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Vive la diversité!

Radio-Canada

Le linguiste et rédacteur en chef des Éditions Le Robert, qui publient le Petit Robert, Alain Rey, défend les différents usages de la langue française plutôt que la norme.

La troisième journée québécoise des dictionnaires se déroulera vendredi dans le cadre de la Semaine des dictionnaires organisée par l'Université de Montréal.

Au nombre des experts invités à discuter des problèmes soulevés par l'élaboration au Québec d'un dictionnaire reflétant la réalité, il y a Alain Rey.

Ce linguiste et lexicologue français est aussi rédacteur en chef des Éditions Le Robert, qui publient le Petit Robert et le Grand Robert.

Célébrer la diversité du français

En entrevue à Désautels, Alain Rey ne défend pas l'idée de l'unicité de la langue française. Au contraire, il célèbre sa diversité.

Selon lui, la façon de parler le français n'est pas la même à l'intérieur de la France même. Elle varie d'une région à l'autre. Sans oublier, dit-il, les États qui ne sont pas la France, mais qui ont le français comme langue maternelle: la Belgique, la Suisse et la province du Québec. Le linguiste cite aussi les francophones du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Manitoba.

Tout ça est très important pour l'existence même du français, pour sa variété et pour la perception qu'on en a par rapport aux autres langues à l'étranger.

Alain Rey, rédacteur en chef des Éditions Le Robert

La présence de l'anglais

Sur la question de l'influence de plus en plus importante qu'exerce l'anglais sur le français, Alain Rey rappelle qu'au Moyen Âge, on a connu la situation inverse. Le vocabulaire français a pénétré la langue anglaise au point que ce n'est pas une langue germanique comme les autres. C'est, dit-il, une langue germanique avec une greffe latine, française, qui s'est installée à partir des 14e-15e siècles.

Il explique la raison pour laquelle, à cette époque, les francophones n'étaient pas aussi frileux qu'aujourd'hui par rapport à l'anglais. Le français et l'anglais étaient des langues minoritaires en France et en Angleterre. L'essentiel de la vie quotidienne, selon le linguiste, c'était les dialectes et les patois.

Le cas du français au Québec

Ce qui n'est pas le cas au Québec.

Ce qui est très intéressant dans le développement de la langue française au Québec, c'est qu'il s'est fait en l'absence de dialectes. Il n'y avait pas de dialectes locaux, il n'y avait que du français avec des modulations, mais du français.[[citation auteur="Alain Rey" ]]

Il souligne qu'à la même époque, au 17e ou au 18e siècle, le français était confronté en France à des centaines d'usages différents. Ce sont l'école et la conscription militaire qui ont été les moteurs de son expansion.

Il a fallu attendre le XXe siècle, la Guerre de 1914-18 pour que le français triomphe.[[citation auteur="Alain Rey" ]]

Il poursuit en disant que pour faire triompher le français, pour donner une unité de communication à l'intérieur de la France, il a fallu détruire des usages locaux.

Le dictionnaire, reflet de la diversité

Alain Rey pense que les dictionnaires doivent montrer qu'il y a plusieurs façons de prononcer, qu'il y a plusieurs façons de donner un sens à un mot.

Il ne faut pas oublier que le français est parlé sur les cinq continents.[[citation auteur="Alain Rey" ]]

Selon le linguiste, les différences n'existent pas seulement de part et d'autre de l'Atlantique, mais aussi entre Lille et Marseille, entre Brest et Strasbourg. Il conclut qu'elles sont le signe de la vigueur d'une langue.

Reconnaissance

L'Université de Montréal, où Alain Rey a enseigné il y a presque 40 ans, lui remettra un doctorat honorifique. « Ça me fait plaisir, parce que moi je ne suis pas tellement universitaire. »

Vendredi soir, le linguiste prononcera une conférence à Québec, intitulée: De la variation spontanée des usages à la reconnaissance d'une norme.