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L'appétit ne vient pas en mangeant!

Des chercheurs de l'Université McGill identifient une hormone sécrétée par l'estomac qui stimule l'appétit de l'humain en rendant la nourriture plus attrayante.

Le proverbe « L'appétit vient en mangeant » pourrait ne pas survivre aux travaux de chercheurs montréalais de l'Université McGill.

L'équipe du neurologue Alain Dagher a identifié une hormone sécrétée par l'estomac qui stimule l'appétit de l'humain en rendant la nourriture plus attrayante.

Des tests d'imagerie cérébrale menés à l'Institut neurologique de Montréal ont ainsi démontré que la ghréline agissait sur des régions spécifiques du cerveau reconnues pour être associées à la satisfaction et à la motivation; les mêmes régions sont impliquées dans les dépendances.

La ghréline peut ainsi accroître les probabilités qu'une personne s'alimente.

Ces résultats sont importants pour faire avancer la compréhension et le traitement de l'obésité, un état qui touche environ 15 % des Canadiens, estiment les auteurs de l'étude.

Jusqu'à maintenant, les chercheurs croyaient que deux mécanismes distincts jouaient un rôle dans l'appétit:

  • L'alimentation homéostatique, contrôlée par des hormones comme la ghréline qui agissent sur le cerveau pour indiquer au corps quand manger afin de maintenir un poids corporel constant.
  • L'alimentation non homéostatique, déclenchée par des signaux visuels ou olfactifs. Par exemple, vouloir manger un morceau de gâteau parce qu'il a l'air savoureux et qu'en manger sera agréable.

Les présents travaux montrent que les deux comportements de consommation sont reliés et que la ghréline, hormone de l'estomac, joue un rôle clé dans leur régulation.

L'analogie la plus simple serait de penser aux fois où vous allez faire des courses l'estomac vide et où vous avez tendance à acheter plus d'aliments et de produits riches en calories. C'est parce que votre cerveau juge la nourriture plus attirante, en grande partie grâce à l'action de la ghréline sur le cerveau.

Dr Alain Dagher, Institut neurologique de Montréal

Ces résultats confortent, selon les auteurs, la thèse voulant qu'il faille considérer l'obésité comme une maladie du cerveau et la faim comme un type de dépendance alimentaire.

Les personnes obèses pourraient trop manger dans une large mesure en raison d'une faim excessive.

Dépendances

La ghréline travaille sur les régions du cerveau qui jouent un rôle dans les toxicomanies (le corps amygdalien, l'insula, le cortex orbitofrontal et le néostriatum).

Le Dr Alain Dagher soutient que ces régions travaillent ensemble pour attribuer une valeur incitative aux objets et aux actions, et exercent un contrôle très puissant sur nos comportements.

Ces zones sont toutes des cibles des drogues engendrant une dépendance (comme la cocaïne et la nicotine) et sont aussi des cibles des signaux d'alimentation comme la ghréline, explique le neurologue.

À la lumière de ces nouvelles données, les chercheurs savent maintenant que l'action de la ghréline est plus complexe qu'estimée jusqu'à aujourd'hui et que le recours à des médicaments pourrait servir à combattre l'obésité.

En outre, si les aliments engendrent une dépendance, il pourrait être utile d'adopter des mesures visant à limiter ou à bannir la restauration rapide des écoles et les publicités sur la malbouffe destinées aux enfants, comme dans le cas de la cigarette, soutiennent les chercheurs.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Cell Metabolism.