•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mugabe intronisé

Robert Mugabe lors de son assermentation

Robert Mugabe lors de son assermentation

Photo : AFP / Alexander Joe

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Vainqueur sans surprise de l'élection présidentielle, Robert Mugabe est assermenté pour un 6e mandat. Il était le seul candidat dans ce scrutin largement dénoncé par la communauté internationale. Le Canada prend des mesures pour restreindre ses relations avec le régime.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a été proclamé dimanche président, au lendemain d'un scrutin unanimement dénoncé et durant lequel il a été le seul candidat, après le retrait du le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai.

Selon la Commission électorale du Zimbabwe, Mugabe s'est adjugé 85,51 % des suffrages, en obtenant plus de 2 millions de voix, contre 233 000 pour Morgan Tsvangirai.

Ce dernier avait pourtant boycotté le deuxième tour de la présidentielle, mais son nom figurait encore sur les bulletins de vote.

La commission électorale précise que moins de la moitié des 5,9 millions d'électeurs inscrits ont voté, avec une participation officielle de 42,37 %.

Plus de 130 000 bulletins ont été invalidés, vraisemblablement en raison des messages qu'ils comportent et qui ont été écrits par des électeurs désabusés à l'adresse du pouvoir.

Robert Mugabe a été rapidement assermenté pour un 6e mandat sans partage à la tête du pays. Quelques heures après son assermentation, il a quitté le pays en direction de l'Égypte, afin de participer au sommet de l'Union africaine, qui s'ouvre lundi. M. Mugabe tentera de convaincre les leaders africains de le reconnaitre comme président légitime.

Mugabe veut négocier avec l'opposition

Lors de son discours d'investiture, Robert Mugabe a dit espérer des négociations rapides avec l'opposition.

« J'ai l'espoir que, bientôt, nous mènerons des consultations entre partis politiques de différentes opinions afin d'instaurer un dialogue sérieux qui tempère nos différends et débouche sur une ère d'unité et de coopération », a-t-il déclaré.

« Les élections sont passées, notre défi aujourd'hui et dans les années à venir est d'avancer ensemble quelles que soient nos affiliations, unis par une vision commune d'un Zimbabwe prospère », a-t-il ajouté.

L'opposition a répondu prudemment à cette invitation au dialogue de Robert Mugabe. « Nous ne voyons pas de rapport entre ses mots et les actions horribles que nous voyons sur le terrain », a dit le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa.

Il a expliqué qu'« il y a un déficit de sincérité et un fossé de crédibilité. Nous l'entendons dire quelque chose et ensuite il fait quelque chose de totalement différent. Il est très difficile de lui faire confiance ».

Malgré la tenue du scrutin, M. Tsvangirai a répété dimanche qu'il restait ouvert à des négociations avec le gouvernement de Mugabe, sous l'égide de l'Union africaine.

Cité par le site internet du quotidien britannique The Sunday Telegraph, le chef du MDC se dit prêt à prendre la tête d'un gouvernement d'union nationale et à cohabiter avec Mugabe si celui-ci se contente d'une fonction de représentation.

Vives réactions

Aussitôt proclamée, la victoire de Mugabe a été condamnée par les capitales occidentales.

Tout en en condamnant vivement l'élection « illégitime » du président Mugabevi, le Canada a annoncé des mesures destinées à restreindre « considérablement » ses relations avec le gouvernement du Zimbabwe.

Le Canada a décidé d'imposer immédiatement des restrictions sur les déplacements, le travail ou les études au Canada de hauts représentants du gouvernement, des autorités militaires ou policières du Zimbabwe ainsi que de leurs familles. Ottawa interdit également aux avions immatriculés au Zimbabwe de survoler le Canada ou d'y atterrir.

La chancelière allemande Angela Merkel a indiqué que le dernier tour de la présidentielle au Zimbabwe était une « farce ». Selon elle, Mugabe a maintenant perdu toute légitimité.

« Les souffrances de la population qui, sous le régime arbitraire de Mugabe, ont fait un grand nombre de victimes doivent finir », a-t-elle ajouté.

Pour sa part, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a affirmé qu'« il est vraiment temps pour la communauté internationale d'agir fermement, mais nous sommes en train de nous consulter sur les mesures à prendre ».

Les États-Unis aimeraient que le Conseil de sécurité de l'ONU, qui se réunira la semaine prochaine, décrète un embargo sur les armes vers le Zimbabwe et une interdiction de quitter le territoire pour les dirigeants du régime Mugabe. Mais la Chine, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, s'oppose à de telles sanctions.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a publié un communiqué dans lequel il déclare que le résultat de l'élection n'a pas reflété la réelle volonté des Zimbabwéens et n'a pas donné de résultat légitime.

Selon le communiqué repris par l'AFP, le secrétaire général de l'ONU soutient que « les conditions n'étaient pas en place pour une élection libre et équitable ».

Une victoire prévisible

Le plus vieux chef d'État d'Afrique, âgé de 84 ans, dont 28 au pouvoir, avait proclamé dès samedi « une victoire écrasante », avant même la publication des résultats officiels.

Le régime a déchaîné les violences contre les partisans de l'opposition, après sa déroute aux élections générales du 29 mars, où il avait perdu le contrôle du Parlement.

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai, arrivé largement en tête au premier tour de l'élection présidentielle, a dû se retirer de la course en raison d'« une orgie de violences ».

Selon le chef du MDC, 200 000 personnes ont été déplacées, 10 000 blessées et 90 membres du parti d'opposition ont été tués depuis les élections du 29 mars.

Tutu pour une intervention militaire

Le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu s'est dit dimanche favorable, en dernier recours, à une intervention militaire au Zimbabwe sous l'égide de l'ONU, pour obtenir le départ du président Robert Mugabe.

Il a indiqué que l'Union africaine devrait jouer un rôle moteur dans une telle action. « Je ne vois pas pourquoi [...] ils [les Africains] hésiteraient trop à intervenir par la force s'il le faut », a-t-il déclaré à la BBC.

Mgr Tutu a invité les dirigeants africains à ne pas reconnaître Robert Mugabe comme un dirigeant légitime.

Dénonciations en Afrique

Dès l'annonce des résultats du deuxième tour, les observateurs de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) ont dénoncé le scrutin.

Selon la SADC, qui avait 400 observateurs sur place, les violences qui ont marqué la période entre les deux tours de scrutin font en sorte que « l'élection ne reflète pas la volonté du peuple ». La SADC avait jugé que le premier tour de l'élection s'était déroulé dans des conditions « pacifiques et crédibles ».

Pour sa part, la mission d'observateurs du Parlement panafricain (PAP) a dénoncé dimanche un scrutin « ni libre ni équitable ». Cette assemblée consultative de l'Union africaine a appelé à l'organisation de nouvelles élections.

Le chef de la mission du PAP, Marwick Khumalo, estime que « l'environnement politique dans le pays était tendu, hostile et instable [...] et la campagne électorale a été marquée par un degré élevé d'intimidations et de violences, avec des personnes déplacées, des enlèvements et des vies perdues ».

Contrairement au ton tranché du Parlement panafricain, l'Union africaine est restée très prudente. Le sommet de Charm el-Cheikh, appelé par les puissances occidentales à dénier toute légitimité au gouvernement issu du scrutin, est sous pression dimanche.

Morgan Tsvangirai accuse le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur régional au Zimbabwe, de vouloir convaincre ses pairs africains de reconnaître la réélection de M. Mugabe.

M. Mbeki, un proche de Mugabe, s'est gardé de prendre position publiquement sur le scrutin, que les Occidentaux ont qualifié de « farce électorale ».

Avec les informations de Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.