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Ottawa demande pardon

Radio-Canada

Le premier ministre Stephen Harper présente les excuses officielles du gouvernement et du peuple canadien aux autochtones pour les mauvais traitements subis dans des pensionnats fédéraux.

Dans une motion unanime déposée à la Chambre des communes, mercredi après-midi, les différents partis politiques ont accepté que le gouvernement Harper s'excuse, au nom de la population canadienne, envers les élèves des pensionnats indiens pour les traitements qu'ils ont subis.

Le premier ministre Stephen Harper a d'abord pris la parole pour présenter les excuses officielles du gouvernement du Canada aux anciens élèves des pensionnats indiens, des institutions d'enseignement conçues pour assimiler les Autochtones.

M. Harper a admis que cette politique d'assimilation était erronée, qu'elle avait fait beaucoup de mal et qu'elle avait causé des dommages importants à la culture, à la langue et au patrimoine autochtones.

Des leaders des Premières Nations et des communautés inuites assistaient à cet événement historique dans la Chambre des communes.

Les anciens élèves des pensionnats ont déjà obtenu un dédommagement après une longue bataille devant les tribunaux. Les représentants des communautés disent espérer que les excuses aideront les communautés à panser leurs plaies et à tourner la page.

C'est un triste chapitre de notre histoire.

Stephen Harper

M. Harper a déclaré qu'à une époque, certains cherchaient à « tuer de l'indien » et que la politique d'assimilation était inacceptable. « La plupart des pensionnats étaient dirigés en partenariat avec les églises. Souvent, les enfants étaient amenés loin de leur communauté, privés du soutien de leurs parents. Les langues autochtones étaient interdites. Certains ne sont jamais retournés chez eux. La conséquence de cette politique a été très néfaste et a causé des dommages à la culture autochtone « , a dit M. Harper. On estime qu'entre 1870 et 1996, plus de 150 000 enfants ont été enlevés à leur famille pour être envoyés dans ces pensionnats.

Il y a eu des abus émotifs, physiques et sexuels sur des enfants sans défense.

Stephen Harper

« L'absence d'excuses a fait obstacle à la guérison, a-t-il ajouté, alors je me lève devant vous pour présenter mes excuses pour le rôle joué dans les pensionnats indiens ».

« Il n'y a pas de place au Canada pour les attitudes qui ont pu inspirer les pensionnats indiens. Le gouvernement s'excuse et demande pardon », a ajouté M. Harper.

Ensuite, les leaders des différents partis ont pris la parole, tour à tour, pour présenter des excuses au peuple autochtone.

Un discours de réconciliation

Après les chefs des partis politiques, c'est le chef des Premières Nations, Phillippe Fontaine, qui a pris la parole aux Communes.

Selon lui, une page a été tournée, mais il faudra voir de quoi l'avenir sera fait.

« Il est important, a-t-il dit, que ce jour ne soit pas seulement lié au passé, mais aussi à l'avenir. Dans cette chambre, vous êtes témoins de notre survie qui est assurée pour toujours ».

M. Fontaine a ajouté que les excuses indiquaient la rectitude de la lutte autochtone. « Nous avons toujours été un élément indispensable de l'identité canadienne ».

Acceptant les excuses et la demande de pardon du premier ministre, M. Fontaine a semblé indiquer qu'on pouvait se diriger vers une réconciliation.

Je tends la main à tous les Canadiens.

Phil Fontaine

Le chef des Premières Nations a terminé son allocution en déclarant que les combats devaient se faire ensemble, « dans un esprit de réconciliation ».

Quelques représentants des survivants de ces pensionnats, dont Willie Blackwater, étaient à la Chambre des communes pour entendre le message du premier ministre Harper.

Âgé maintenant de 53 ans, Willie Blackwater a participé à une imposante poursuite judiciaire qui a mené à la condamnation du surveillant de son dortoir en 1995 et qui a aussi jeté les bases de la cérémonie d'aujourd'hui.

La Chambre des communes a interrompu toutes ses activités normales de la journée pour souligner l'événement.

Il y a 10 ans

En 1998, la ministre libérale des Affaires indiennes, Jane Stewart, avait présenté des excuses officielles aux victimes des pensionnats autochtones. Ottawa reconnaissait ainsi les injustices et les sévices subis par les autochtones. Ces excuses avaient été jugées insuffisantes.

Un long processus

Les excuses du gouvernement canadien ont été prononcées quelques jours seulement après que la Commission de vérité et de réconciliation des pensionnats indiens eut été mise sur pied. Ses travaux doivent permettre de faire connaître la vérité sur les séquelles subies par les pensionnaires autochtones.

La commission a été créée après que les tribunaux eurent approuvé la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, conclue avec les avocats des anciens élèves, les avocats des Églises, le gouvernement du Canada et l'Assemblée des Premières Nations.

Selon cette commission, quelque 135 pensionnats indiens ont été ouverts par le gouvernement au fil des années dont 25 en Alberta, 18 en Saskatchewan, 17 en Colombie-Britannique, 15 au Manitoba et en Ontario, 13 au Nunavut et 10 au Québec. Les pensionnats étaient administrés, selon les endroits, par les Églises anglicane, catholique, presbytérienne, baptiste ou unie.

Selon l'Assemblée des Premières Nations, qui cite des chiffres de Statistique Canada, il restait 87 500 survivants des pensionnats indiens en 2004. En vertu de la Convention de règlement, approuvée par Ottawa en mai 2006, les anciens élèves doivent recevoir 10 000 $ pour leur première année scolaire dans un pensionnat autochtone et 3000 $ de plus pour chaque année subséquente.