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Au bord de la faillite

Radio-Canada

Le réseau de télévision TQS, propriété de Cogeco, se place sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Les employés sont inquiets.

Le réseau de télévision TQS est au bord de la faillite.

TQS, propriété de Cogeco, a obtenu une ordonnance en Cour supérieure du Québec, mardi, qui protèges le réseau de télévision et ses filiales contre les créanciers durant 30 jours.

Près de 650 personnes travaillent à TQS. La chaîne de télévision a décidé de se protéger de ses créanciers lors d'une réunion du conseil d'administration lundi. Les membres du C.A. ont alors pris connaissance d'un rapport commandé à Marchés mondiaux CIBC au sujet d'options stratégiques visant à relancer le réseau, qui a de sérieuses difficultés financières. On a alors décidé qu'il était préférable de demander la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

Les créanciers ne se précipitent pas pour sauver l'entreprise, comme l'a dit Louis Audet, le président de COGECO, lors d'une conférence de presse, mardi après-midi: « La firme Marchés mondiaux CIBC a été mandatée pour étudier la question et rencontrer plusieurs acheteurs potentiels. Mais au bout de deux mois, on nous a dit qu'on n'avait pas reçu d'offre d'achat, même si on était très flexible ».

L'entreprise explique que le « marché francophone québécois de la télévision généraliste a connu une détérioration marquée malgré les mesures prises et les investissements effectués par l'entreprise au cours des derniers mois ». Elle évoque notamment:

  • l'érosion des revenus tirés de la publicité au profit des chaînes de télévision spécialisées et d'Internet
  • l'augmentation des coûts de production;
  • le refus récent du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes d'octroyer aux chaînes de télévision généralistes la possibilité de percevoir des frais d'abonnement pour la distribution de leur signal, comme le font les chaînes de télévision spécialisées;
  • la stratégie d'antenne de la Société Radio-Canada « qui se comporte comme un acteur commercial et non comme une télévision d'État » et l'avis de désaffiliation signifié à TQS par la SRC pour ses stations de Saguenay, de Sherbrooke et de Trois-Rivières.

« TQS est victime de circonstances hors de son contrôle. Toutefois, d'autres que nous, les actionnaires de TQS, ont les leviers nécessaires pour apporter une solution durable. Nous avons espoir que ceux-ci saisiront l'occasion pour apporter les ajustements qui s'imposent pour sauver la télévision généraliste privée francophone », souligne le président et chef de la direction de COGECO et président du conseil d'administration de TQS, Louis Audet.

M. Audet précise que les activités de TQS sont maintenues jusqu'à nouvel ordre.

Le syndic RSM Richter a été nommé par le tribunal pour élaborer un plan d'arrangement avec les créanciers. Ces derniers devront l'approuver.

TQS appartient à Cogeco (60 %) et à CTV/Globemedia (40 %). Dans son dernier rapport annuel, Cogeco soulignait d'ailleurs que « la position de TQS ne s'est pas améliorée et ses activités sont assujetties à des risques et à des incertitudes importants pour l'avenir ».

M. Audet a d'ailleurs précisé que TQS perdait 5 millions par année, que ça n'avait jamais été rentable, et qu'en fait, il perdait toute sa mise, « le geste que nous posons aujourd'hui en est un qui, de fait, contraint les actionnaires - Cogeco et CTV/Globemedia - à effectuer de façon définitive la radiation de leur placement dans TQS. [...] L'investissement total que nous avons radié, si j'inclus la garantie d'emprunt de 12 millions que nous venons de commettre, se situerait dans l'ordre de 80 millions de dollars ».

Radio-Canada répond

Radio-Canada regrette la situation dans laquelle TQS se trouve présentement et déplore que cette télévision généraliste privée soit menacée.

Radio-Canada ne s'estime cependant aucunement responsable de la précarité de ce réseau. Mises à part les difficultés financières de TQS, l'instabilité du marché publicitaire, la forte croissance des services de télévision spécialisés et la taille du marché francophone sont à blâmer pour cet état de choses. Ce sont des défis qui menacent toutes les entreprises de diffusion.

Radio-Canada est le diffuseur public canadien dont la chaîne principale de télévision est également une chaîne généraliste soumise aux mêmes règles et pressions du marché et dont une partie de ses revenus reposent sur ses stratégies commerciales. De plus, la programmation de la télévision de Radio-Canada se distingue par le respect des valeurs propres à un diffuseur public.

TQS exploite des stations affiliées à Radio-Canada dans les régions de Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay. Elle y exploite aussi ses propres stations TQS régionales, et ce, dans les mêmes immeubles. Au terme de la relation d'affiliation qui unissait les deux parties, Radio-Canada désire établir ses propres stations à compter de 2009, soit dans deux ans seulement, ce qui n'affecte en rien la viabilité de TQS maintenant.

De plus, la désaffiliation s'inscrit dans les plans de Radio-Canada de renforcer sa présence dans les régions. Dans une perspective de diversité des voix, l'idéal pour le citoyen est que les stations régionales de chaque réseau soient exploitées indépendamment les unes des autres, ce qui permettra aux régions de Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay de profiter d'une présence accrue de Radio-Canada. Le regroupement de nos services radio, télévision et internet favorisera une augmentation de la quantité et de la qualité de la programmation locale et régionale.

Radio-Canada souhaite à TQS de trouver des solutions satisfaisantes à la réorganisation de ses activités d'ici la fin de l'ordonnance du 17 janvier prochain.

Réactions à Québec

À Québec, le premier ministre Jean Charest et la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, ont réagi à l'annonce de TQS, en déclarant que la diversité de l'information de même que l'information locale étaient très importantes.

« [Ça m'attriste] oui, pour le contenu régional et parce que sur le plan médiatique, plus il y a de diversité, mieux c'est. TQS ici, à l'Assemblée nationale, et ailleurs, occupe une place assez importante dans les régions. Ce n'est pas seulement une question de cote d'écoute. Aussi, ça varie. La compétition est très dure. J'aimerais beaucoup, moi, que TQS puisse survivre », a déclaré M. Charest.

Selon Christine St-Pierre, « c'est vraiment important de préserver la diversité des voix, entre autres en terme d'information. C'est important que le public ait accès à une certaine diversité, c'est-à-dire accès à différentes sources d'information.

On vient parler également de concentration des médias. Je fais référence au mémoire que j'ai déposé l'été dernier devant le CRTC, mémoire dans lequel je demande que lorsqu'on accorde des licences, que ce soit conditionnel à ce qu'il y ait de l'information locale ».

Extrait du dernier rapport annuel de Cogeco

TQS subit des pertes d'exploitation récurrentes qui entraînent la nécessité de recouvrir régulièrement à des mises de fonds pour soutenir ses activités. En plus de devoir injecter les capitaux supplémentaires nécessaires pour soutenir ses activités, TQS doit composer avec les investissements en capital additionnels importants qui seront nécessaires au cours des quatre prochaines années pour mener à terme le passage à la radiodiffusion HD avant la fin de la transmission du signal analogique, dont la date a été fixée au 31 août 2011 par le CRTC. Cogeco Radio-Télévision inc. (CRTI) et CTV, les deux actionnaires indirects de TQS, devront s'entendre sur les investissements en capital additionnels nécessaires pour soutenir les futures activités de TQS et sur un nouveau plan d'affaires. [...] CRTI et CTV seront vraisemblablement appelés à faire les mises de fonds requises par TQS de temps à autre compte tenu des circonstances. La convention d'actionnaires en vigueur entre les parties stipule que les actionnaires doivent s'entendre sur les investissements en capital ou les restructurations. Elle prévoit également des options d'achat et de vente entre les parties à compter du 1er janvier 2009 et la mise en vente éventuelle de l'entreprise advenant le cas où aucune des parties ne consentirait à acquérir la participation de l'autre partie. CRTI et CTV ont retenu les services de Marchés mondiaux CIBC afin de les assister aux fins d'évaluer les choix stratégiques qui leur sont ouverts relativement à TQS.