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Le flou persiste

Radio-Canada

Pendant que le gouvernement refuse toujours de dire s'il était au courant de la suspension du transfert de prisonniers afghans, le chef libéral dit avoir été informé du changement de politique et donc, que le premier ministre devait savoir aussi.

La confusion règne toujours à Ottawa pour déterminer si le gouvernement Harper était au courant que les Forces canadiennes avaient cessé de transférer les prisonniers afghans le 5 novembre dernier.

Dans un courriel envoyé au quotidien Globe & Mail, et rendu public vendredi, la directrice des communications du bureau du premier ministre, Sandra Buckler affirme que les Forces canadiennes ont décidé elles-mêmes de cesser de transférer des prisonniers aux autorités afghanes. Elle ajoute qu'elles n'ont pas informé le gouvernement conservateur de Stephen Harper de ce changement de politique.

Lorsqu'on lui a demandé s'il était véridique que le gouvernement n'ait pas été informé de la décision de l'armée, Mme Buckler a répondu: « Oui. C'est une question opérationnelle et c'est la responsabilité des Forces canadiennes. L'armée exerce sa discrétion au sujet de la politique de transfert ».

Mais plus tard vendredi, Mme Buckler a tenu à faire une mise au point. Mme Buckler a indiqué qu'elle retirait ses propos et qu'elle n'aurait pas dû faire ce commentaire.

Elle ne dit toutefois pas si le gouvernement savait ou s'il ignorait le changement de politique des Forces canadiennes. Elle se contente de dire que ce sont des décisions opérationnelles sur lesquelles le bureau du premier ministre ne fait pas de commentaire.

Cette volte-face survient au moment où le gouvernement Harper est pris à partie par l'opposition, qui l'accuse d'avoir menti aux Canadiens en ne révélant pas que cette pratique avait cessé.

Dion savait... donc Harper devait savoir

Le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a admis vendredi qu'il était au courant de la suspension du transfert des prisonniers. M. Dion dit avoir été informé de ce fait lors de sa visite effectuée il y a une dizaine de jours à Kandahar en compagnie de son leader adjoint, Michael Ignatieff.

Le chef de l'opposition officielle soutient donc que si lui était au courant, le premier ministre devait l'être aussi. Selon lui, le premier ministre aurait dû rendre cette information publique quand il était questionné à ce sujet en Chambre, l'automne dernier.

Les Forces canadiennes ont arrêté de transférer des prisonniers aux autorités afghanes le 5 novembre dernier. Cependant, cette décision n'a été rendue publique que mercredi, lorsque la section canadienne d'Amnistie internationale et l'Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique (BCCLA) ont dévoilé le contenu d'une lettre reçue du ministère de la Justice.

La décision de l'armée, précise la lettre, a été prise en raison « d'une allégation crédible de mauvais traitement perpétré contre un détenu transféré par le Canada à un centre de détention afghan ».

Amnistie internationale et la BCCLA demandent précisément à la Cour fédérale de mettre un terme aux transferts, de crainte que les détenus ne soient torturés. Selon les deux associations, ces transferts sont une violation de la Charte canadienne des droits et libertés. Ils affirment que la Charte protège les Afghans dans leur pays aussi longtemps qu'ils sont entre les mains des Canadiens.

Le gouvernement doit clarifier sa position

Jeudi, le brigadier général André Deschamps a dit à la Cour fédérale que la décision des Forces avait été prise par le commandant adjoint des troupes canadiennes en Afghanistan, en l'absence du commandant, le brigadier général Guy Laroche. Il a précisé que le chef d'état-major des Forces canadiennes, le général Rick Hillier, était au courant.

« Si [les déclarations de Mme Buckler faites par courriel] sont vraies », observe le Globe & Mail dans son éditorial de vendredi, « le gouvernement Harper a été tenu dans le noir sur un sujet qui l'a occupé pour des mois, aux plus hauts niveaux, et au sujet duquel il est engagé dans une bataille devant la Cour fédérale. Si elles sont fausses, c'est une tentative embarrassante par le gouvernement de dissimuler ses propres mensonges en blâmant l'armée. Dans les deux cas, le brouillard entourant cette affaire ne fait que s'épaissir ».

De leur côté, les avocats du gouvernement Harper ne savent plus trop sur quel pied danser. L'annonce de la suspension des transferts de détenus en Afghanistan par les militaires canadiens les a pris au dépourvu. Devant la Cour fédérale, ils n'ont pu dire clairement quelle était la position de leur client dans cette affaire. La juge a demandé aux avocats de clarifier la position du gouvernement d'ici mercredi.

Au début de 2007, le gouvernement Harper avait vigoureusement nié que des prisonniers afghans remis aux autorités afghanes étaient soumis à la torture, ce qui violerait la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre.

Sous la pression de l'opposition et de diverses révélations dans les journaux, Ottawa avait finalement signé une entente avec le gouvernement d'Hamid Karzaï afin de pouvoir assurer un suivi lors des transferts de prisonniers.

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