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Controverse autour de Noir Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2008 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le livre Noir Canada est lancé malgré les menaces de poursuite de la part de la Société aurifère Barrick. La minière canadienne soutient que des allégations contenues dans l'ouvrage sont « fausses et diffamatoires ».

Le livre Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique a été lancé mardi, au Québec, en dépit des menaces de poursuites envoyées par la plus importante société aurifère au monde, la canadienne Barrick Gold.

Dans une mise en demeure envoyée jeudi dernier à l'auteur Alain Denault, à ses collaborateurs Delphine Abadie et William Sacher et aux Éditions Écosociété, la minière de Toronto affirme que Noir Canada contient des « allégations fausses et diffamatoires » à son endroit et menace de les poursuivre en Cour supérieure du Québec si le livre est mis en circulation.

« Soyez assurés que Barrick demandera, entre autres choses, des dommages-intérêts substantiels contre chacune des personnes visées par la présente lettre, conjointement et solidairement, de même que toute injonction nécessaire afin de faire cesser tout comportement diffamatoire à son égard », peut-on y lire.

Les Éditions Écosociété ont annoncé lundi qu'elles iraient de l'avant avec la publication, malgré tout. Contacté par courriel par Radio-Canada.ca, le vice-président aux communications institutionnelles de la Société aurifère Barrick, Vincent Borg, a déclaré mardi que les conseillers juridiques de la société étudiaient présentement le livre et qu'ils décideraient ensuite de la suite des choses.

Les allégations à l'origine du litige portent sur la mort présumée de mineurs artisanaux d'une mine d'or située à Bulyanhulu, en Tanzanie. Selon des sources citées par l'auteur, ils auraient été enterrés vifs en août 1996 par des bulldozers, alors qu'ils occupaient la mine.

La réplique de Barrick

Or, l'histoire de la mine Bulyanhulu, qui n'a pas fait l'objet d'accusations et n'a donc jamais été prouvée, serait survenue environ deux ans avant que la Société aurifère Barrick n'achète la firme vancouveroise Sutton Ressources, propriétaire de la mine, en 1999.

Dans sa mise en demeure, Barrick soutient que ces allégations « sont dénuées de tout fondement », comme l'ont prouvé des enquêtes « du gouvernement et de la police de Tanzanie, de représentants de la Banque mondiale, de journalistes d'enquêtes et des membres de ce cabinet [le cabinet d'avocats Davies Ward Philips & Vineberg, qui a rédigé la mise en demeure] ».

« Pas un seul mineur n'a été blessé ou tué lors de leur relocalisation hors du site de la mine Bulyanhulu en 1996 », indique l'avocat de la minière. Selon lui, il s'agit là de « rumeurs » colportées par des membres d'un comité minier dans le cadre d'une tentative d'extorsion et relayées « sans aucune confirmation quant à leur validité, par des membres des médias locaux et par certaines organisations non gouvernementales ». Des mineurs apparaissant sur une liste de victimes ont été retrouvés dans des villages voisins, affirme la Société aurifère Barrick dans sa mise en demeure.

Pour un débat public

En entrevue au Réseau de l'information, mardi, Alain Denault a soutenu que la mise en demeure de Barrick était assimilable à une poursuite-bâillon.

« C'est une mise en demeure qui est rédigée sur un ton particulièrement intimidant et qui vise un nombre extraordinaire de destinataires - pas seulement les auteurs et l'éditeur, mais les membres du conseil d'administration d'Écosociété - et il est difficile d'y voir autre chose qu'une menace de SLAPP », a-t-il dit.

M. Denault n'a pas spécifiquement mentionné le cas de la mine tanzanienne en entrevue. Noir Canada, a-t-il expliqué, vise à recenser « un nombre considérable d'abus commis par un nombre considérable » de minières et de pétrolières canadiennes en Afrique, tel qu'ils ont été recensés par une grande quantité de sources gouvernementales, institutionnelles ou non gouvernementales crédibles.

« Ce qui nous importe actuellement, c'est que les Canadiens comprennent ce qu'il en est des activités de leurs sociétés en Afrique. Ils ont droit à cette information-là et nous avons le droit de faire ces recherches. Et pourquoi ce débat est-il si important? C'est parce que les actifs des Canadiens se trouvent à financer ces sociétés-là, via les fonds de retraite, les REER, les placements publics, les institutions financières, par l'entremise de la Bourse de Toronto. »

S'interrogeant sur les méthodes de la Société aurifère Barrick, M. Denault demande: « Qui a le monopole de la vérité? Est-ce qu'on peut avoir un débat public sans intimidation? C'est la question que nous posons. [...] Ce n'est plus seulement notre affaire. C'est l'affaire de la liberté d'expression et du droit du public à l'information. [...] Ce livre est le symbole d'un combat que tous partagent aujourd'hui. »

Les menaces de poursuites de Barrick surviennent une semaine après la conclusion des travaux d'une commission parlementaire chargée d'étudier les poursuites-bâillons, mieux connues sous leur acronyme anglais SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation).

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