur Michèle Pierre-Louis, nouvelle première ministre d'Haïti, depuis que son nom a été évoqué par le président René Préval, début juillet 2008. Sa désignation a été confirmée le 17 juillet, date qui semble marquer un tournant dans l'histoire politique du pays.

Née à Jérémie, en Haïti, le 5 octobre 1947, sous le nom de Michèle Duvivier Pierre-Louis, la nouvelle première ministre haïtienne est revenue au pays en 1976, après la chute du régime Duvalier. Elle a depuis consacré sa vie à l'engagement sous toutes ses formes. Qu'il s'agisse des domaines humanitaire (approvisionnement en eau), social (accès à l'éducation, lutte pour l'alphabétisation), économique (cours d'introduction à l'économie et au monde des affaires, soutien financier aux études). Tout cela afin d'aider ses concitoyens dans leur lutte pour une vie meilleure, tout en encourageant la responsabilisation de tout un chacun.

« Nous ne pouvons continuer à vivre dans un pays où la majorité est exclue des droits et des responsabilités de la citoyenneté. Le siècle prochain devra être pour Haïti le siècle de la citoyenneté. Nous devons faire de ce pays un lieu vivable pour tous, un pays que nous voulons construire et non détruire... »

Un parcours hors normes

Diplômée d'une maîtrise en sciences économiques de l'Université Queens de New York (1976), Mme Pierre-Louis s'est illustrée dans différents secteurs d'activité, oeuvrant aussi bien dans le public que dans le privé.

Elle a notamment travaillé à titre de directrice adjointe de l'Aéroport (1979-1982) et s'est ensuite tournée vers le privé, où elle a occupé le poste de directrice de crédit à la Bank of Nova Scotia (1976-1979) et celui de chargée de l'administration et des ressources humaines à la Société financière haïtienne de développement (de 1983 à 1984).

Son désir d'améliorer les rouages financiers de son pays natal ne la quittera jamais. En 1991, elle est mandatée par le président de l'époque, Jean-Bertrand Aristide, pour redéfinir la coordination entre la présidence et les ministres et pour prendre en compte les demandes des organisations paysannes pour la réforme agraire.

Dans le cadre de la Fondation Connaissance et Liberté, baptisée FOKAL, que Mme Pierre-Louis a créée en 1995, elle a mis sur pied un programme d'éducation économique (dès 1998) visant à permettre aux jeunes Haïtiens de bénéficier de la participation de la communauté des affaires. Des acteurs de la vie économique au pays s'engagent à donner huit heures de cours d'introduction à l'économie et à l'entreprenariat aux écoliers du secondaire au moyen d'une méthodologie d'apprentissage par l'action.

La fondation Connaissance et Liberté, connue sous le nom de FOKAL, est dirigée par Michèle Pierre-Louis depuis sa création, en 1995. Elle possède plusieurs ramifications qui ont toutes comme point commun l'engagement. En plus du secteur économique, la mission de la Fondation comprend notamment:

  • le soutien aux bibliothèques de proximité pour garantir un meilleur accès à la culture;
  • un programme de débats sous forme de joutes oratoires pour les jeunes;
  • un plan d'action pour un meilleur accès à la ressource naturelle qu'est l'eau (21 % seulement de la population bénéficie des services d'un fournisseur dans le domaine au pays) tout en gardant en tête le souci de la préservation de l'environnement et en stimulant le leadership des populations locales et l'organisation et la responsabilité citoyennes;
  • un programme de soutien financier pour les élèves défavorisés qui ont des aptitudes à poursuivre des études universitaires.

L'implication de la nouvelle première ministre auprès des Haïtiens et Haïtiennes se traduit également dans son rôle auprès d'associations de femmes rurales. Elle y anime une formation destinée aux accoucheuses traditionnelles du Nord-Ouest.

Depuis 1986, Mme Pierre-Louis est « formateur national » à la campagne d'alphabétisation de Mission Alpha, le programme national d'alphabétisation de l'Église catholique d'Haïti.

Son dévouement pour les Haïtiens lui a valu le titre de docteur honoris causa pour son travail humanitaire, décerné par le College Saint Michael's du Vermont en 2004.

Une sensibilité qui s'exprime aussi dans l'écriture

Michèle Pierre-Louis a publié dans Boutures, revue des éditions Mémoire, et elle fait partie du collectif de rédaction de la revue haïtiano-caribéenne Chemins critiques à laquelle elle participe depuis 1989. Elle a également gagné le premier prix d'un concours de nouvelles lancé en 2001 par « Women Writers' of Haitian Descent », un groupe de femmes écrivaines d'origine haïtienne vivant aux États-Unis.

Nouvelle venue en politique

Amie de longue date de René Préval, c'est la première fois que Mme Pierre-Louis accepte de faire le saut dans l'arène politique. Sa nomination a fait l'objet d'une controverse en Haïti concernant son orientation sexuelle. Une coalition d'intellectuels, d'artistes et d'organisations féministes et patronales s'est portée à la défense de la première ministre, affirmant que cela n'avait aucun rapport avec sa compétence à occuper le poste.

Interrogée par le journal Le Monde au sujet de sa désignation comme première ministre à la tête d'Haïti, Mme Pierre-Louis déclare « On me demande d'entrer en politique depuis vingt ans. J'avais toujours refusé. Cette fois, j'ai dit à René Préval que j'allais essayer ». À l'origine de sa décision, la nouvelle première ministre évoque le nom de Georges Souros, le milliardaire américain qui lui a fourni le financement pour monter sa fondation, FOKAL. « Soros m'a poussée à accepter en me disant que le vent tourne aux États-Unis grâce à Barack Obama ».

Reconnue pour son intégrité, Mme Pierre-Louis a indiqué au journal Le Monde sa vision des choses, à partir de son entrée en poste: « Il faut travailler les poches d'espérance et je souhaite qu'avec ou sans moi quelque chose se déclenche. Je ne peux pas ne pas continuer d'espérer, parce que je crois en l'être humain, en sa perfectibilité, je ne peux pas et je ne veux pas désespérer. C'est une position éthique, personnelle ».

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