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Les trois tasses de thé

Le brigadier-général Denis Thompson prend le thé avec des dignitaires afghans.

Le brigadier-général Denis Thompson prend le thé avec des dignitaires afghans.

Photo : Emmanuelle Latraverse

Radio-Canada

C'est le titre d'un livre merveilleux qui raconte l'histoire vraie d'un Américain qui, petit à petit, avec l'appui des chefs locaux, a bâti des écoles dans les villages reculés du Pakistan et de l'Afghanistan...

C'est aussi, un peu, l'histoire des efforts canadiens ici.

Mercredi, 8 heures du matin. L'offensive des soldats afghans et des troupes canadiennes contre les talibans, regroupés de l'autre côté de la rivière Arghandab, prend son envol. Les deux bataillons afghans s'apprêtent à commencer leur longue marche de 1,5 km pour traverser le lit de la rivière, totalement à découvert. Ils sont accompagnés de leurs six mentors canadiens et comptent sur l'appui de l'artillerie canadienne et des hélicoptères Apache américains.

Avant de lancer les tirs de fumée pour protéger un peu les soldats, le brigadier-général Denis Thompson, commandant du contingent canadien ici, s'assoit à l'ombre, et prend le thé avec le général Bashir.

Une telle scène serait impensable au Canada.

Pourtant ici, elle s'impose.

Car, tout au long de la journée, le brigadier-général Thompson a mis de côté ses radios et son téléphone satellite pour accueillir un à un les dignitaires afghans qui sont passés par le poste de commandement du district, venus tour à tour surveiller la progression des opérations.

Une tasse de thé avec le général Bashir. Une tasse de thé avec le général Saqib, chef de la police de Kandahar. Une tasse de thé avec le général Monir Mangal, vice-ministre de l'Intérieur. Une tasse de thé avec Farouk, le chef du district d'Arghandab.

Au Canada, on y verrait une royale perte de temps! En ce mercredi stratégique pour les troupes afghanes, qui lancent une importante offensive contre les talibans, une offensive qu'ils ont eux-mêmes planifiée, les longues minutes que passe le brigadier-général Thompson à boire du thé avec les hauts gradés afghans sont parmi les plus importantes de sa journée.

Prendre le thé, ici, c'est une marque de respect, un geste incontournable pour gagner la confiance des Afghans.

Et pour le haut commandement canadien ici, les avantages militaires ne suffiront pas à remporter cette guerre. À preuve, cette insurrection dans le sud du pays dure depuis plus de trois ans. Il faudra l'appui de la population, sa confiance... Il faut donc tisser des liens serrés avec les autorités, les généraux, les chefs de districts, les chefs de villages. Ils espèrent ensuite que ces chefs locaux finiront le travail auprès des villageois.

Il faut prendre le thé.

Emmanuelle Latraverse