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La louche pour lutter contre la pauvreté

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le cofondateur de Cuisiniers sans frontières, Thémis, est élu chef cuisinier 2008 pour la région de Montréal, une manière de souligner son travail auprès des plus démunis. Notre journaliste a rencontré le chef philanthrope.

« Avant que vous arriviez, quand on allait demander de l'emploi, les gens se frottaient les mains en se disant: "Voilà quelqu'un que je vais encore exploiter". Et vous, vous nous avez donné un métier. On ne sera jamais assez reconnaissant. »

C'est une femme malgache qui parle.

Et ce « vous » dont elle parle, c'est Cuisiniers sans frontières (CSF). Le cerveau, l'âme et le coeur de cet organisme humanitaire, c'est Thémis. Chef cuisinier de son métier, plus connu sous le nom de Jean-Louis Thémis, mais qui insiste pour qu'on l'appelle Thémis. Pour oublier, dit-il, la période du colonialisme français qui a marqué son pays d'origine, Madagascar.

En entrevue avec Radio-Canada.ca, le chef, animateur et enseignant à l'Institut du tourisme et d'hôtellerie du Québec manie l'humour comme si c'était une pâte de bonne tenue.

Thémis est un homme heureux. Il a réalisé l'un de ses rêves les plus chers. Qui plus est, ce rêve devenu réalité, Cuisiniers sans frontières, lui a valu d'être élu chef de l'année 2008 pour la région de Montréal par ses pairs.

« C'est très flatteur. Habituellement, ce sont les réalisations culinaires qui permettent d'avoir cette distinction. Pour une fois, ce sont les réalisations philanthropiques. C'est excellent parce qu'on ne peut plus faire notre métier en faisant fi des problèmes contemporains. »

Lutter contre la pauvreté

Des problèmes contemporains, le plus criant est celui de la famine dans le monde. Une crise alimentaire secoue d'émeutes une douzaine de pays. Et les deux tiers de ces pays touchés par la crise alimentaire se trouvent en Afrique. Thémis a choisi de lutter contre la pauvreté par la cuisine.

On s'était dit, mon épouse et moi: « On pourrait résoudre beaucoup de problèmes avec la nourriture: l'accessibilité à l'eau, l'alphabétisation, la mortalité infantile, sortir les gens de la pauvreté, les initier à l'environnement. »[[citation auteur="Thémis" ]]

Sa femme, aujourd'hui décédée, et lui croyaient que le métier de cuisinier pouvait servir au développement. Il y a cinq ans, ils ont enregistré l'idée sans savoir la forme que Cuisiniers sans frontières allait prendre.

Un projet à Madagascar

Finalement, ils ont entendu dire qu'à Madagascar une organisation avait reçu de l'argent pour construire une école de cuisine. Une connaissance du couple partie en mission dans ce pays de l'océan Indien avait parlé de son projet à une association de Majunga, une ville située sur la côte ouest. Le projet était lancé.

« On s'est entendu avec les responsables de cette école. On est parti avec des valises remplies de culs-de-poule, de couteaux, de planches à découper que les gens nous donnaient. »

— Une citation de  Thémis

Se posait le problème du recrutement des élèves. Thémis s'est promené dans les quartiers les plus pauvres et a proposé aux gens de les former au métier de cuisiner. Mais cela n'a pas été facile. Il s'est trouvé en butte au préjugé qui associe la cuisine à une affaire de domestique et de femme.

C'est très difficile d'aller voir des hommes et de les convaincre que c'est un métier d'homme. J'embellis le métier. C'est déjà un beau métier, mais, pour ces gens-là, il faut en mettre plus.[[citation auteur="Thémis" ]]

Sortir de la pauvreté par la louche

Thémis a réussi à convaincre 18 personnes de prendre part à la première formation d'aides-cuisiniers.

Il a proposé de leur verser 75 ¢ par jour pendant la formation d'une durée de quatre mois.

Les élèves ont reçu une bonne base: notions d'hygiène, de savoir-vivre, de tout ce qui se passe autour du métier de cuisinier.

Les patrons des hôtels ou des restaurants où ils sont allés en stage, qui sont des profanes, ont constaté qu'ils travaillaient différemment de ceux qui avaient appris sur le tas.

Sur ces 18 personnes, toutes travaillent. Toutes sont sorties de la pauvreté. Les gens commencent à 30 $ par mois, et on a déjà des élèves qui, après deux ou trois mois de travail, sont rendus à 37 $. C'est très gratifiant.[[citation auteur="Thémis" ]]

Il faut dire qu'à Madagascar, les salaires sont très bas. Thémis précise que les gens touchent un dollar par jour. En fait, 80 % des Malgaches, selon lui, sont pauvres.

Les projets d'essaimage

Les résultats ont été si gratifiants que Thémis ne s'est pas arrêté.

Une deuxième promotion a suivi.

De plus, plusieurs projets mijotent dans ses casseroles.

Le Bénin et le Burkina Faso, qui a été secoué par les émeutes de la faim, lui ont demandé de faire la même chose qu'à Madagascar.

Il y a aussi un projet pour le Grand Nord du Québec. « Là où on pourra ouvrir une école et rendre des gens heureux, on va le faire. On va envahir le monde entier, dit-il avant d'éclater de son rire sonore. C'est l'objectif. On ne savait pas où cette aventure allait nous mener. Finalement, c'est un projet de vie. »

Dans toute cette aventure, Thémis n'oublie jamais ceux qui l'entourent. « Même si je suis le cofondateur, les camarades, les copains se sont approprié le projet. » Et il est très reconnaissant du temps que les bénévoles consacrent à Cuisiniers sans frontières. Comme il se dit redevable aux donateurs qui permettent à CSF de poursuivre son action.

« C'est tellement demandant, c'est compliqué, c'est beaucoup d'énergie. Cette nomination (de chef 2008 Montréal) vient me dire: « Continue et lâche pas ». »

— Une citation de  Thémis

Le cofondateur de CSF est en lice pour le titre national de chef cuisinier 2008, qui sera décerné le 18 mai.

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