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Écosociété appelle à la solidarité

Radio-Canada

Les éditions Écosociété demandent l'aide du public pour financer leur défense contre Barrick Gold, qui a engagé contre eux une poursuite de 6 millions de dollars à la suite de la publication de Noir Canada, dont des éléments seraient diffamatoires, selon la minière.

Sous le coup d'une poursuite de 6 millions de dollars de Barrick Gold et faute de moyens, la maison d'édition Écosociété a décidé de faire un appel au public pour financer et organiser sa défense juridique qui s'annonce longue.

Lors d'une conférence de presse à Montréal, l'auteur principal de Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique et son éditeur ont rejeté les accusations de la minière canadienne suivant lesquels les allégations la concernant, contenues dans l'ouvrage, n'étaient pas crédibles.

Alain Deneault, qui a coécrit le livre avec le Collectif Ressources d'Afrique, a soutenu que toutes les informations publiées sont déjà publiques et proviennent de sources crédibles, notamment de rapports d'organismes internationaux et d'observateurs reconnus.

Barrick Gold, qui poursuit à la fois l'éditeur et les auteurs du livre, soutient qu'ils participent à une « campagne de diffamation » qui vise à ternir sa réputation à partir d'informations que l'entreprise décrit comme « fausses » et « diffamatoires », et dont elle conteste la « véracité » et la « crédibilité ».

Le géant minier « soutient la liberté d'expression, mais pas la désinformation. Ils [les auteurs du livre] accusent Barrick d'homicide, de génocide, d'association avec la mafia, de trafic d'armes, de promouvoir les conflits dans le monde, et tout ça, c'est de la fiction », a déclaré à l'AFP le porte-parole de Barrick Gold, Vincent Borg.

Graves accusations

Selon la minière, les auteurs, dans leur ouvrage, accuseraient notamment l'entreprise d'être impliquée, directement ou indirectement, dans des atteintes aux droits de la personne à la mine de Bulyanhulu, au travers de Sutton Mining, dont Barrick Gold deviendra propriétaire en 1999, trois années après les faits présumés.

Des mineurs faisant de l'exploration artisanale sur un site acquis par la Sutton auraient été enterrés vifs par ses bulldozers dans le cadre d'un processus d'éviction.

Barrick Gold dément avoir été lié d'une façon quelconque avec les activités de Sutton en Tanzanie. Elle précise que ces mineurs artisanaux présents à l'époque n'avaient aucun droit de propriété, et donc qu'elle n'est pas bénéficiaire d'un processus d'éviction qui aurait été illégal.

La minière ajoute qu'il est faux d'avancer que des mineurs auraient été enterrés vivants, mais plutôt que l'éviction s'est faite dans les règles.

Alain Deneault se défend d'accuser la minière. Il soutient cependant que des témoignages colligés par des gens « sérieux » et « compétents » sont assez significatifs pour justifier une enquête sous l'égide de l'ONU.

M. Deneault signale que les sources sur lesquelles il se base sont publiques et dit « n'avoir aucun problème à ce qu'ils [Barrick] les contestent et que ça fasse l'objet d'un débat public ». Il déplore donc que l'entreprise ait favorisé la voie juridique, allant ainsi dans le sens d'un affront à la liberté d'expression.

« Ce livre-là est un test pour la démocratie au Canada », soutient son auteur, qui note que les appuis à sa cause se multiplient, émanant notamment de l'astrophysicien Hubert Reeves et du philosophe Georges Leroux.

L'entreprise réclame 5 millions de dollars à titre de dommages moraux et compensatoires, de même que 1 million à titre de dommages punitifs.

Elle avait menacé l'éditeur de poursuite avant même la publication de Noir Canada, afin de le dissuader d'aller de l'avant avec le lancement du livre, qui a néanmoins eu lieu comme prévu à la mi-avril

Pour l'éditeur Guy Cheyney, il s'agit d'une poursuite dont le seul objectif est de les museler, et qui doit donc être assimilée à une poursuite-bâillon, ce contre quoi Québec a déjà fait savoir son intention de légiférer.

MM. Cheyney et Deneault demandent entre-temps au gouvernement de créer un fond d'aide pour les groupes aux prises avec ce genre de poursuite.

Avec les informations de Agence France-Presse