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Après les mots, des vidéos

Extrait d'un interrogatoire d'Omar Khadr
Radio-Canada

Des vidéos d'interrogatoires d'Omar Khadr par le Service canadien du renseignement de sécurité sont maintenant publiques. Les images ont été tournées en 2003, à Guantanamo.

Les avocats du Canadien Omar Khadr, incarcéré sans procès depuis près de six ans dans le camp américain de Guantanamo, viennent de publier, mardi, des vidéos d'interrogatoires de leur client par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Les images ont été tournées en 2003 dans une salle d'interrogatoire de Guantanamo grâce à une caméra dissimulée. Il y a, en tout, cinq cassettes vidéo sur lesquelles on voit les agents du SCRS et un employé du ministère canadien des Affaires étrangères qui interrogent le jeune Khadr, alors âgé de 16 ans.

On lui pose des questions sur sa foi en l'islam et sur des membres d'Al-Qaïda qu'il aurait apparemment rencontrés en Afghanistan lorsqu'il était encore un enfant.

Pour en savoir plus

Consultez le rapport des interrogatoires d'Omar Khadr menés par le SCRS (en anglais, en format PDF).

Durant l'un des interrogatoires, dont des extraits ont été diffusés dans Internet, Khadr lève son chandail pour laisser voir les blessures au dos et à l'estomac qu'il a subies lors du combat en Afghanistan.

« Je ne suis pas docteur, mais je crois que vos soins sont adéquats », répond l'interrogateur, dont le visage a été masqué électroniquement.

En larmes, Khadr rétorque: « J'ai perdu mon oeil, j'ai perdu mes pieds, tout! », se référant à ses blessures.

« Non, vous avez toujours votre oeil et vos pieds sont toujours au bout de vos jambes » répond un des hommes présents.

Entre deux sanglots, Khadr répète à plusieurs reprises: « Vous vous foutez de moi » (You don't care about me).

Omar Khadr est détenu par les forces américaines qui l'accusent du meurtre d'un soldat américain lors d'une bataille en Afghanistan, en 2002.

Une cour fédérale canadienne, chargée par la Cour suprême de décider quels documents pouvaient être remis aux avocats d'Omar Khadr, a ordonné la divulgation de l'enregistrement de l'interrogatoire du Canadien après avoir conclu qu'il avait été torturé par ses gardiens américains lors de sa détention.

D'ailleurs, en prévision d'un interrogatoire subséquent à celui dont les images ont été diffusées mardi, les militaires américains de la base de Guantanamo ont empêché le détenu de dormir plus de trois heures à la fois durant trois semaines, un traitement que l'ONU associe à la torture.

Un jeu politique

En entrevue à l'émission The Current, à la CBC, William Kuebler, l'avocat américain d'Omar Khadr, a dit croire que la diffusion de cet interrogatoire permettra aux Canadiens de constater qu'Omar Khadr n'est pas dangereux, mais qu'il est plutôt un jeune homme de 16 ans terrorisé. « Il est important de comprendre que la prison de Guantanamo et la commission militaire sont des processus qui ne peuvent s'appliquer aux citoyens américains, [...] la seule raison pour laquelle Omar est là, c'est parce qu'il est Canadien. »

William Kuebler reconnaît que la diffusion des vidéos fait partie d'un processus politique, puisque, dit-il, le tribunal militaire qui doit juger Omar Khadr n'est pas conçu pour être impartial. À son avis, l'intervention d'Ottawa représente le seul espoir pour le jeune homme d'être traité justement.

« J'espère que ces vidéos inciteront finalement le premier ministre du Canada à se comporter comme un premier ministre du Canada et à protéger un citoyen », ajoute l'avocat.

La semaine dernière, après qu'il eut été rendu public que le Canada savait que le traitement infligé à un de ces citoyens violait ses droits, le premier ministre canadien Stephen Harper a refusé d'intervenir, prétextant qu'il n'y a pas « une vraie alternative à ce processus ».

De tous les pays occidentaux, le Canada est pourtant le seul à ne pas avoir rapatrié un de ces citoyens détenus à Guantanamo.

Le porte-parole libéral des affaires étrangères, Bob Rae, croit qu'Omar Khadr doit être rapatrié et jugé au Canada. Il refuse de commenter l'inaction du précédent gouvernement libéral, au pouvoir lors de l'interrogatoire de 2004 et se borne à dire que l'important est de savoir ce qui doit être fait à compter de maintenant.

Lors de son arrestation en 2002, les Américains ont refusé de traiter Omar Khadr, 15 ans, comme un enfant-soldat. Le jeune homme a maintenant passé plus du quart de sa vie dans la prison de Guantanamo.

Dans un communiqué publié mardi, la porte-parole du ministre des Affaires étrangères David Emerson a répété le message du gouvernement conservateur. Anne Howland a maintenu que les procédures judiciaires devaient être menées à terme dans le cas d'Omar Khadr.

De son côté, le SCRS a rappelé les liens établis dans le passé entre le père d'Omar Khadr et Al-Qaïda. « Omar Khadr a été interrogé par le SCRS au sujet d'individus, incluant ceux liés à Al-Qaïda, qui peuvent représenter une menace pour la sécurité du Canada et de ses intérêts », a écrit le Service du renseignement dans un communiqué.

Pour sa part, la soeur d'Omar Khadr, Zaynab, a qualifié les images diffusées de tristes. Elle a aussi déploré les commentaires négatifs de certaines personnes à l'égard de son frère. « Les gens sont aveuglés par la rage, mais je crois qu'ils la dirigent au mauvais endroit. Je ne dis pas que mon frère est coupable et je ne dis pas qu'il est innocent. Je dis que ce qui arrive n'est pas juste, pour un ennemi comme pour un ami », a déclaré Zaynab Khadr.

Tant les organismes Amnistie internationale et Human Rights Watch que les partis d'opposition à Ottawa ont réclamé le rapatriement d'Omar Khadr.

Avec les informations de La Presse canadienne

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